Zizou Bergs :"Je sens vraiment que, désormais, je peux battre les meilleurs"
La moustache ne lui aura donc pas porté chance. Sacré à Tokyo la semaine dernière, Carlos Alcaraz (ATP 3) s'était laissé pousser les poils et avait embarqué tout son staff dans un pari lancé pour s'amuser. Lundi, en Chine, c'est pourtant Zizou Bergs (ATP 39) qui a pris son pied.
Dans la Qizhong Forest Sports City Arena, le Limbourgeois a signé la plus belle victoire de sa carrière. Au troisième tour du Masters 1 000 de Shanghai, le n° 2 belge a écarté l'Espagnol en deux sets et 2 h 03 de jeu : 7-5, 7-6 (7/4). C'est la première fois que Bergs s'impose face à un membre du top 3. C'est aussi son troisième succès contre un joueur du top 10 en dix-sept tentatives, après Andrey Rublev à Miami l'an dernier et Félix Auger-Aliassime à la United Cup en début de saison.
Énorme exploit belge en tennis : Zizou Bergs élimine Carlos Alcaraz et file en huitièmes de finale à ShanghaiLe septuple vainqueur en Grand Chelem n'était pas à son meilleur niveau. On l'a même senti très nerveux par moments. Mais soyons de bon compte : c'est surtout Bergs qui a livré une prestation de haut vol. Intraitable au service, il a remporté 79 % des points derrière sa première balle (37/47). Il a joué vers l'avant et pris ses responsabilités dans les moments importants.

En réalité, on l'a vu fébrile une seule fois. À 5-4 dans le deuxième set, alors qu'il servait pour le match, le Belge a vu Alcaraz revenir et arracher un tie-break. Mais Bergs n'a pas laissé ce scénario lui échapper. Il a repris l'initiative dans le jeu décisif, puis enchaîné trois points de suite à partir de 4-4 pour conclure.
"C'est fantastique. Je me suis donné des occasions et j'en ai concrétisé beaucoup. Ce n'est jamais facile de se faire breaker alors qu'on sert pour le match. Mais j'ai réussi à revenir dans le tie-break, à bien négocier les moments importants et à envoyer de grosses premières balles. Je suis particulièrement heureux de la façon dont j'ai géré ça", résumait-il après la rencontre.
Mertens en demi-finale après avoir battu Swiatek : "Je ne l'avais pas vraiment imaginé"Confiance, service, processus
Pour le joueur de 27 ans, ce succès a une portée bien plus grande que la simple inscription d'une victime prestigieuse à son tableau de chasse. Il valide le travail entrepris ces derniers mois avec son entraîneur, l'Allemand Jan De Witt, notamment autour de son service. "J'ai réussi à battre un grand nom en proposant un bon tennis. J'ai amélioré ma mise en jeu depuis quelque temps. On a changé de petites choses, on a bossé beaucoup là-dessus car on savait qu'avec un meilleur service, les résultats allaient suivre. C'est bien que ça tombe déjà aujourd'hui."
guillementL'an dernier, face à Djokovic, j'ai affronté le nom plutôt que le joueur.
Mais l'essentiel se joue peut-être ailleurs : dans la manière dont Bergs envisage désormais les rendez-vous face aux meilleurs. Battu par des Jannik Sinner, Alexander Zverev ou Novak Djokovic par le passé, il reconnaît avoir été freiné par leur prestige.
"C'est quelque chose qui a longtemps été très difficile pour moi. J'ai souvent trop de respect pour ces joueurs. Cela fait partie de ma culture et j'en suis fier. Mais, quand je dois les affronter, cela peut aussi devenir un obstacle. Je pense avoir vécu un moment important ici, l'année dernière, contre Djokovic. À l'époque, j'affrontais clairement le nom, pas le joueur. Mais plus on acquiert de l'expérience en s'entraînant contre eux et en disputant des matchs face à eux, plus ils deviennent une référence habituelle sur le circuit. Ce moment est donc une étape importante dans le processus, un véritable soulagement aussi. Je sens vraiment que, désormais, je peux gagner contre ces joueurs. Il ne s'agit plus seulement de me dire que je peux rivaliser avec eux, mais bien que je peux les battre", expliquait-il.
Bernard Boileau : l'éclat du champion, les tempêtes de l'hommeCette victoire peut changer la façon dont il abordera la suite de sa carrière, bien qu'il ne s'emballe pas. "Tout est une question de rester dans ce processus et d'essayer de progresser en permanence. C'est la seule façon d'y arriver, étape par étape."
Dès mercredi en huitièmes de finale, il défiera Tommy Paul (ATP 17), tombeur de Valentin Vacherot (ATP 14) en deux sets. Un nouveau défi de taille, dont il mesure l'ampleur. "Je dois garder le focus sur les prochains matchs parce qu'il y a encore de très bons joueurs."
Après des semaines compliquées, Bergs a semble-t-il retrouvé la confiance. Puisse-t-elle le porter encore quelques jours, avant un retour en Europe où il disputera l'European Open, à Bruxelles, la semaine prochaine.
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