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Des refrains pour l'Histoire - «Zimbabwe» de Bob Marley, l'hymne de l'indépendance

Chaque épisode de cette chronique part d’un morceau pour révéler ce qu’il raconte d’un événement historique et d’une époque. « Zimbabwe » est écrite par Bob Marley en 1979 pour soutenir la lutte d'indépendance de l'ancienne Rhodésie contre le régime de la minorité blanche et devient un hymne des combattants nationalistes. Invité à la cérémonie d'indépendance, Bob Marley la chante, faisant de ce morceau l'un des rares exemples d'une chanson ayant accompagné directement la naissance d'un État.

Nous sommes à Salisbury, l'actuelle Harare, dans la nuit du 17 au 18 avril 1980. Des milliers de personnes se pressent aux portes du stade Rufaro. Quelques heures plus tôt, la Rhodésie a cessé d'exister. L'Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni, a été descendu de son mât et remplacé par le drapeau d'un tout nouvel État indépendant : le Zimbabwe

Onze chefs d'État africains ont fait le déplacement pour ce jour historique. Mais celui que beaucoup sont venus entendre n'est pas un président. C'est un chanteur jamaïcain, Bob Marley. Dans la foule, il y a Sheppard Mutemba. L'écrivain zimbabwéen n’a que 19 ans ce jour-là  : « Je n’ai jamais vu autant de monde au même endroit...  La police craignait un drame, ils avaient bloqué l’entrée du stade. Alors on s'est dit : "Tant pis, on escalade la clôture...  On prend le risque." Il n’était pas question de rater ce concert de Bob Marley. Ça aurait ressemblé à quoi ces célébrations ?! »

Lorsque le concert commence, la foule est en transe. Des milliers de jeunes agitent des drapeaux aux couleurs du nouveau pays, et du mouvement rastafari : le rouge, le jaune et le vert. Puis, au milieu de la nuit, Bob Marley entonne « Zimbabwe »la chanson qui va lier son destin à celui de ce jeune pays. Elle est sortie une année plus tôt, en 1979, sur l'album Survival. À l’époque le pays n’existe pas encore. 

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Bob Marley y appelle à lutter pour l'indépendance et à mettre fin à la domination blanche. « Africains, libérez le Zimbabwe. Chaque peuple a le droit de choisir son destin », peut-on l'entendre chanter. Rapidement, la chanson s’impose comme l'hymne de la guerre de libration menée contre le régime de Ian Smith. Mais ce soir d'avril 1980, elle accompagne la naissance du pays qu'elle appelait de ses vœux : l'histoire rejoint la chanson. 

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Bob Marley au service des indépendances africaines 

Parmi ceux qui ont rendu possible ce concert mémorable, il y a un homme : Ibbo Mandaza. À l'époque, il est l’un des intellectuels du mouvement de libération et fait partie de la nouvelle administration. Et c'est, dit-il, lui qui propose d'inviter le roi du reggae à cette cérémonie historique. En 2005, il évoquait le souvenir de ce pari un peu fou : « J’ai trouvé son numéro de téléphone en Jamaïque, et je l’ai appelé... Il a décroché, mais il dormait… Évidemment, il était 2 ou 3 heures du matin. J’avais oublié le décalage horaire. Je lui ai dit : "Le nouveau gouvernement indépendant aimerait que vous soyez l’un de ses invités d’honneur pour la cérémonie de l’indépendance." Il a répondu : "Quoi ? Je rêve ?" Je l’ai rassuré. Il m’a demandé mon numéro, il a raccroché... Et quelques minutes plus tard, il m’a rappelé. »

Trois jours plus tard, raconte Ibbo Mandaza, Bob Marley atterrit à Salisbury avec toute son équipe. Selon lui, il prend même à sa charge le voyage et l'acheminement de son matériel. Le jeune État, épuisé par des années de guerre de libération, n'en avait tout simplement pas les moyens.  

Cela fait des années que Bob Marley fait de l'émancipation de l'Afrique l'un des fils rouges de sa musique et de son combat. Cet engagement est au cœur de sa foi rastafarienne. C'est d'ailleurs lors d'un séjour en Éthiopie, terre sacrée du mouvement, qu'il a composé « Zimbabwe ». Il ne sait pas alors que le jeune pays, devenu indépendant, sombrera peu à peu dans une grave crise sous le régime autoritaire de Robert Mugabe.

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