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Yémen: les dessous d'une escalade déclenchée par la guerre en Iran

L'Arabie saoudite a annoncé mardi qu'elle riposterait aux frappes de missiles et de drones sans précédent menées la veille par les rebelles houthis yéménites contre des aéroports et des installations pétrolières. Plus de 70 personnes ont été blessées dans ce qui a été présenté par les Houthis, alliés de l'Iran, comme des représailles aux attaques saoudiennes ces derniers jours contre leurs forces. La reprise des combats entre les rebelles et les forces gouvernementales, soutenues par Riyad, a fait plus de 500 morts en six jours. Pourquoi cette nouvelle escalade ?

Elle a débuté jeudi 3 septembre lorsque les rebelles houthis ont lancé une offensive pour s'emparer des zones bordant le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l'Asie à l'Europe via la mer Rouge et le canal de Suez. Celui-ci est devenu d'autant plus stratégique que les rares tankers qui transitent actuellement par le détroit d'Ormuz sont régulièrement visés par les forces iraniennes.

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L'attaque a déclenché une riposte au sol des forces gouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite, qui a également lancé des frappes aériennes. Le conflit s'est propagé à plusieurs lignes de front auparavant gelées depuis le cessez-le-feu de 2022, notamment dans les régions de Taëz (Sud-Ouest) et Hodeïda (Ouest). Les loyalistes ont aussi attaqué le gouvernorat d'Al-Jawf, au nord, et revendiqué des avancées. Signe que l'embrasement est proche, un porte-parole gouvernemental a affirmé que l'objectif était désormais de libérer le Yémen et de reprendre Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis depuis janvier 2015. La reprise des hostilités a provoqué la fuite de plus de 18 500 personnes, essentiellement dans le sud-ouest du pays. "Les familles arrivent avec rien : pas d'abri, pas de nourriture, et aucun moyen de savoir si elles peuvent rentrer chez elles en toute sécurité, a déclaré Abdusattor Esoev, le chef de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Yémen. Beaucoup sont des personnes qui ont déjà été déplacées une, deux, voire quatre fois. Chaque fois que les combats reprennent, elles perdent le peu qu'elles avaient réussi à reconstruire."

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Même si la flambée récente est liée au conflit interminable entamé par Donald Trump dans la région, la confrontation au Yémen doit être replacée dans le contexte d'une guerre civile qui dure depuis 2014, dans un pays divisé entre deux pouvoirs rivaux. Le gouvernement internationalement reconnu, basé à Aden (Sud), est soutenu par une coalition régionale menée par l'Arabie saoudite. Les rebelles houthis, appelés aussi Ansarullah, contrôlent le Nord, et agissent comme des alliés objectifs de l'Iran, sans être pour autant des supplétifs de la république islamique. Ils ont multiplié récemment les attaques contre des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement et annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, visant ses navires pétroliers et des infrastructures sur son territoire. Logiquement, l'Arabie saoudite, soutenue par tous ses voisins arabes du Golfe, s'est mobilisée contre cette nouvelle menace sur le commerce de ses précieux barils. "La coalition prendra toutes les mesures opérationnelles nécessaires pour dissuader cette milice terroriste et confronter avec fermeté son approche hostile", a déclaré le porte-parole saoudien de la coalition arabe contre les Houthis.

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Y a-t-il encore un espoir de désescalade ?

Tout en affirmant sa détermination à se défendre et à riposter contre les attaques des Houthis, l'Arabie saoudite cherche à éviter que la situation ne dégénère complètement. "La voie de la diplomatie n'est pas fermée, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, Faisal Ben Farhane, en visite à Moscou ce mardi. L'Arabie saoudite soutiendra toujours les solutions diplomatiques, mais le royaume n'hésitera pas à défendre ses intérêts."

Évoquant un "dilemme extrêmement délicat" pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l'analyste Andreas Krieg, maître de conférences à la School of Security Studies du King's College de Londres, interrogé par l'Agence France Presse, estime toutefois que la réponse de l'Arabie saoudite "restera probablement mesurée, privilégiant les frappes aériennes, le soutien en matière de renseignements et le renforcement des forces gouvernementales yéménites". En parallèle, l'analyste saoudien Khaled Batarfi a estimé sur Al-Jazeera qu'une "riposte saoudienne était certaine". "Mais pas une guerre prolongée ni contre les Houthis ni contre l'Iran", a-t-il ajouté.

Frappes houthistes sur l'Arabie saoudite
Frappes houthistes sur l'Arabie saoudite ©IPM Graphics

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