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"À quelques pas du terrain, et pourtant si loin" : la chronique de Morgane Bourgeois

Dans sa nouvelle chronique, Morgane Bourgois évoque la frustration de ne pas être sur le terrain, tout en faisant partie du groupe France.

Ne pas jouer, ça fait chier. Je ne vais pas prétendre le contraire, et je ne sais pas comment le dire autrement. Je suis compétitrice, je m’entraîne fort pour jouer, pour être sur le terrain et porter le maillot bleu. Comme toutes les filles qui sont ici, avec moi, d’ailleurs. Et comme toutes celles qui travaillent dur en club pour pouvoir, un jour, rejoindre ce groupe.

Quand j’apprends que je ne serai pas dans les 23, il y a forcément une déception. Un mélange de tristesse, de colère parfois, ou d’incompréhension. Je doute, beaucoup. Puis je me remets en question. Quand cela dure depuis quelque temps, il m’arrive même de me demander ce que je fais là. Est-ce que j’ai vraiment ma place dans ce groupe ? Est-ce que je mérite d’être là si je ne joue pas ? C’est un drôle de sentiment : être suffisamment proche pour toucher du doigt ce que je veux, mais à la fois loin des objectifs fixés.

Ça peut durer quelque temps, mais rapidement, je rechausse les crampons et je reprends naturellement le chemin de l’entraînement. Parce qu’il faut continuer à travailler, à s’entraîner, à essayer de faire mieux. À montrer ce que je sais faire, même si ce n’est pas toujours évident lorsque mon rôle est avant tout d’accompagner l’équipe.

Le regard des autres

Mais, au fond, je ne voudrais être nulle part ailleurs. Je préfère être ici, à m’entraîner avec les meilleures, à prendre de l’expérience, à progresser, plutôt que de regarder les matchs à la maison. En club, les groupes sont différents, mais surtout réduits, et les entraînements différents. Ici, même sans jouer, je travaille beaucoup. J’apprends. Et puis je repars avec les dents qui rayent le parquet pour retourner en club.

Face à cette situation, j’essaie de prendre du recul. Ma carrière m’a appris à le faire. J’ai connu des très hauts, notamment avec ma saison 2024-2025, des titres, des trophées, un Tournoi 2025 qui restera forcément particulier. Mais j’ai aussi connu des non-sélections, des périodes plus compliquées, des moments où il a fallu encaisser et repartir. Tout cela fait partie de mon histoire et de mon rugby : ça me forge aussi. Au fond, ma plus grande concurrente, ça reste moi-même. Je sais d’où je viens, je sais où je veux aller et je sais surtout le travail qu’il me reste à accomplir.

Finalement, le plus difficile dans ces moments-là, c’est le regard des autres. Les petites tapes sur l’épaule, les "courage", les regards déçus… la pitié, en fait. Et ça part souvent d’un très bon sentiment, de quelqu’un qui veut simplement m’apporter son soutien. Je sais que je suis déçue, j’ai encaissé, séché mes larmes et je suis repartie au boulot. Je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle. Je sais pourquoi je suis ici, je sais ce que je veux et je sais aussi que cette situation fait partie des risques du métier.

Je ne suis évidemment ni la première, ni la dernière à vivre ça. Et au fond, personne ne peut vraiment savoir ce que je traverse. Alors plutôt que de m’attarder sur ce que je ne peux pas contrôler, je préfère me concentrer sur ce que je peux changer. Aujourd’hui, ma situation, c’est de regarder les matchs depuis le bord du terrain. C’est à moi seule de trouver les ressources pour que demain, elle soit différente.