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Washington et Pékin veulent éviter les (mauvaises) surprises sur l’IA

L’Intelligence artificielle sera au menu du Sommet sino-américain, mercredi et jeudi, avec la proposition de créer un mécanisme de dialogue entre les deux pays, pour éviter les mauvaises surprises – comme au temps de la guerre froide avec l’URSS sur les armes nucléaires. Une bonne nouvelle.

Ne vous réjouissez pas trop vite ! Mais les États-Unis et la Chine discutent d’un « mécanisme » de relative transparence dans l’intelligence artificielle. Le sujet sera à l’ordre du jour du Sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, mercredi et jeudi à Washington. C’est une « première » qui n’est pas sans rappeler l’époque de la guerre froide et la manière dont Américains et Soviétiques géraient leurs arsenaux nucléaires.

C’est d’autant plus remarquable que les États-Unis et la Chine sont en absolue rivalité sur l’IA, et que c’est souvent en invoquant la Chine que l’administration Trump refuse toute régulation, redoutant de voir Pékin prendre le dessus.

C’est lors d’une rencontre dimanche à New York entre le Secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, et l’émissaire chinois He Lifeng, que l’accord a été trouvé, non pas sur le mécanisme, mais sur le fait d’en parler au Sommet. C’est déjà beaucoup vu l’état de méfiance qui existe entre les deux pays sur tout ce qui touche à la technologie, leur principal terrain d’affrontement depuis une décennie.

Pourquoi y a-t-il besoin d’un tel mécanisme ? Pour éviter les mauvaises surprises. On le voit avec les incidents signalés ces dernières semaines, ces IA qui échappent au contrôle humain et qui vont hacker d’autres sites, ou agissent de manière autonome, potentiellement risquée. Il n’est pas très compliqué d’imaginer que de tels incidents puissent un jour concerner des structures chinoises, et créer des tensions diplomatiques. Le fait d’avoir des mécanismes d’alerte et de concertation permettrait d’éviter que des incidents non délibérés provoquent une escalade dangereuse entre les deux superpuissances du XXI° siècle.

C’est ce qui s’était passé au XX° siècle entre les États-Unis et l’Union soviétique, qui avaient chacune de quoi détruire plusieurs fois la planète dans leurs arsenaux nucléaires. Après avoir frôlé la guerre nucléaire lors de la crise des missiles soviétiques à Cuba, en 1962, les deux pays s’étaient engagés dans la gestion du risque.

Des mesures de confiance avaient été prises, comme le fameux « téléphone rouge » établi en 1963 - qui n’était ni un téléphone, ni rouge, mais un moyen de se parler en cas d’urgence. Il s’agissait d’éviter les erreurs d’interprétation ou les malentendus qui pouvaient avoir des conséquences tragiques. Ce « téléphone rouge » a notamment fonctionné pendant les guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973, pour éviter un affrontement direct entre les « parrains » des deux camps.

Il y a un parallèle qui peut être fait entre le nucléaire et l’IA, même si le premier est un monopole d’État plus facile à contrôler que l’IA, dispersée dans le monde de l’entreprise et donc décentralisée et sans véritable transparence. Mais le principe est le même, s’alerter en cas de mauvaise surprise, pour éviter des interprétations erronées et des escalades non voulues.

Il reste à voir si la volonté politique sera au rendez-vous dans le Sommet de Washington, et si la concurrence farouche que se livrent les entreprises de l’IA, aux États-Unis et en Chine, permettra de créer cette confiance.

Depuis une dizaine d’années, les États-Unis, dès le premier mandat de Donald Trump, ont tenté de freiner le développement technologique de la Chine, sans succès. Si, au-delà de cette concurrence commerciale et idéologique, les deux superpuissances avaient la sagesse de s’entendre sur plus de transparence et de confiance dans ce nouveau domaine, ce serait une bonne nouvelle. C’est suffisamment rare en ce moment pour être noté.