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Volodymyr Zelensky remplace finalement le chef de l'armée ukrainienne par "un réformateur"

Volodymyr Zelensky n'est, semble-t-il, pas resté sourd aux demandes de la rue. Mardi soir, le président ukrainien a en effet annoncé le départ du commandant en chef des forces armées, Oleksandr Syrsky, et son remplacement par le général Mykhaïlo Drapatyi, 43 ans. "L'armée a besoin de changements", a ce dernier dans un premier message après l'annonce de sa nomination.

Ce "changement" s'inscrit dans le cadre d'un remaniement plus large au sommet de l'armée. Mercredi, le président a également remplacé le chef de l'état-major général Andriy Hnatov par le général Ihor Skybiuk, ancien commandant des forces d'assaut aéroportées. "J'ai déterminé avec Mykhaïlo Drapatyi les tâches qui doivent être accomplies à court et moyen terme", a ensuite expliqué M. Zelensky. Parmi celles-ci : poursuivre les opérations en cours et renforcer les capacités de frappe à longue distance afin de maintenir la pression sur le territoire russe. Le nouveau commandant en chef a d'ailleurs lui-même cité parmi ses priorités le renforcement des actions offensives "dans tous les domaines".

Guerre en Ukraine : Zelensky annonce le départ du commandant en chef de l'armée Oleksandre Syrsky

Le départ du "boucher"

Nommé en février 2024 en remplacement du très populaire Valeri Zaloujny, le général Oleksandr Syrsky, 60 ans, n'a jamais bénéficié de la même aura que son prédécesseur auprès de la population et des soldats. L'homme a pourtant joué un rôle proéminent dans plusieurs des succès militaires ukrainiens initiaux, dont la défense de Kiev au printemps 2022 et la spectaculaire contre-offensive de Kharkiv quelques mois plus tard.

Mais son nom restait également associé aux longues et sanglantes batailles de Bakhmout et d'Avdiïvka, qui lui ont valu dans certains cercles le sobriquet de "boucher". Ses détracteurs lui reprochaient par ailleurs une culture du commandement "à la russe", verticale et inflexible, ainsi que des décisions ayant entraîné des pertes humaines jugées excessives.

Dans son message d'adieu, l'ancien Commandant en chef a défendu son bilan en affirmant notamment que les forces ukrainiennes avaient repris 743km² de territoire depuis le début de l'année. "Mon travail, c'est la guerre", a-t-il écrit, assurant qu'il continuerait à servir son pays.

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Manifestations dans tout le pays

Son remplacement mettra peut-être fin à la crise politique déclenchée, il y a une semaine, par le limogeage du très populaire ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov. Cette décision avait immédiatement provoqué des manifestations à travers le pays et exposé au grand jour les tensions qui minent l'appareil militaire ukrainien.

Ancien ministre de la Transformation numérique, Mykhaïlo Fedorov avait entrepris de transposer à la Défense les méthodes qui avaient fait sa réputation : collecte systématique de données, évaluation des unités et des équipements en fonction de leurs résultats, plus grande transparence, et recours massif aux nouvelles technologies. Une méthode plus moderne, en somme, difficilement compatible avec les structures et mentalités traditionnelles de l'institution militaire.

Avant son départ, il avait révélé avoir demandé à Volodymyr Zelensky de remplacer Oleksandr Syrsky, accusant le commandant en chef d'avoir entravé certaines de ses réformes. Le choix de remplacer M. Syrsky par Mykhaïlo Drapatyi ressemble donc à une marche arrière pour le président ukrainien. M. Drapatyii étant, à l'inverse, l'un des officiers les plus réceptifs à cette volonté de modernisation.

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Changement de génération

Cela témoigne aussi d'un changement de génération. Né en 1982, Mykhaïlo Drapatyi appartient à une catégorie d'officiers dont la carrière et la réputation se sont forgées dans la guerre contre la Russie et non dans les institutions héritées de l'ère soviétique. En mai 2014, alors qu'il était major dans la 72e brigade mécanisée, il s'était d'ailleurs fait connaître du grand public en lançant son véhicule blindé à travers une barricade dressée par des séparatistes prorusses à Marioupol, afin d'ouvrir la voie à ses hommes. Filmées, les images avaient fait de Mykhaïlo Drapatyi un symbole patriotique au cours des premières semaines de la guerre dans le Donbass.

Le jeune officier avait ensuite pris part à plusieurs des épisodes les plus difficiles du conflit, notamment à Debaltseve. Après l'invasion russe de février 2022, il a été envoyé successivement sur plusieurs secteurs critiques du front. En 2024, il avait notamment été chargé de stabiliser la situation dans la région de Kharkiv après une nouvelle offensive russe.

Cette bonne réputation tient par ailleurs à un épisode inhabituel, dans une institution militaire où les hauts responsables tendent à se défausser de toute responsabilité en cas d'échec. En 2025, alors commandant des forces terrestres, Mykhaïlo Drapatyi avait annoncé sa démission après une frappe russe meurtrière contre un terrain d'entraînement ukrainien.

"Ce sont des soldats, des jeunes hommes, dont la plupart étaient dans un abri. Ils auraient dû apprendre, vivre et combattre, et non mourir", avait-il alors écrit, évoquant sa "responsabilité personnelle" dans le drame. Volodymyr Zelensky avait finalement choisi de le maintenir au sein du haut commandement, en lui confiant la direction des forces conjointes. Cette attitude a contribué à sa popularité au sein de l'armée, où il est décrit comme un commandant proche du terrain et capable d'écouter ses subordonnés.

"On voulait le retour de Fedorov"

Sa nomination seule ne résoudra toutefois pas les problèmes auxquels l'armée ukrainienne est confrontée. Après plus de quatre années de guerre, les forces armées manquent toujours d'hommes, la question de la mobilisation reste politiquement explosive, la qualité de la formation varie considérablement selon les unités et les rotations demeurent difficiles à mettre en place sur plusieurs secteurs du front.

Cela ne devrait pas être suffisant non plus pour redorer le blason de Volodymyr Zelensky. Beaucoup d'Ukrainiens attendant, encore et toujours, le retour du ministre de la Défense limogé. "Les gens se sont mobilisés pour soutenir Fedorov. Syrsky a été écarté, mais Fedorov n'a pas été réintégré. L'objectif n'a donc pas été atteint", grince depuis Kiev Oleg, 64 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille. Même son de cloche dans la ville garnison d'Izioum, dans l'oblast de Kharkiv, où les soldats regrettent amèrement l'ancien ministre de la Défense, qui "met (tait) en place des contrats pour que les soldats mobilisés sachent au moins combien de temps ils devront servir".

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