Voici comment la Tesla d'une femme a été contrôlée à distance et utilisée pour la harceler par un ex-compagnon violent, c'est l'un des cas du genre très scifi de détournement de fonctionnalités logicielles
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C’est de l'affaire Enrico Pucci, jugée en Australie, dont il est question. En septembre 2026, cet homme de 50 ans a été condamné par un tribunal de Sydney à deux ans et trois mois de prison pour avoir utilisé l'application mobile Tesla afin de traquer et terroriser son ex-compagne. Cette affaire met en lumière les dérives des véhicules connectés utilisés comme outils de contrôle coercitif. Voici les détails de l'affaire ainsi que l'analyse des composants hardware (matériels) et software (logiciels) impliqués.
Le résumé des faits
Après sa séparation d'avec sa victime, Enrico Pucci a réussi à s'octroyer le contrôle total de son véhicule. Pendant plusieurs jours en novembre 2025, il a harcelé son ex-compagne à distance pendant qu'elle conduisait, créant des situations routières extrêmement dangereuses. Parmi ses actions :
- Il activait soudainement le mode Valet (voiturier) sur les voies rapides, bridant instantanément la voiture à 40 km/h.
- Il faisait osciller la climatisation entre un froid glacial et une chaleur étouffante.
- Il verrouillait ou déverrouillait les portes à sa guise.
- Il déconnectait à distance le protocole de charge lorsque le véhicule était branché à une borne.
- Il suivait en temps réel les déplacements de la victime.
How one woman’s Tesla was remotely controlled – and used to harass her – by an abusive ex-partner
— Jane Fleming (@fleming77) September 9, 2026
Enrico Pucci was able to control his former partner’s electric car remotely, controlling its speed, temperature settings and lockhttps://t.co/NXHrtxB2Un
Les détails logiciels
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agissait pas d'un "piratage" informatique (hacking) au sens technique ou de l'exploitation d'une faille de sécurité (0-day). Le harceleur a simplement détourné les fonctionnalités logicielles légitimes de l'écosystème Tesla :
- L’application Tesla pour iOS et Android : Le harceleur a utilisé l'application officielle. Chez Tesla, les commandes de confort (chauffage, klaxon, phares, verrouillage) transitent par l'API de Tesla via des requêtes HTTPS sécurisées vers les serveurs de la marque, qui les renvoient ensuite au véhicule par réseau cellulaire
- La gestion du compte maître : C'est la faille humaine et conceptuelle majeure. La voiture était enregistrée sous le compte Tesla de l'agresseur ou ce dernier possédait les identifiants maîtres. Dans l'architecture logicielle de Tesla, le titulaire du compte principal dispose de droits d’administration absolus. Même si la victime était physiquement propriétaire ou co-propriétaire de l'auto, elle n'était configurée que comme conductrice invitée, ce qui l'empêchait de révoquer les accès de son ex-conjoint.
- Le profil de contrôle parental et le mode Valet : L'agresseur a profité d'une mise à jour de l'interface pour installer un profil de "contrôle parental" et manipuler le Mode Valet (conçu initialement pour restreindre l'accès au coffre et brider la vitesse lorsque l'on confie sa voiture à un voiturier). L'activation de ce mode à distance envoie une instruction logicielle immédiate à l'ordinateur de bord, modifiant les limites dynamiques du véhicule, même s'il est en mouvement.
Les détails matériels (hardware)
Pour que ces commandes logicielles soient exécutées, l'architecture matérielle de la Tesla a été pleinement exploitée :
- Le modem LTE/5G intégré : Toutes les Tesla sont équipées d'un module de communication cellulaire hardware (télématique) connecté en permanence au réseau internet. C'est ce composant qui reçoit les paquets de données envoyés à distance par l'ex-conjoint via les serveurs de Tesla.
- Le MCU (Media Control Unit) : Il s'agit de l'ordinateur central (qui gère l'écran tactile d'infodivertissement). L'agresseur a réinitialisé à distance le tableau de bord électronique pour y injecter de nouvelles restrictions matérielles (comme le code PIN du mode Valet).
- Les calculateurs ECU et l'architecture "Drive-by-Wire" : Les Tesla sont entièrement basées sur des commandes électroniques. La climatisation (pompe à chaleur), les moteurs de verrouillage des portes et les modules de puissance des moteurs électriques ne sont pas reliés par des câbles mécaniques directs, mais par des bus de données (réseau CAN). Ainsi, une impulsion logicielle envoyée depuis l'application mobile à l'ordinateur central peut physiquement ordonner aux composants hardware (moteurs, compresseurs de climatisation) de s'activer, outrepassant momentanément la volonté de la conductrice.
- Puce GPS : Le récepteur GPS hardware du véhicule transmettait les coordonnées géographiques en temps réel à l'application mobile de l'agresseur.
An abusive ex remotely controlled a woman’s Tesla to harass her. He changed the temperature, locked the car, set curfews, and limited its speed while she was driving.
Enrico Pucci was convicted of 30 domestic violence-related charges. A judge sentenced him to two years and three… pic.twitter.com/OyRxuIK6Ex
— Link Technologies (@LinkTechnlogies) September 9, 2026
Un problème systémique de l’industrie
Cette affaire australienne n'est pas isolée. Aux États-Unis, plusieurs plaintes similaires ont visé Tesla. Les tribunaux et les constructeurs ont longtemps été critiqués pour leur impuissance réglementaire : les avocats de Tesla ont par exemple soutenu devant la justice américaine qu'il était illogique et irréalisable d'exiger d'un constructeur qu'il arbitre les litiges familiaux pour savoir quel conjoint a légitimement le droit d'utiliser l'application.
Face à la recrudescence de ces dérives (qui touchent aussi d'autres marques), des organismes de régulation comme la FCC (Federal Communications Commission) ont accentué la pression sur les constructeurs pour inclure des protocoles logiciels permettant aux victimes de violence domestique de couper instantanément la connectivité à distance d'un véhicule depuis l'habitacle.
C’est dans le même ordre d’idée que les constructeurs de Tesla achètent des outils d’urgence pour éviter de se retrouver coincés à l’intérieur des véhicules faute de poignées manuelles aisément accessibles.
Et vous ?
Pour ou contre trop de complexité informatique dans les véhicules ?
Voir aussi :
Le levier de vitesse à écran tactile de Tesla est-il une très mauvaise idée ? La NHTSA déclare que cela répond aux normes de conformité et ne viole pas les règles
L'unité de conduite autonome de General Motors voudrait déployer des véhicules sans volant, rétroviseurs ou pédales en 2023. Elle a déposé une demande auprès du régulateur NHTSA
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