taraskuzio.com

Violences sur mineurs : Les policiers dénoncent la "trahison" de Gérald Darmanin après sa lettre explosive au ministre de l'Intérieur

Le torchon brûle entre l’institution judiciaire et la Police nationale. La révélation par Le Monde d’un document ministériel accusant les enquêteurs de conserver un stock de plaintes non transmises aux magistrats provoque la colère des syndicats, qui fustigent une manœuvre politique de l'ancien ministre de l'Intérieur.

Samedi 8 août 2026, le Syndicat des commissaires de la Police nationale a vivement réagi à une note du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, pointant les graves défaillances des forces de l’ordre dans le traitement des dossiers de violences sexuelles sur mineurs en France.

L’affaire Lyhanna et la découverte d’un lourd passif

Fin juillet, le garde des Sceaux a adressé un document explosif au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Cette note de synthèse, dévoilée par la presse, fait état de graves dysfonctionnements constatés par les procureurs lors de leurs récentes visites dans les commissariats et gendarmeries de l’Hexagone. Ces inspections minutieuses font suite à l’onde de choc provoquée en juin par l’affaire Lyhanna, qui a poussé les autorités à revoir leurs procédures.

À lire aussi : Dossiers à l'abandon, personnels mal formés... Après l'affaire Lyhanna, le courrier explosif de Gérald Darmanin qui pointe les défaillances des enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs

Ces vérifications sur le terrain ont mis en lumière une réalité inquiétante pour la protection de l’enfance en France. Les magistrats ont découvert l’existence d’un gigantesque "stock fantôme" de procédures. À titre d’exemple, 1 275 dossiers non transmis à la justice ont été mis au jour à Nîmes, et 905 autres à Caen. De nombreux dossiers impliquant des mineurs victimes n’ont ainsi jamais été répertoriés sur les plus de 85 000 plaintes en cours de traitement au niveau national.

La colère des commissaires face à un rapport perçu comme déloyal

La réaction des forces de l’ordre ne s’est pas fait attendre face à ces accusations publiques. Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale, a pris la parole pour exprimer la profonde amertume de ses collègues sur France Info. Il décrit une incompréhension totale face à un courrier ministériel qui, selon lui, cherche avant tout à dédouaner la justice de ses propres lenteurs et de ses manques de moyens.

Le responsable syndical n’a pas mâché ses mots pour qualifier l’état d’esprit de ses troupes. Il confie ressentir "un sentiment de colère, de révolte, d’injustice partagé par tous les policiers". Ce ressentiment se double d’un véritable écœurement de la base policière, qui perçoit cette initiative de son ancien ministre de tutelle comme "un sentiment de trahison vis-à-vis de Gérald Darmanin". Depuis de nombreuses années, nous avons 3 millions de procédures en stock. On a fabriqué un véritable déni de justice, les policiers n'arrêtent pas de le hurler. Les policiers ne font plus d'investigation, ils font des procédures au détriment des victimes, car les politiques comme Monsieur Darmanin l'ont voulu."