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Vie des entreprises. Les apprentis dans le viseur du gouvernement ? « L’apprentissage n’a été perçu que comme un coût »

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Remis en cause dans le budget 2025, le financement de l’apprentissage par l’État pourrait bien l’être à nouveau cette année. Pour Baptiste Martin, président de l’Association nationale des apprentis de France (ANAF), il en va pourtant de l’emploi des jeunes et de l’activité des entreprises.

Propos recueillis par Boris Ivanoff -

Aujourd’hui à 08:10

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845 000 jeunes sont actuellement en contrat d’apprentissage contre plus d’un million l’année précédente.  Photo ANAF
845 000 jeunes sont actuellement en contrat d’apprentissage contre plus d’un million l’année précédente.  Photo ANAF
Après des années de performance portée par la loi de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel, quelle est la situation de l’apprentissage aujourd’hui en France ?

« Pas très bonne malheureusement. En 2025, moins de 850 000 contrats d’apprentissage ont été signés, contre plus d’un million en 2024. Et 2026 s’annonce encore pire. En raison du contexte économique global d’abord, puisque les entreprises peinent à recruter, mais aussi parce qu’une multitude de réformes sont venues noircir le tableau et rendre l’apprentissage beaucoup moins incitatif pour les employeurs. »

Ces réformes sont uniquement de l’ordre de la réduction budgétaire ou y a-t-il autre chose ?

« Depuis que l’État cherche à réduire ses dépenses, l’apprentissage n’a été perçu que comme un coût et non plus comme un gain sur ce que cela apporte à la jeunesse, mais aussi en termes de compétences aux entreprises. Et cela pose de nombreux problèmes, sur l’emploi des jeunes tout d’abord et sur l’activité du pays en général ensuite. »

Entre l’exonération des charges patronales, les aides à l’embauche et les dotations aux régions, Bercy estime que le coût de l’apprentissage est d’environ 15 milliards d’euros par an. Vous êtes d’accord avec ce chiffre ?

« Les économistes eux-mêmes ne sont pas d’accord avec ce chiffre. Mais une fois encore, en ne voyant l’apprentissage que comme un coût on oublie tout ce qu’il représente comme gain pour l’économie française. Selon la Dares (études statistiques du ministère du Travail), 63 % des apprentis au niveau CAP trouvent un emploi à l’issue de leur formation contre 36 % des jeunes scolarisés. Et des jeunes qui travaillent c’est un coût en moins pour les allocations chômage, donc pour l’État. Côté entreprises, embaucher des jeunes qu’elles ont elles-mêmes formés, c’est une garantie d’efficacité et donc plus de chance de se développer. »

Baptiste Martin - Président de l’Association des apprentis de France.   Photo @ ANAF

Baptiste Martin - Président de l’Association des apprentis de France.   Photo @ ANAF

Craignez-vous que le budget, qui va bientôt être présenté, réduise encore plus le financement de l’apprentissage ?

« A priori non, les premiers éléments vont plutôt dans le bon sens. Mais nous nous sommes battus l’an dernier pour que les exonérations et les aides ne soient pas trop réduites et nous sommes prêts à nous battre une nouvelle fois cette année. Les apprentis ne sont pas de simples bénéficiaires d’aides mais ce sont de véritables acteurs de l’économie. Et dans tous les secteurs d’activité. Bien souvent on associe les apprentis aux métiers de l’artisanat ou de l’industrie, mais en réalité plus de 60 % des apprentis travaillent aujourd’hui dans le secteur des services aux entreprises (développement numérique, gestion, ressources humaines, communication etc.). Aujourd’hui, il n’y a pas une entreprise, pas une activité en France qui n’emploie pas d’apprentis. Et tout ça, grâce à la loi de 2018 qui a effectivement modifié le visage de l’apprentissage, notamment en développant les filières d’alternance dans les études supérieures où ce n’était pas du tout la tradition. »

Via la dotation de l’État, le financement des centres de formation notamment dans les régions est lui aussi en danger ?

« Il est même franchement menacé. En 2024, ces dotations s’élevaient à plus de 260 millions d’euros, un an plus tard elles ont été réduites à 130 millions d’euros et cette année, elles ne représentent plus que… 35 millions d’euros. J’ai bien peur que l’année prochaine, il n’y ait tout simplement plus aucune dotation de l’État. Et comme les régions n’ont pas d’argent non plus, les centres de formation en apprentissage vont très vite se retrouver sans possibilité d’investir et donc à long terme être empêchés d’entretenir leurs locaux et leurs équipements. Et ce sont les jeunes les plus éloignés de l’emploi qui vont le payer. »

En chiffres

1 100 000 apprentis étaient en contrat en France, fin 2024 contre 306 000 en 2017. Un tiers préparait un CAP ou un bac pro, un autre tiers visaient un diplôme bac +2 et le dernier tiers bac +3 ou bac +5.

14 700 euros par apprentis est le coût annuel estimé pour l’État, au travers de l’exonération des charges patronales, des aides à l’embauche et des dotations aux régions.

1,5 milliard d’euros état l’économie visée par un projet d’amendement au projet de loi des finances (PLF) 2025 - en supprimant une partie des exonérations de charges patronales - mais qui n’a finalement pas été voté.

Source Dares

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