Victor Wembanyama, un geste contractuel fort... aussi inspirant que nécessaire ?
En choisissant de s’asseoir sur 50 millions de dollars potentiels dans son prochain contrat, Victor Wembanyama permet aux Spurs de gagner en compétitivité financière à moyen terme. Un geste dans la lignée de celui de Jalen Brunson chez les Knicks, mais aussi un geste presque « nécessaire » face à la dureté des règles NBA en matière de salary cap.
Victor Wembanyama donne, de l’extérieur, l’impression que son rapport au matérialisme est très détaché du commun de la NBA. Un joueur qui souhaite avant tout gagner. Bien évidemment, il rafle tout de même 252 millions de dollars sur cinq ans, un montant inaccessible à 99,9% des humains de la planète.
Jalen Brunson a montré la voie : seul gagner compte
On note néanmoins cette réduction, qui sera effective à compter de 2027-28. En cas de nouvelle apparition dans une All-NBA Team, d’un trophée de DPOY ou de MVP, Wemby aurait pu automatiquement voir son contrat monter à 300 millions sur 5 ans. C’est cette clause qu’il a refusé d’intégrer. Matériellement, Victor signe donc le maximum théorique qu’il peut obtenir aujourd’hui, sans récompense individuelle supplémentaire.
Ces 10 millions économisés par les Spurs chaque année leur permettront d’offrir plus à un autre joueur pour le conserver, mais aussi d’ajouter peut-être quelques dollars additionnels dans un contrat pour achever de convaincre un free agent intéressant. Dans les faits, cela permet aussi aux Spurs, avec l’effectif actuel, de ne pas payer de luxury tax avant 2028-29. Et donc de faire un sacré paquet d’économies en plus.
Cette tendance de la « paycut » a été lancée en quelque sorte par Jalen Brunson, qui a choisi de signer un contrat max de 4 ans en 2024 plutôt qu’un contrat de 5 ans une année plus tard, qui aurait été bien plus onéreux pour les Knicks. L’économie totale s’élève à 113 millions de dollars, mais elle a aussi assuré au joueur une paie immédiate plutôt qu’une année de pari avec une blessure potentielle qui aurait pu annuler une telle signature.
Dans les faits, ce choix à tout de même permis aux Knicks d’économiser de l’argent sur le moyen terme et de faciliter certains recrutements, comme celui de Mikal Bridges, pièce essentielle du titre NBA 2026.
Le fait qu’un joueur superstar à l’échelle mondiale choisisse de prendre moins que le maximum est aussi retentissant. Non pas que Jalen Brunson soit un anonyme, mais l’aura de Wembanyama est tout autre. Ce geste aura peut-être pour conséquence de le « normaliser », car venu d’un visage de la ligue. Et en même temps, cette normalisation est sans doute le seul moyen de maintenir une équipe sur le long terme en NBA.
Une économie quoi qu’il arrive obligatoire..?
Ce choix de Victor Wembanyama est une décision également « politique », à un certain niveau. Les sanctions de la NBA liées au dépassement des plafonds salariaux dans la convention collective actuelle sont tellement violentes qu’elles ne permettent plus aux équipes de conserver trois voir quatre joueurs au maximum sur le long terme.
Les divers bonus dans les prolongations, notamment liés à l’ancienneté, aux trophées collectifs et individuels, rendent impossible le fait de conserver plus de deux joueurs au maximum en permanence, car les montants augmentent au fil des contrats. La NBA, qui voulait mettre un terme aux superteams qui ont dominé les années 2010 (le Heat de LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh, puis les Warriors de Stephen Curry, Draymond Green, Klay Thompson et Kevin Durant) pour redonner un brin de suspense à la compétition, a peut-être été trop loin.
Aujourd’hui, toute volonté de continuité long terme d’un groupe est complètement annihilée par les règles financières démentielles de la ligue. Non pas qu’il faille déréguler le marché totalement en le laissant libre de ses choix, mais à ce jeu là, seuls les joueurs acceptant une coupe salariale auront le cadre favorable pour gagner durablement. Le meilleur exemple reste celui des Celtics, qui ont immédiatement démembré leur équipe l’été dernier après la blessure de Jayson Tatum en Playoffs afin de ne pas passer à la caisse des amendes financières de la ligue.
Après la signature de Victor Wembanyama, David Kelly (directeur exécutif de la NBPA, syndicat des joueurs) a commenté la décision du joueur pour ESPN, regrettant que cela puisse être guidé par la nécessité sportive plutôt que par un choix personnel.
« Nous pensons que les joueurs devraient prendre des décisions pour eux et que nous ne devrions pas raisonner en pensant à la nécessité de faire des économies. Le système ne devrait pas demander à un joueur de porter ce fardeau tout seul. Nous ne devrions pas rendre le joueur responsable du fait de conserver un effectif ensemble. »
Avant 2028-29 et la possibilité d’entamer de nouvelles négociations avec les joueurs et les propriétaires de franchises, il semble très compliqué d’envisager une quelconque évolution du CBA tel qu’actuellement conçu. Jusqu’à cette date, la « pay cut » semble donc devoir s’inscrire comme l’unique moyen de contrer légalement le système financier de la ligue.
Sources : NBA, ESPN