Ventilateurs en classe, voiles d'ombrage dans les rues : le maire de Bordeaux lance un plan d'adaptation aux canicules - ICI
Après les vagues de chaleur de l'été 2026, le maire de Bordeaux annonce ce jeudi un plan d'adaptation au changement climatique. Thomas Cazenave tacle au passage son prédécesseur "qui avait mis l'urgence climatique tout en haut des priorités et finalement, nous avons une ville qui n'est pas adaptée".
"La ville n’est pas prête face au réchauffement climatique", constate le maire de Bordeaux ce jeudi 10 septembre lors d'une première conférence de presse de rentrée qui n'a pas épargné son prédécesseur Pierre Hurmic. Après les cinq épisodes caniculaires et l’incendie de l’été 2026, Thomas Cazenave annonce un plan d’adaptation qui prévoit notamment de "généraliser les ventilateurs au plafond dans les 116 écoles communales", d'installer "des toiles d’ombrage dans certaines rues" ainsi que "des volets ou des persiennes" dans certains bâtiments historiques. La nouvelle municipalité participera fin octobre à Marrakech au congrès des villes classées au patrimoine mondial de l'Unesco "pour porter ce défi de l'adaptation au changement climatique".
"Nous avons observé cet été que Bordeaux n'était pas prête au dérèglement climatique, déclare le maire Thomas Cazenave. Nos écoles, dans lesquelles il faisait plus de 30, 35 degrés, nos rues qui ne permettaient plus à celles et ceux qui le voulaient de s'y balader (...) Alors je le redis ici, sans esprit de polémique, mais c'est un constat dressé par toutes les Bordelaises et les Bordelais. Nous l'avons vécu cet été. La ville n'était pas prête (...) C'est quand même le grand paradoxe de la fin de la mandature précédente, qui avait mis l'urgence climatique tout en haut des priorités. Et finalement, nous avons une ville qui n'est pas adaptée à l'urgence climatique et sans marge de manœuvre financière."
"Nos bâtiments, y compris les plus récents, devenaient des bouilloires thermiques"
Le réseau d'électricité "commençait à fondre", ajoute le maire de Bordeaux. "Les câbles Enedis de la ville sont extrêmement vétustes, poursuit Véronique Juramy, l'adjointe au maire chargée de la transition écologique, de l'immobilier de la Ville et de l'éclairage public. Ce sont des câbles en papier huilé, une technologie des années 30 et les postes sont très sensibles à la chaleur. Pour les bâtiments municipaux. Nous avons constaté cet été, avec un petit peu d'amertume, que nos bâtiments, y compris les plus récents, devenaient des bouilloires thermiques. Les écoles, crèches, résidences, autonomie, foyer d'accueil aussi de la ville, bibliothèque ont été en souffrance", énumère l'élue chargée de piloter ce plan d'adaptation au réchauffement climatique.
Ce plan, "qui représente un cap et non un catalogue de 300 mesures", prévoit la création d'un "centre de supervision climatique", afin de monitorer les situations les plus problématiques. "Avec ce centre, nous créons notre expertise climatique pour justement consolider nos scénarios de crise. Avec les données scientifiques les plus actualisées, nous montrons ce qui se passe précisément dans la ville." Les 430 sondes déjà déployées dans les établissements scolaires durant l'été seront étendues à des particuliers volontaires pour identifier les îlots de chaleur. La réserve citoyenne sera renforcée. Les brasseurs d'air ou les ventilateurs de plafond seront généralisés dans chacune des classes des 116 écoles municipales alors que "seulement 20% des établissements actuels disposent de pièces refuges contre la canicule".
"Ne pas refuser pour des raisons dogmatiques d'installer des climatiseurs"
"Nous allons faire de l'ombre une véritable politique publique, ce qui veut dire déployer des ombrières, des voiles d'ombrage, et notamment dans les rues les plus exposées et les plus passantes de l'hypercentre, (...) transformer progressivement les arrêts de bus et les arrêts de tramway pour en faire de véritables îlots d'ombre et de fraîcheur", poursuit Mayeul l'Huillier, adjoint au maire chargé des espaces publics, des mobilités, du stationnement et de la végétalisation.
Du recyclage, laisse entendre Stéphane Pfeiffer, l’ex-adjoint de l’ancien maire Pierre Hurmic, désormais président du groupe d’opposition municipale Écologie et solidarités. "C'était dans notre programme pour les élections municipales, donc on est effectivement favorable au fait qu'il faille ombrager un certain nombre de rues." Thomas Cazenave prête toutefois quelques réalisations à son prédécesseur. "Oui, des choses ont été faites, je ne le nie pas du tout, je le reconnais, moi, je ne suis pas sectaire. Mais la réalité, c'est que quand on a fait de la végétalisation, l'alpha et l'oméga de la politique d'adaptation au réchauffement climatique, on se trompe."
"Un exercice de communication" selon l'opposition municipale
"On en attendait pas moins de la rentrée de Thomas Cazenave", rétorque Stéphane Pfeiffer qui dénonce "une caricature". On se doutait qu'il allait critiquer ce qu'on avait fait ou pas fait pendant les six années de mandat, avec quand même ce petit truc : il nous reproche à la fois d'avoir dépensé trop d'argent et d'avoir fait trop de choses, et en même temps, il nous reproche d'avoir rien fait. Donc c'est toujours un peu cette contradiction. Pour autant, quand on voit son plan d'adaptation, il y a au moins les trois quarts des mesures qu'il annonce aujourd'hui, qui sont des choses que l'on avait mises en place ou qui étaient dans les tuyaux. Donc, on voit qu'il est surtout dans un exercice de communication. Il veut être plus écolo que les écolos. Je pense qu'il n'a pas fait sa révolution écolo dans l'été parce qu'il y a eu des feux de forêt. Rappelons quand même qu'en 2024, quand il était ministre du Budget, c'est lui qui signe un courrier qui annule la commande de Canadair alors qu'on en aurait eu bien besoin cet été. La première étape, encore une fois, était de végétaliser, donc il a plutôt la chance d'avoir notre bilan."
Bien au contraire estime Thomas Cazenave qui déplore avoir hérité de finances dans le rouge, "une épargne négative" qui va contraindre la nouvelle municipalité à faire des choix "pas facile". "On va devoir revoir certains chantiers avec plus de sobriété." Le plan pluriannuel d'investissement qui sera présenté début novembre proposera "600 millions d'euros dont 26% dirigés sur l'adaptation au réchauffement climatique, dont 20 millions d'euros fléchés vers l'adaptation des écoles", indique Louis Fleury, le maire adjoint chargé des finances de la Ville de Bordeaux.
Thomas Cazenave dit "non" au projet de méga datacenter à Bordeaux-Lac
Lors de sa conférence de presse de rentrée, Thomas Cazenave a également annoncé la fin du projet d'installation d'un méga datacenter à Bordeaux-Lac. "J'ai rencontré tous les porteurs du projet pour leur dire que je ne souhaitais pas l'installation de ces mégas datacenters sur les parkings du Parc des expositions. C'était d'ailleurs une annonce en pleine campagne électorale de la précédente mandature. Nous ne sommes pas opposés par principe aux data centers. Il y a une logique de souveraineté européenne et on le voit bien encore plus aujourd'hui sur le stockage de données. Mais quand on a un projet de territoire complet à Bordeaux-Nord, dans un endroit très stratégique, desservi par le tram près du lac, qui est une ressource stratégique, un endroit incroyable, au fond, on ne va pas condamner tout cet espace à mettre des data centers qui emploient quasiment personne. Parce qu'on ne désespère pas non plus, un jour, de reremplir le Stade Atlantique avec des supporters", affirme Thomas Cazenave qui souhaite faire de Bordeaux-Nord "le plus grand quartier sportif d'Europe".
S'agissant du club des Girondins menacé de liquidation judiciaire, Thomas Cazenave parle d'une "période très triste". L'élu, qui aurait aimé "plus de souplesse de la Fédération française de football", dit aujourd'hui "attendre l’audience du 22 septembre devant le tribunal de commerce". Son équipe tente en ce moment d’identifier au sein de la métropole les terrains pouvant accueillir les Marine et Blanc. "On a fait tout ce que nous pouvions faire à notre niveau", ajoute le maire qui n'a eu "aucun échange avec Gérard Lopez depuis une dizaine de jours".
Un plan sur la gestion de l'eau et la relance du chantier de champ captant du Médoc
La nouvelle municipalité promet encore "un plan de gestion de l'eau pour faire de Bordeaux une ville exemplaire". "Aujourd'hui, l'arrosage des pelouses et jardins provient à 65% d'eau potable", constate Catherine Fabre, adjointe au maire de Bordeaux et maire du quartier Saint-Augustin - Alphonse Dupeux - Tauzin. "Nous allons réutiliser des eaux alternatives, celles provenant des stations d'épuration et de la Garonne grâce aux stations de pompage", explique l'élue chargée de ce plan de gestion de l'eau. Le maire Thomas Cazenave annonce également qu'il souhaite relancer le chantier du champ captant des Landes du Médoc, ces travaux controversés qui prévoient de nouveaux forages dans la nappe phréatique située sous les communes de Saumos et du Temple.