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Rage, hépatite, typhoïde : le point sur les vaccins de voyage

Manque d'information, prix élevés, pénuries, les vaccins de voyage ne se limitent pas à ceux exigés à destination. Entre protections souvent oubliées et risques qui évoluent avec le changement climatique, les spécialistes appellent les voyageurs à mieux anticiper.

Vous avez prévu de voyager prochainement et vous ne savez pas si vous êtes à jour avec vos vaccins? Voici ce qu'il faut savoir avant de faire ses valises. D'abord, un réflexe simple mais souvent oublié, vérifier ses vaccins de base.

Selon la Dre Valérie d'Acremont, médecin tropicaliste à Unisanté et professeure à l'Université de Lausanne, ce sont d'abord les vaccins de base, comme le tétanos, la diphtérie ou la rougeole, qui sont négligés par les voyageurs, alors qu'ils restent parmi les plus utiles à vérifier avant un départ. La Dre Olivia Veit, du Comité suisse d'experts en médecine des voyages, observe le même problème: "Je vois régulièrement des gens qui n'ont reçu qu'une seule dose de vaccin de la rougeole sur les deux nécessaires", ce qui les expose au risque de contracter la maladie et surtout de la transmettre, celle-ci étant très contagieuse.

On prend en considération chaque maladie en fonction du lieu, type de voyage, santé de la personne et on fait la pesée risque-bénéfice

En plus des vaccins propres à certaines régions, comme la fièvre jaune en Afrique et en Amérique latine, la fièvre typhoïde ou l'encéphalite japonaise en Asie, d'autres vaccins, autrefois réservés à certaines zones, sont aujourd'hui recommandés pour la plupart des voyages. C'est le cas par exemple de l'hépatite A ou de la rage.

Les spécialistes rappellent d'ailleurs un principe important, chaque vaccin fait l'objet d'une évaluation au cas par cas. "On prend en considération chaque maladie en fonction du lieu, type de voyage, santé de la personne et on fait la pesée risque-bénéfice", résume la Dre d'Acremont. Certains vaccins ne sont pas recommandés si la maladie reste trop rare dans le pays visité.

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La rage, un vaccin trop souvent oublié

Selon la médecin-cheffe du centre de vaccination d'Unisanté, la rage compte parmi les vaccins de voyage les moins connus. Beaucoup de voyageurs découvrent son existence après avoir été mordus ou griffés par un animal, parfois plusieurs mois trop tard. Le vaccin ne protège pas à vie, il nécessite un rappel après une exposition, mais s'être fait vacciner à l'avance évite de devoir agir dans l'urgence et de recourir à des injections d'immunoglobulines, plus lourdes et douloureuses. D'autant plus que "l'accès à ces traitements d'urgence est parfois difficile à trouver une fois sur place, notamment dans certains pays d'Afrique", ajoute la Dre Veit.

La question ne concerne d'ailleurs plus seulement les pays lointains. Le trafic illégal d'animaux domestiques commandés sur internet complique aujourd'hui l'évaluation du risque en Suisse. Un chien mordeur d'origine inconnue peut désormais justifier une vaccination par précaution. Les chauves-souris aussi propagent la maladie. En juin, le Canadian Medical Association Journal a publié le cas d'un garçon de 11 ans mort de la rage après qu'une chauve-souris s'est posée sur son visage pendant qu'il dormait.

>> Réécouter le sujet sur la rage de CQFD :

Le Centre suisse de la rage continue de surveiller la rage en Suisse, même après sa disparition du sol helvétique en 1999. [Depositphotos - art_man]Depositphotos - art_man

Le point sur la rage en Suisse / CQFD / 11 min. / le 27 septembre 2023

Le prix, principal frein

Reste un obstacle de taille, le prix. Pour la Dre d'Acremont, c'est aujourd'hui l'un des principaux problèmes de la prévention avant un voyage. À titre d'exemple, une dose du vaccin contre la rage coûte approximativement 120 francs chez Unisanté et une dose du vaccin contre l'encéphalite japonaise environ 160 francs, sans compter la consultation elle-même, facturée en plus selon sa durée. Le coût pour un couple partant en Asie du Sud-Est et souhaitant se protéger contre ces deux maladies peut ainsi facilement atteindre les 1000 francs, en comptant les doses multiples nécessaires pour chacune.

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Dans sa pratique, la spécialiste observe que plusieurs jeunes voyageurs, notamment ceux partant en sac à dos pour de longs séjours, sont surpris par une facture pouvant grimper à plusieurs centaines de francs. Certains renoncent alors à une partie des vaccins recommandés, en fonction de leurs moyens.

Ce prix élevé s'explique aussi par des pénuries qui reviennent régulièrement pour certains vaccins, un problème structurel selon la Dre d'Acremont. "Les fabricants tirent moins de bénéfices d'un produit qui, contrairement à un traitement pris au quotidien, ne s'administre souvent qu'une ou deux fois dans une vie." Plusieurs entreprises pharmaceutiques auraient cessé d'en produire, au profit de quasi-monopoles qui font grimper les prix.

Le climat rebat les cartes

Les recommandations évoluent aussi avec le climat. Les maladies transmises par les moustiques progressent avec le réchauffement climatique, qui favorise leur expansion géographique. C'est le cas de la fièvre jaune, dont la zone de recommandation s'élargit d'année en année.

Carte mondiale de la fièvre jaune [healthytravel]
Carte mondiale de la fièvre jaune [healthytravel]

De nouveaux vaccins ont par ailleurs fait leur apparition ces dernières années, contre la dengue et le chikungunya. Le premier reste réservé aux personnes ayant déjà contracté la maladie, le second est accessible à tous les voyageurs et recommandé par exemple pour un séjour prolongé au Costa Rica, où circule actuellement une épidémie.

Comment s'y retrouver avant un départ

Face à cette multitude de recommandations, qui varient selon la destination, la durée du séjour ou le type d'activités prévues, mieux vaut se renseigner suffisamment à l'avance. La plateforme HealthyTravel.ch, pilotée par le Comité suisse d'experts en médecine des voyages, permet de consulter les recommandations à jour selon le pays visité. Il est aussi possible de solliciter son médecin traitant ou de prendre rendez-vous dans un centre spécialisé en médecine des voyages, idéalement plusieurs semaines avant le départ, certains vaccins nécessitant plusieurs doses espacées dans le temps.

Amaëlle Steffen

Un risque minime, mais pas nul

Comme tout médicament, un vaccin n'est pas totalement dénué de risque. Selon l'Office fédéral de la santé publique, les effets secondaires les plus courants restent bénins, une rougeur, une douleur au point d'injection ou parfois de la fièvre, qui disparaissent en quelques jours.

Les effets secondaires graves ou les séquelles durables restent extrêmement rares. La loi oblige les médecins à déclarer tout effet indésirable grave et les personnes concernées peuvent aussi le faire elles-mêmes. Un système fédéral d'indemnisation existe par ailleurs pour les rares cas de dommages liés à une vaccination.

Les vaccins de base exemptés de franchise

Depuis le 1er janvier 2026, les vaccins figurant dans le plan de vaccination suisse, comme ceux contre le tétanos, la diphtérie ou la rougeole, sont exemptés de franchise par l'assurance de base. Seule une quote-part de 10% reste à la charge de l'assuré. Cette mesure, voulue par l'Office fédéral de la santé publique pour augmenter le taux de vaccination en Suisse, ne concerne toutefois pas les vaccins de voyage comme la rage, la fièvre jaune ou l'hépatite A, qui restent entièrement à la charge du patient.

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