Vaccination grippe en EHPAD : 24,2 % des soignants vaccinés, campagnes internes en recul
En 2024-2025, 24,2 % des professionnels de santé salariés exerçant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) étaient vaccinés contre la grippe, contre 82,7 % des résidents. L’étude nationale publiée dans Eurosurveillance montre aussi que plusieurs mesures internes de soutien à la vaccination sont moins souvent mises en œuvre qu’en 2018-2019. La faible couverture ne se résume donc pas à l’adhésion individuelle des soignants : elle s’inscrit aussi dans une organisation de la campagne qui s’est en partie affaiblie.[1][2]
À retenir (lecture rapide)
- La couverture antigrippale des professionnels de santé salariés en EHPAD est de 24,2 % en 2024-2025.[1][2]
- Elle atteint 56,3 % chez les médecins, 34,2 % chez les infirmiers et 19,3 % chez les aides-soignants.[1]
- Le soutien explicite de l’encadrement concernait 52 % des EHPAD, contre 89 % en 2018-2019.[1]
- Quatre mesures restent associées à une meilleure couverture, sans permettre de conclure à un effet causal.[1]
Vaccination antigrippale en EHPAD : un professionnel de santé sur quatre vacciné
La couverture antigrippale des professionnels de santé salariés en EHPAD est passée de 31,9 % en 2018-2019 à 24,2 % en 2024-2025, soit une baisse de 7,7 points. L’étude porte sur les médecins, infirmiers, aides-soignants et autres personnels paramédicaux salariés. Les professionnels employés depuis moins de trois mois et les étudiants en sont exclus.[1]
Pour la saison 2024-2025, 7 420 EHPAD ont été invités à participer. Au total, 2 630 ont renseigné au moins une partie de l’étude et 2 292 ont fourni des données de qualité suffisante pour l’analyse de couverture vaccinale, portant sur 58 852 professionnels de santé. Les données sont agrégées par établissement et la participation à ce volet représente 30,9 % des EHPAD sollicités : un biais de participation ne peut donc pas être exclu.[1]
Un autre recueil de Santé publique France, publié en juillet 2025 et repris ensuite par la Haute Autorité de santé (HAS), estime à 21,0 % la couverture antigrippale des professionnels exerçant en EHPAD. Les deux chiffres ne mesurent pas exactement la même population : l’étude publiée dans Eurosurveillance retient les professionnels de santé salariés — médecins, infirmiers, aides-soignants et autres paramédicaux — tandis que l’enquête menée dans les établissements sociaux et médico-sociaux porte sur l’ensemble des professionnels salariés. Le taux de 24,2 % sert donc ici à comparer les catégories soignantes et les mesures organisationnelles analysées dans l’étude.[1][3]
Le taux de 82,7 % chez les résidents est, lui, retrouvé dans la synthèse nationale du Bulletin épidémiologique hebdomadaire comme dans l’enquête menée auprès des établissements sociaux et médico-sociaux.[2][3]
Médecins, infirmiers, aides-soignants : 37 points d’écart de couverture vaccinale
La moyenne de 24,2 % masque un écart majeur entre métiers. En 2024-2025, la couverture atteint 56,3 % chez les médecins, 34,2 % chez les infirmiers et 19,3 % chez les aides-soignants : 37 points séparent ainsi médecins et aides-soignants. En 2018-2019, ces couvertures étaient respectivement de 75,5 %, 42,9 % et 26,7 %.[1]
La baisse touche donc les trois catégories. Mais l’étude ne mesure pas individuellement les motivations, les connaissances ou les motifs de refus. Elle ne permet pas davantage d’attribuer le faible taux des aides-soignants à un défaut de responsabilité ou à une « défiance » homogène. Elle documente des écarts entre métiers et, parallèlement, des différences d’organisation entre établissements.[1]
Campagnes de vaccination en EHPAD : le portage interne s’est affaibli
Le changement le plus marqué concerne l’implication de l’encadrement. En 2018-2019, 89 % des EHPAD déclaraient que la campagne était soutenue par le directeur, le médecin coordonnateur ou l’infirmier coordonnateur. Ils n’étaient plus que 52 % en 2024-2025, soit 37 points de moins.[1]
D’autres actions ont reculé : séances collectives d’information de 68 % à 49 %, séances individuelles de 19 % à 9 %, information sur les vaccins de 64 % à 53 %, information sur la grippe de 83 % à 69 %. L’usage d’affiches a diminué de neuf points.[1]
Le recul n’est toutefois pas général. La vaccination gratuite dans l’établissement restait proposée par 93 % des EHPAD en 2024-2025 et 82 % utilisaient des affiches. Un référent vaccination était identifié dans 30 % des structures, un niveau proche des 33 % de 2018-2019 après un creux au début de la période post-Covid.[1]
Lorsque les directions déclaraient mettre en œuvre moins de mesures, elles pouvaient citer plusieurs raisons. La réticence vaccinale des équipes arrivait en tête dans 71,4 % des cas, devant le turn-over (26,6 %), le sentiment d’inefficacité des actions et le manque de temps (19,1 % chacun), puis les sous-effectifs (17 %). Ces réponses décrivent le regard de l’encadrement ; elles ne constituent pas une enquête individuelle auprès des professionnels et ne permettent pas de mesurer le poids causal de chaque facteur.[1]
La campagne se joue donc aussi dans les conditions concrètes de travail : disponibilité du vaccin, temps consacré à l’information, interlocuteur identifié et continuité du pilotage. Cette dimension rejoint, sans reprendre le même angle, les tensions de personnel qui pèsent sur le fonctionnement des EHPAD.
Quatre mesures associées à une meilleure couverture vaccinale
En 2024-2025, quatre mesures sont significativement associées à une couverture plus élevée après ajustement : vaccination gratuite au sein de l’EHPAD, séances individuelles d’information, information sur la grippe et désignation d’un référent vaccination. Les rapports de prévalence ajustés correspondent respectivement à des couvertures supérieures de 30 %, 15 %, 13 % et 10 % en valeur relative par rapport aux établissements ne mettant pas en œuvre la mesure considérée.[1]
Ces valeurs ne représentent pas des gains en points de pourcentage. Elles ne démontrent pas non plus qu’ajouter une mesure produira mécaniquement la hausse observée : l’analyse est observationnelle et transversale, même si elle tient compte de plusieurs caractéristiques des établissements.[1]
En 2018-2019, sept mesures étaient associées à une meilleure couverture. Le soutien de l’encadrement en faisait partie ; il ne ressort plus comme facteur significatif dans le modèle 2024-2025. Cette différence entre saisons ne signifie pas que l’implication de la direction serait devenue inutile : elle indique seulement que l’association statistique n’est plus retrouvée dans ce modèle.[1]
Cinq leviers pour organiser la campagne
- Rendre la vaccination immédiatement accessible : gratuité sur place et créneaux compatibles avec les horaires de travail.
- Identifier clairement un référent vaccination pouvant répondre aux questions et orienter les professionnels.
- Prévoir des échanges individuels, modalité associée à une meilleure couverture en 2024-2025.
- Adapter l’information aux métiers, compte tenu des écarts persistants entre médecins, infirmiers et aides-soignants.
- Suivre la couverture par catégorie et documenter les obstacles, afin de distinguer refus, difficultés d’accès et contraintes d’organisation.
Ces pistes traduisent les résultats en leviers de gestion. L’étude ne mesure pas directement l’effet d’un tableau de bord, d’équipes mobiles ou de créneaux vaccinaux organisés pendant le temps de travail.
Obligation vaccinale contre la grippe en EHPAD : recommandation de la HAS et suspension réglementaire
En juillet 2026, la HAS a recommandé d’instaurer progressivement une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels de santé et les autres professionnels exerçant auprès de personnes à risque de forme grave, avec un déploiement prioritaire en EHPAD et en unités de soins de longue durée. Pour les résidents âgés en collectivité, elle recommande au contraire de maintenir la vaccination sans la rendre obligatoire.[4]
Le Code de la santé publique prévoit depuis longtemps, à l’article L. 3111-4, une immunisation contre la grippe pour certaines personnes exerçant dans des établissements de soins ou hébergeant des personnes âgées. Mais le décret du 14 octobre 2006 suspend explicitement « l’obligation vaccinale contre la grippe prévue à l’article L. 3111-4 » ; Légifrance donne toujours ce décret comme en vigueur au 20 septembre 2026.[5][6]
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 n’a pas abrogé ce décret. Son article 55 a notamment ajouté un dispositif visant certains professionnels de santé libéraux exerçant hors des établissements concernés par le I de l’article L. 3111-4, ainsi que certaines personnes employées dans les mêmes lieux. Pour eux, l’obligation est subordonnée à une recommandation préalable de la HAS et à un décret en Conseil d’État précisant les professions et lieux d’exercice concernés.[5][7]
À la date de vérification du 20 septembre 2026, la recommandation de la HAS ne doit donc pas être présentée comme une obligation antigrippale déjà mise en œuvre pour les professionnels des EHPAD. Le texte législatif, la suspension réglementaire de 2006 et les nouvelles dispositions concernant les libéraux relèvent de mécanismes distincts. Cette différence entre prescription du vaccin et obligation de se vacciner est également détaillée dans le point consacré au nouveau régime de prescription des vaccins contre la grippe depuis juillet 2026.[4][5][6][7]
Professionnels libéraux : une faiblesse statistique persistante
L’évolution réglementaire met aussi en lumière une lacune des données disponibles. L’étude qui établit la couverture à 24,2 % porte sur des professionnels de santé salariés. Elle ne permet pas d’estimer la vaccination des médecins, infirmiers ou autres professionnels libéraux intervenant en EHPAD.[1]
Pour les établissements, le constat est néanmoins suffisamment documenté pour déplacer le débat. La couverture des professionnels de santé salariés est basse, les écarts entre métiers restent importants et plusieurs composantes des campagnes internes se sont contractées depuis 2018-2019. L’adhésion à la vaccination comporte une dimension individuelle ; l’accès au vaccin, l’information et le portage de la campagne dépendent, eux, largement de l’organisation de l’établissement.
Références
- Hanguehard R., Fonteneau L., Bonnet N., et al., « Decreases in influenza vaccination coverage among nursing home healthcare workers and in measures to promote influenza vaccination, France, 2007/08 to 2024/25 », Eurosurveillance, 26 mars 2026.
- Santé publique France, « Évolution des couvertures vaccinales nationales contre la grippe saisonnière chez les personnes à risque et les professionnels de santé en France, 2007-2025 », Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 18, 15 septembre 2026.
- Santé publique France, « Couvertures vaccinales contre la grippe et la Covid-19 des résidents et des professionnels en établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS). Point au 18 juillet 2025 », 18 juillet 2025.
- Haute Autorité de santé, « Grippe saisonnière : Évaluation de la pertinence d'une obligation vaccinale », validation du 9 juillet 2026, mise en ligne le 20 juillet 2026.
- Légifrance, Code de la santé publique, article L. 3111-4, version en vigueur depuis le 31 décembre 2025.
- Légifrance, Décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006 relatif à l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels mentionnés à l’article L. 3111-4, texte en vigueur vérifié le 20 septembre 2026.
- Légifrance, Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, article 55, 31 décembre 2025.