Vacances et déconnexion : pourquoi les travailleurs peinent encore à couper avec le travail - RTBF Actus
Au-delà de la question du respect du temps de repos, l’absence de véritable déconnexion peut avoir des conséquences importantes sur la santé des travailleurs. Chaque sollicitation professionnelle, un email, une notification ou un message, peut maintenir le cerveau dans un état d’alerte permanent.
Cette réaction s’explique par le fonctionnement même du système nerveux explique Paulo Romero Raglianti, psychologue clinicien spécialiste du rapport au travail : "L’être humain n’a pas évolué au fil du temps pour bien vivre mais pour survivre." Selon lui, chaque nouvelle notification peut être interprétée par le cerveau comme un élément nécessitant une réponse : "L’incertitude est perçue comme un potentiel danger, alors on s’en occupe."
Cette sollicitation constante empêche alors une récupération complète, pourtant essentielle après une période de travail intense. À long terme, l’accumulation de stress peut contribuer à l’apparition de troubles liés à la santé mentale, dont le burn-out. "Le burn-out, c’est un système nerveux qui a été exposé à des stimulations, à des stresseurs de manière constante", explique Paulo Romero Raglianti.
Lila Maas, responsable de l’unité psychosociale au groupe CESI, souligne également le rôle de l’hyperconnexion dans cette problématique. Selon elle, certains travailleurs connaissent au travail "une tendance à l’hyperconnexion" avec des "périodes de récupération qui sont quasi inexistantes". Cette disponibilité continue peut ainsi devenir un facteur de risque parmi d’autres dans l’apparition de difficultés liées au bien-être au travail.
Préparer sa tranquillité d’esprit
Pour Paulo Romero Raglianti, la première étape consiste à anticiper son départ et à ne pas attendre le dernier moment pour organiser son absence. "Les vacances se préparent. On ne part pas en vacances comme ça", explique le psychologue clinicien.
Selon lui, le fait de déléguer et d’échanger avec son équipe avant son départ permet au cerveau de mieux intégrer ce changement de rythme. Identifier les personnes capables de reprendre certains dossiers, en discuter avec son manager et organiser les tâches restantes sont autant d’éléments qui permettent de partir plus sereinement.
Cloisonner les outils numériques
Autre conseil : séparer clairement les usages professionnels et personnels des outils utilisés au quotidien. Par exemple, utiliser WhatsApp uniquement pour ce qui est personnel et privilégier Teams pour le boulot. "L’objectif est également d’éviter d’emporter avec soi les outils professionnels pendant les vacances lorsque cela est possible".
Éviter la pression à la déconnexion
Enfin, Paulo Romero Raglianti met en garde contre une nouvelle forme de pression : celle de vouloir absolument réussir à déconnecter. "Parfois, on se met le pression pour déconnecter. Si je ne déconnecte pas, ça devient aussi une source de stress", souligne-t-il.
Dans certaines situations, une coupure progressive peut être plus réaliste. Consacrer un court moment défini à la gestion de quelques demandes urgentes, par exemple une heure dans la semaine, peut permettre de réduire l’anxiété liée au travail, tout en maintenant une limite claire. L’essentiel reste de retrouver un équilibre et de préserver de véritables temps de récupération.