Une TVA à 0%, 9% ou à 22%? Voici l’impact qu’aurait en magasin la réforme proposée par De Wever
Afin de combler l’énorme déficit budgétaire, le gouvernement fédéral pourrait revoir les taux de TVA. Dans la note de Bart De Wever, une réforme à trois taux est envisagée. Les denrées alimentaires de base, comme les fruits et le pain, passeraient à 0%. Les taux de 6% et 12% fusionneraient pour atteindre 9% et le taux standard passerait de 21% à 22%. Mais qu’est-ce que cela changerait concrètement au supermarché? Nous avons fait le calcul.
Sven Ponsaerts, Kevin Dupont
Source: HLN
5 octobre 2026, 19:49
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Dans sa quête pour réaliser 10 milliards d’euros d’économies, le gouvernement fédéral se penche à nouveau sur la TVA. Il est encore trop tôt pour dire à quoi ressembleront exactement les mesures finalement prises par l’Arizona, ni même si cette réforme verra réellement le jour. Quoi qu’il en soit, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) propose d’approfondir la question, sur la base des travaux menés par le ministre du Budget Vincent Van Peteghem (CD&V).
Pour illustrer concrètement ce qu’impliquerait une telle réforme de la TVA, prenons un panier d’achat lambda. Celui-ci comprend 35 produits populaires qui auraient coûté au total 80,79 euros en août chez Colruyt, le supermarché le moins cher pour cette liste de courses. Pour certains articles, le taux de TVA pourrait augmenter, tandis que pour d’autres, il baisserait, voire disparaîtrait.
Une TVA à 0% pour les aliments “sains”
Bonne nouvelle: Bart De Wever prévoit dans ses projets ce qu’on appelle un “virage santé”. La TVA passerait ainsi de 6% actuellement à 0% pour des denrées alimentaires de base “saines”. Dans le projet de Vincent Van Peteghem, étaient concernés les fruits frais, les légumes frais et les produits de première nécessité tels que le pain, le lait et les œufs.
Cela signifierait que, dans notre panier d’achats, les bananes, la laitue iceberg, les petites pommes de terre et les raisins sans pépins, entre autres, passeraient d’un taux de TVA de 6% à un taux zéro. Le prix du chou-fleur passerait ainsi de 1,79 euro à 1,69 euro.
Si l’on se base sur les achats de produits alimentaires de première nécessité d’un ménage moyen, selon les chiffres les plus récents de l’office des statistiques Statbel, nous paierions chaque année environ 151 euros de TVA en moins sur cette partie de notre panier.
Michel Maus, professeur de fiscalité et expert financier, se demande toutefois si le consommateur ressentira réellement cet effet à la caisse. “Une baisse de la TVA donne l’impression que la vie devient moins chère, mais la réalité est souvent plus complexe”, affirme-t-il. “Prenons l’exemple de cinq kilos de pommes de terre pour lesquels on paie aujourd’hui 5 euros. Si l’on ne paie pas 6%, mais 0% de TVA sur ce produit, le prix baisse en théorie à 4,7 euros. Mais que fera le commerçant? Il sait que le client a l’habitude de payer 5 euros. Il y a donc de fortes chances qu’il maintienne le prix à 5 euros. Une partie de cette baisse de TVA finit alors tout simplement dans la poche du commerçant ou du producteur. Une baisse de TVA n’a souvent pas pour but de soutenir le consommateur, mais bien le secteur de l’agroalimentaire.”
Des aliments et boissons classiques à 9%
La majeure partie de ce que nous mettons dans notre caddie est constituée d’aliments et de boissons classiques, comme la viande, les poissons, les produits laitiers, les biscuits, les snacks et les boissons gazeuses. Le taux de TVA sur ces produits passerait de 6% à 9%. Notre pot de Nutella de 1 kg ne coûtera donc plus 4,88 euros, mais 5,02 euros. Le prix des filets de porc passera de 6,49 euros à 6,67 euros.
Cette hausse de la TVA coûterait chaque année 102 euros supplémentaires à une famille moyenne. Sur les 151 euros d’économies réalisées sur les fruits, les légumes et le pain, il ne nous resterait ainsi plus que 49 euros.
22 % pour les produits de soin et l’alcool
Pour les produits non essentiels, la TVA passerait de 21% à 22%. Cela semble modeste, mais cette hausse est de loin la plus coûteuse pour notre portefeuille, car elle concerne pratiquement tout ce qui n’est pas de la nourriture. Que ce soit pour l’adoucissant Lenor, le shampoing Head & Shoulders ou la bouteille de Martini Bellini dans notre caddie, nous payons donc ici un point de pourcentage de TVA supplémentaire.
Conclusion: le caddie coûte 1,08 euro de plus
Avec ces taux de TVA évoqués par Bart De Wever, le ticket de caisse de notre panier s’élève à 81,87 euros. C’est 1,08 euro de plus qu’aujourd’hui, soit une légère hausse de 1,34%.
Mais de manière globale, la hausse du taux général de TVA à 22% devrait peser lourd sur le budget des ménages. Du plein d’essence à l’abonnement télécom en passant par l’achat de vêtements, de meubles et de services comme une visite chez le coiffeur: tous ces produits et services deviendraient un peu plus chers. Comme nous consacrons une part considérable de notre salaire mensuel à cette catégorie de dépenses, toutes ces petites hausses de prix constituent, mises bout à bout, la plus grande perte de pouvoir d’achat. Une famille moyenne perdrait ainsi en moyenne 143 euros par an.
“Ce petit pourcent supplémentaire pourrait vraiment causer de véritables casse-têtes”, affirme Michel Maus, qui souligne que la Belgique ne doit pas se mettre davantage hors jeu par rapport à ses pays voisins, où la TVA est souvent plus faible. “Nombreux sont ceux qui traversent déjà la frontière pour faire leurs courses hebdomadaires en France. Si l’on vient à facturer un pour cent de TVA supplémentaire dans notre propre pays, l’économie frontalière n’en subira que davantage de préjudice. Il faut tenir compte des ‘répercussions négatives’.”
Quels pourraient être les retombées d’une telle réforme?
“Ce qui est actuellement à l’étude s’apparente en grande partie au modèle néerlandais”, affirme Michel Maus. “Là-bas, les taux de 6% et 12% ont déjà été fusionnés en un seul taux de 9%. Selon les calculs de Wim Moesen, économiste à la KU Leuven, la reproduction intégrale de ce système rapporterait d’un seul coup 7 milliards d’euros au Trésor public. Il est vrai que ce calcul repose sur un taux général de 21%, applicable également aux nouvelles constructions et au secteur de l’Horeca. Or, selon la note, ces deux secteurs seraient épargnés dans notre pays (certaines voix s’élèvent d’ailleurs en faveur d’un taux de 12% pour les nouvelles constructions, ndlr).”
Mais il ne faut pas sous-estimer l’impact psychologique de telles décisions, souligne Michel Maus. “Lorsque l’on prend une mesure, la question qui se pose toujours est la suivante: comment vont réagir les consommateurs et les entreprises? Ce n’est pas facile à évaluer. Et ce genre de situation peut très vite dégénérer. Pensez par exemple au mouvement des gilets jaunes. À l’époque, cette contestation a débuté en France à la suite d’une augmentation très modeste des taxes sur les carburants, mais elle a tout de même mis tout le pays sens dessus dessous. Il faut donc vraiment bien réfléchir à tout cela.”