Une "solution" limiterait le survol de Bruxelles... mais les Flamands subiraient plus de nuisances et la maison d'un bourgmestre N-VA serait menacée
Pour résoudre l'insoutenable problématique du survol de Bruxelles, une "solution miracle" est souvent avancée depuis l'intra-muros bruxellois : renvoyer les avions "au-dessus des champs du Brabant Flamand". Une piste encore récemment avancée par le bourgmestre de Ganshoren.
Un scénario qui, du côté flamand, est tout sauf bien accueilli. À Steenokkerzeel, Zaventem mais également Kortenberg, les pouvoirs locaux s'inquiètent encore d'un éventuel allongement des pistes 25. Cette idée avait déjà été évoquée en 2016 dans le cadre du plan "2040" de l'aéroport... et avait à l'époque déjà fait polémique dans le Vlaamse Rand.
La "route Crucke", une aubaine pour les Ganshorenois, Jettois et Laekenois ? "Cela ne fait que déplacer le problème, on doit être solidaires"Cette piste allongée "côté Brabant", jusqu'à grosso modo Erps-Kwerps, permettrait notamment aux avions d'effectuer un virage à gauche avant Bruxelles. La capitale éviterait des survols mais Wezembeek-Oppem, par exemple, connaîtrait davantage de nuisances. Cette idée est sur la table, parmi bien d'autres, dans le cadre des discussions sur la réduction des nuisances et le renouvellement du permis de l'aéroport.

"Inacceptable" aux yeux de l'échevin zaventemien Bart Dewandeleer, a-t-il fait savoir au Nieuwsblad. Même rejet à Steenokkerzeel. Le bourgmestre Kurt Ryon (N-VA) nous indique craindre pour des expropriations, notamment à Humelgem. À ses yeux, la commune en serait défigurée. "Ce serait terrible pour notre commune. On devrait exproprier des maisons. Steenokkerzeel ne peut pas devenir un nouveau Doel."
Ce n'est guère un secret dans l'entité : la maison du bourgmestre serait elle-même menacée. L'édile N-VA réside en effet à Humelgem. "Selon certains plans, ce serait le cas", nous confirme-t-il. Kurt Ryon assure que son combat n'est pas une "affaire personnelle" et que tout le village d'Humelgem est menacé. "Je me battrai toujours pour mon village. C'est aussi ma mission, en tant que bourgmestre."
"On a construit les villages en fonction de l'aéroport"
Mais quid de la solidarité envers les Bruxellois? Dans la capitale, le survol affecte des quartiers densément peuplés. "Le Vlaamse Rand est déjà très solidaire. Il est impossible de n'avoir aucun survol à Bruxelles. Il ne faut pas regarder seulement la densité de population mais aussi la fréquence et l'intensité", soutient Kurt Ryon.
"On ne sait pas dormir ni se reposer, même avec du double vitrage" : à Koekelberg, des centaines d'habitants manifestent contre la "route Crucke"Le mayeur N-VA rappelle par là qu'un avion fait davantage de bruit à proximité immédiate de l'aéroport. "On a construit les villages en fonction de l'aéroport. On habite depuis 70 ans avec l'aéroport sur notre commune. On connaît la situation et on s'est adapté. Mais si on déplace les choses, ça n'ira pas", nous assure le bourgmestre N-VA, qui évoque des actions en justice si ce scénario de l'allongement des pistes venait à être confirmé.
Du côté parlementaire, le député flamand N-VA Hans Vanhoof (lui-même de Kortenberg) a appuyé la fronde des communes. "Un allongement des pistes signifierait tout simplement le coup de grâce pour le hameau de Humelgem et pour Steenokkerzeel. Il est tout à fait incompréhensible qu'un bureau d'études envisage cela."
"Survoler Bruxelles est une obsession en Flandre"
Du côté du cabinet du ministre Jo Brouns (CD&V), on nous assure que "c'est prématuré" et qu'il ne s'agit que d'une liste d'hypothèses. Sans davantage de commentaire.
Le PS a déposé un texte au Parlement fédéral pour "supprimer la route Crucke" : "Il est soumis à la volonté de la N-VA"Philippe Touwaide, analyste en transport et ancien médiateur fédéral de l'aéroport, rappelle qu'un tel projet impliquerait un budget conséquent. "Un tel prolongement soulagerait totalement la Région bruxelloise. Plus aucun décollage sur Haren, Evere, Woluwe-Saint-Lambert, Woluwe-Saint-Pierre, et une partie de Kraainem et Wezembeek-Oppem. Ce que la Flandre ne peut concevoir dans son principe de 'partager les charges et les nuisances', 'lasten en lusten verdelen'. Survoler Bruxelles est une obsession en Flandre."
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