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"Une situation historique et inédite" : la sécheresse en France se prolonge et l'accès à l'eau potable inquiète

Entre nappes phréatiques fragilisées, cours d'eau à sec et températures encore estivales, la question d'une pénurie d'eau potable se pose sérieusement dans plus sieurs régions françaises. Depuis le 1er septembre, les précipitations sont à nouveau très insuffisantes et les sols continuent de s'assécher. Dans de nombreux départements, l'indicateur national de sécheresse des sols atteint même des niveaux jamais observés à cette période de l'année.

Le paradoxe est d'autant plus saisissant que la France avait commencé l'année avec des réserves plutôt favorables. L'hiver avait permis une bonne recharge des nappes phréatiques. Puis tout s'est accéléré. "En huit semaines, on est passé d'un état extrême à un autre", résume l'hydrologue française Emma Haziza. À partir du mois de mai, les épisodes de chaleur se sont succédé, faisant disparaître l'eau contenue dans les sols avant de pousser les différents usages à puiser progressivement dans les nappes. Les pluies survenues ensuite n'ont pas suffi à inverser la tendance. Trop tardives, parfois trop intenses, "elles n'ont pas été efficaces parce qu'elles n'ont pas réussi à pénétrer à l'intérieur des sols", explique Emma Haziza.

Quel accès à l'eau ?

Selon le bulletin national de situation hydrologique d'EauFrance, la situation des nappes reste majoritairement dégradée. Le 18 septembre, le constat était sans appel : 93 % des départements métropolitains sont concernés par des restrictions des usages de l'eau, dont 74 avaient atteint le niveau de crise. 61 % des points de suivi des nappes se situaient en dessous des normales mensuelles, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Pour la majorité des Français, l'eau potable continue de couler. Mais dans certaines communes rurales, la pénurie est déjà une réalité concrète. Au début du mois, l'approvisionnement de 64 500 personnes dépendait toujours de camions-citernes ou de bouteilles d'eau, ou était soumis à des coupures et à des tours d'eau. Au total, 1,1 million de personnes se trouvaient dans une "situation de tension", selon les données du gouvernement.

"Ce sont souvent des toutes petites communes où […] il n'y a plus d'eau localement. C'est une situation historique et inédite", précise l'hydrologue.

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Le risque reste donc très localisé et les grandes villes disposent généralement de davantage de ressources et d'interconnexions pour sécuriser leur approvisionnement. Pour autant, celles-ci ne sont pas nécessairement à l'abri. "Dans les années passées, des grandes villes ont failli se retrouver en rupture d'alimentation en eau potable. C'est un scénario qui existe mais qui ne s'est pas encore produit."

"Un sujet à prendre à bras-le-corps"

Face à cette situation, l'urgence ne consiste pas uniquement à trouver davantage d'eau, même si "la moindre goutte d'eau doit être récupérée", explique Emma Haziza. Les habitudes de consommation peinent surtout à s'adapter. Les réseaux de distribution sont en première ligne de mire. "On ne peut pas se permettre, quand on a quasiment plus d'eau potable, d'avoir des risques de fuite trop importants", souligne-t-elle. L'experte défend également un modèle de villes capables de retenir et d'infiltrer davantage l'eau de pluie.

À côté de ces adaptations, pour Emma Haziza, il vaut mieux favoriser les sols et les nappes plutôt que multiplier les retenues à ciel ouvert où l'évaporation peut être importante. Elle cite notamment une expérience menée en Haute-Garonne, où un dispositif d'infiltration a permis de faire remonter le niveau d'une nappe alluviale de quatre mètres. "C'est un des modèles les plus intelligents que j'ai vus", estime-t-elle.

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Une problématique interfrontalière

Derrière la crise française se dessine aussi une problématique qui se généralise. Les pays tempérés, notamment en Europe, doivent s'adapter à un climat qui change. "Ceux qui n'ont jamais manqué d'eau sont en train de basculer un peu trop violemment et ne sont pas prêts non plus à baisser leurs usages", alerte Emma Haziza. En 2022, 95 % des sols belges avaient également connu un état de sécheresse extrême au début de l'été mettant certains secteurs en crise hydrologique.

L'enjeu dépasse d'ailleurs largement l'accès à l'eau dans les robinets. Agriculture, alimentation, énergie, bâtiments, assurance, la raréfaction de l'eau touche aussi de nombreuses activités. "Ça impacte toutes les strates de la société. C'est vraiment un sujet qu'il faut prendre à bras-le-corps", conclut l'hydrologue.

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