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Espagne : une retraitée expulsée, symbole de la crise du logement

L'expulsion mercredi d’une femme de 87 ans secoue l'Espagne. Maricarmen, qui vivait en location depuis 71 ans dans son appartement du centre de Madrid, est devenue le visage de la crise du logement dans le pays, où les prix ne cessent d'augmenter.

Après plusieurs années de bataille juridique, Maricarmen a perdu face à une agence immobilière qui avait acquis l'appartement qu'elle occupait depuis 71 ans dans le quartier madrilène du Retiro, à proximité du parc du même nom. Les forces de police l'ont expulsée mercredi, après trois tentatives infructueuses.

Les fois précédentes, des volontaires du Syndicat des locataires étaient parvenus à empêcher la police de rentrer. Mais cette fois-ci, même s’ils étaient une centaine, ils n’ont pas pu bloquer le départ de la retraitée, sortie en chaise roulante de sa maison. La police a dû employer la force pour dégager les membres du syndicat, qui lutte contre les expulsions et les loyers trop chers.

La réaction ne s'est pas fait attendre: dès mercredi soir, des appels à manifester ont fait descendre dans la rue près de 10'000 personnes. Maricarmen s'est transformée en un symbole tragique de cette crise du logement.

Dès mercredi soir, près de 10'000 personnes sont descendues dans la rue pour protester contre l'expulsion de Maricarmen. [Anadolu via AFP - BURAK AKBULUT]
Dès mercredi soir, près de 10'000 personnes sont descendues dans la rue pour protester contre l'expulsion de Maricarmen. [Anadolu via AFP - BURAK AKBULUT]

Augmentation de 275%

Maricarmen possédait un contrat de location très ancien, signé par son père en 1956. Le prix était donc très bas et bloqué autour de 500 euros par mois. L'entreprise propriétaire du logement depuis huit ans, avec l’aide d’avocats, a bataillé en justice pour pouvoir augmenter le loyer. L'affaire a même été portée devant la Cour suprême, qui a statué en faveur de l'agence.

L'octogénaire a donc vu son loyer augmenter de 275%, à 2650 euros. Après négociations, l'agence immobilière a accepté de le baisser à 1650 euros, mais Maricarmen, avec une retraite de 1350 euros, n'avait absolument pas les moyens de payer une telle somme.

>> Les précisions de Forum :

Manifestation à Madrid contre l'expulsion de Mari Carmen, une femme de 87 ans, le 23 septembre 2026. [KEYSTONE - MARTA PEREZ]KEYSTONE - MARTA PEREZ

L’expulsion de Maricarmen soulève la colère des Espagnols quant à la crise du logement / Forum / 2 min. / hier à 18:06

Le cas de Maricarmen illustre la brutalité de la crise du logement qui frappe l'Espagne, où des entreprises ou fonds d’investissement rachètent des bâtiments, augmentent les loyers et poussent de nombreux locataires à partir. En 10 ans, le prix moyen du mètre carré à la location dans le pays a presque doublé, atteignant 15,1 euros/m2 en août, selon le portail immobilier Idealista.

>> Lire aussi : A Madrid, des dizaines de milliers de personnes manifestent contre l'envolée du prix des loyers

Madrid concentre tout particulièrement ces tensions: placée en 2025 et 2026 en tête de son classement mondial des villes prisées pour l'immobilier de luxe par le réseau Barnes, la capitale espagnole a un parc social si restreint que certains appartements sociaux sont attribués par loterie.

A Barcelone, où la mairie tente de déployer de nombreuses mesures pour lutter contre la crise du logement, ces méthodes des fonds spéculatifs ont presque vidé de ses habitants un quartier du centre-ville pour créer des appartements de luxe ou touristiques.

Impuissance politique

Malgré l'indignation qu'a suscitée le cas de Maricarmen, ni le maire de Madrid, ni le gouvernement espagnol n'ont pu empêcher cette expulsion. Le ministère espagnol du Logement a bien proposé de racheter l’appartement de Maricarmen, mais l’entreprise propriétaire a refusé. La mairie, de son côté, a offert à Maricarmen une place dans une résidence de retraités, mais celle-ci était trop chère pour elle. Les administrations semblent donc incapables d’éviter des cas aussi dramatiques.

Chaque année, plus de 25'000 expulsions se produisent. Le gouvernement, en position parlementaire fragile, ne parvient pas à faire adopter un décret bouclier contre les expulsions des personnes fragiles. En attendant, Maricarmen est à l’hôpital, souffrant de stress et d’anxiété. Elle devrait pouvoir aller vivre dans l’appartement d’un cousin, à une heure de Madrid.

Valérie Demon/edel avec afp