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Une première en 60 ans? L’absence d’ouragans dans l’océan Atlantique surprend les météorologues

En 2026, aucun ouragan n’a encore balayé l’océan Atlantique. L’expert scientifique Martijn Peters explique pourquoi. © Getty Images via AFP

La saison des ouragans devrait normalement battre son plein et pourtant, aucun ouragan ne s’est encore formé dans l’océan Atlantique. Si cela se confirme, cela représenterait une première depuis le début des observations par satellite, il y a 60 ans. L’expert scientifique Martijn Peters fait le point sur ce qui se passe.

Martijn Peters, Kevin Dupont

Source: HLN

14 septembre 2026, 07:48Dernière mise à jour: 07:51

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Au cours de la deuxième semaine de septembre, la saison des ouragans dans l’océan Atlantique atteint généralement son pic. Mais cette année, aucun ouragan n’a encore été observé à l’est des États-Unis. Seules cinq tempêtes tropicales se sont formées: Arthur, Bertha, Cristobal, Dolly et Edouard. Les plus puissantes de ces cinq tempêtes, Bertha et Edouard, voient leurs rafales atteindre à peine 95 kilomètres à l’heure. Une situation très inhabituelle, puisqu’à cette période de l’année, la moyenne est plutôt de neuf tempêtes tropicales et de quatre ouragans.

Record battu

Les météorologues commencent donc à se demander si 2026 ne sera pas la première année sans ouragan depuis le début des observations par satellite, c’est-à-dire depuis les années 1960. Jusqu’à présent, cela ne s’est encore jamais produit. Il y a eu des années, comme en 1994, où aucun ouragan ne s’est formé pendant le “pic” de septembre, mais des ouragans se sont formés avant et après cette période.

Quoi qu’il en soit, un record a déjà été battu: jamais, depuis le début des relevés, la saison des ouragans n’avait été aussi avancée sans qu’un ouragan ne se soit formé. Jusqu’à présent, ce record était détenu par 2002 et 2013. Ces années-là, le premier ouragan était apparu le 11 septembre.

La saison des ouragans n’a jamais été aussi faible depuis le début des observations par satellite

Les météorologues utilisent l’indice ACE pour évaluer l’intensité d’une saison des ouragans. Cet acronyme signifie “Accumulated Cyclone Energy” (“énergie cyclonique accumulée”). Il reflète l’activité et l’intensité des cyclones tropicaux, ainsi que leur durée. En 2026, cette valeur s’élève à 4,4, alors qu’elle est habituellement de 64,8 au 13 septembre. Il s’agit donc du début de saison le plus faible depuis le début des mesures par satellite, avec des valeurs ACE que l’on observe normalement en juillet plutôt qu’en septembre.

Si l’on remonte plus loin dans les archives, à l’époque où les satellites météorologiques n’existaient pas encore, il faut remonter à 1941 pour trouver une saison cyclonique aussi faible. À l’époque, le premier ouragan ne s’était formé que le 21 septembre. Avant les années 1960, il y aurait également eu deux saisons au cours desquelles aucun ouragan n’a été observé, en 1907 et 1914. Mais évidemment, à l’époque, seuls les ouragans ayant touché terre ont été recensés, pas ceux qui seraient restés en mer durant toute leur existence. Impossible donc de certifier l’absence totale d’ouragan ces deux années-là. C’est pourquoi les météorologues se concentrent généralement uniquement sur la période postérieure à la mise en service des satellites météorologiques.

Comme la saison des ouragans de 2026 n’est pas encore terminée, il est trop tôt pour parler d’une année “sans ouragan”. Il se peut que des conditions favorables se présentent encore dans les semaines à venir et qu’un ouragan se forme. Il est toutefois tout aussi possible de ne voir aucun ouragan pointer le bout de son nez du fait de la faiblesse des vents dans la région, alors que leur force atteint justement leur apogée en septembre.

Contrairement à l’océan Atlantique, l’océan Pacifique est loin d’être calme en ce mois de septembre. © CIRA/NOAA via AP

Cette bizarrerie est-elle inattendue? Oui et non. Chaque année, les météorologues établissent des prévisions pour la saison des ouragans. Pour 2026, la probabilité d’une saison normale était de 35%, celle d’une saison active de 10% et celle d’une saison calme de 55%. Le Centre national des ouragans s’attendait ainsi à une année plutôt tranquille, mais pas à une activité aussi faible que celle que nous observons actuellement. Les estimations prévoyaient entre trois et six ouragans pour cette saison, dont un à trois ouragans violents. Mais pas zéro.

Cyclone tropical

Pour comprendre pourquoi les météorologues s’attendaient à une saison calme, il est important de savoir ce qu’est un ouragan et comment il se forme. Un ouragan est une tempête tourbillonnante qui s’étend sur des centaines, voire des milliers, de kilomètres. Le terme générique utilisé par les météorologues est “cyclone tropical”. Des noms tels qu’“ouragan” ou “typhon” font référence au lieu où une telle tempête se forme. On trouve des ouragans dans l’océan Atlantique et dans l’est de l’océan Pacifique, tandis que les typhones se concentrent dans l’ouest de l’océan Pacifique.

Un ouragan ne se forme que lorsque certaines conditions sont réunies. L’eau de mer, qui sert de source d’énergie pour ces systèmes tempétueux, doit ainsi être à une température supérieure à 26°C. C’est pourquoi un ouragan s’affaiblit immédiatement lorsqu’il touche terre. De plus, le système qui va se transformer en ouragan doit se trouver suffisamment loin de l’équateur, sinon il ne commencera pas à tourner, la force de Coriolis étant trop faible. Si toutes les conditions sont réunies, une zone de basse pression peut alors gagner en puissance.

Mais tous les systèmes cycloniques ne peuvent pas devenir des ouragans. Lorsque la vitesse du vent dépasse 40 km/h, on parle de dépression tropicale. Celle-ci peut à son tour se transformer en tempête tropicale si la vitesse du vent dépasse 63 km/h, voire en ouragan si la vitesse du vent est supérieure à 118 km/h.

Les prévisions pour les sept prochains jours pour l’océan Atlantique

Les prévisions à sept jours du Centre national des ouragans des États-Unis. © National Hurricane Center

Selon les prévisions actuelles, seule une zone de basse pression pourrait devenir un ouragan dans l’Atlantique Nord au cours des sept prochains jours, avec une probabilité de 20%.

El Niño

Certains facteurs peuvent également empêcher la formation d’un tel ouragan. L’un des plus importants est El Niño. Ce phénomène météorologique est connu pour augmenter le risque de formation d’un cyclone tropical dans l’océan Pacifique, mais il provoque l’effet inverse dans l’océan Atlantique. Cela s’explique par le fait que ce phénomène provoque un cisaillement du vent. La direction et la vitesse du vent varient alors fortement selon l’altitude.

Ce cisaillement perturbe la formation et le renforcement d’un système cyclonique tournant sur lui-même. Plus El Niño est intense, plus le cisaillement du vent est puissant. Or, nous nous dirigeons justement vers l’un des super El Niño les plus violents jamais observés. À cela s’ajoutent d’autres facteurs freinant la formation des ouragans, tels que l’air sec et le sable du Sahara.

Hormis en 2026, les ouragans gagnent en puissance

Cette situation exceptionnelle ne représente qu’une brève accalmie alors que les saisons cycloniques actuelles se font de plus en plus violentes. La hausse de la température de l’eau de mer alimente la puissance destructrice des ouragans. Les cyclones tropicaux gagnent ainsi en énergie, ce qui se traduit par des vents plus violents et des dégâts plus importants lorsqu’ils touchent terre. Entre 1979 et 2017, le nombre d’ouragans majeurs a augmenté, tandis que celui des ouragans de moindre intensité a diminué.

Enfin, en raison du changement climatique, les ouragans gagnent également en puissance plus rapidement. La probabilité que les ouragans de l’Atlantique passent de la catégorie 1 à la catégorie 3 ou plus, c’est-à-dire qu’ils deviennent des ouragans dits “violents”, en l’espace d’à peine 24 heures, a doublé par rapport à la période comprise entre 1970 et 1990.

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