Reportage Afrique - Une jeunesse malgache en plein doute, un an après le soulèvement contre le régime d’Andry Rajoelina
Il y a un an, la jeunesse malgache descendait dans la rue pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité, la corruption galopante et les restrictions à la liberté d’expression. Cette mobilisation historique avait conduit trois semaines plus tard à la chute d’Andry Rajoelina et à la prise de pouvoir des militaires du Capsat. Un an après, la Gen Z entrevoit-elle de meilleures perspectives pour son avenir ? Son quotidien s’est-il amélioré ? Se sent-elle écoutée par les autorités de transition ? Témoignage de jeunes Malgaches à Antananarivo.
De notre correspondant à Antananarivo,
Ils sont des centaines, ce 25 septembre 2025, à quitter la cité universitaire d’Ankatso pour tenter de rejoindre la place d’Ambohijatovo dans le centre de la capitale. Des jeunes, vêtus de noir, ayant le plus grand mal depuis des semaines à apprendre, se laver, cuisiner, faute d’eau et d’électricité. Octave Herinandrasana en fait partie. D’autres étudiants, excédés comme lui, l’ont encouragé à se mobiliser. Un an plus tard, il nous invite dans sa chambre de 9 m² qu’il partage avec deux amis.
« Je suis fier d’être allé dans la rue pour revendiquer le changement. J’ai manifesté par rapport à nos conditions de vie très précaires : les délestages, l’insécurité, la vétusté des infrastructures… Le positif ici, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus tellement de coupures d’eau et d’électricité. Mais quand je parle de vétusté, regardez : les canaux d’évacuation dégagent de mauvaises odeurs, c’est poussiéreux, les fenêtres ne sont pas étanches, déplore le jeune homme. Les rénovations ne sont faites qu’à moitié. Ils attendent de futures grèves pour continuer, ça a toujours été comme ça. »
Si les coupures d’électricité ont baissé, la jeunesse malgache n’a guère plus de perspectives aujourd’hui qu’il y a un an, estime Marie-Laurence Andonirina, étudiante en économie. « Je ne suis pas très confiante, surtout par rapport aux débouchés. Beaucoup d’étudiants ont des diplômes mais ne peuvent pas travailler après leurs études, alerte-t-elle. Les étudiants ont cette parole ancrée dans leur tête qu’il faut partir, que Madagascar n’a pas d’avenir. Et pour moi, c’est un peu la même chose. »
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Éviter « un éternel recommencement »
À quelques kilomètres de la cité universitaire d’Ankatso, Elliot Randriamandrato a donné rendez-vous dans un café surplombant la place du 13-Mai : « C’est la place que l’on a fini par prendre à la fin des événements, le 12 octobre 2025, une place très symbolique pour toutes les mobilisations dans l’histoire de Madagascar et qui est signe de changement, de révolution pour le peuple malgache », explique-t-il.
Porte-parole du mouvement Gen Z, il a participé à de nombreuses réunions avec le gouvernement depuis un an. « On nous invite beaucoup pour les rencontres, mais il n’y a pas de réelle prise en compte, dénonce le jeune homme. Ce que je demanderais aux autorités, ce serait de mener à bien la concertation nationale et que celle-ci soit réellement prise en compte pour que l’on passe vers une Constitution qui défende la souveraineté citoyenne, la souveraineté locale, que la voix des jeunes soit réellement écoutée, que ce ne soit pas juste une mascarade. Ce serait un bon signe. »
Elliot Randriamandrato espère maintenant que la Gen Z et la société civile sauront trouver un profil capable « d’incarner le changement » à la prochaine élection présidentielle. Pour éviter à Madagascar, dit-il, « un éternel recommencement ».
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