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« Une immense figure » : les hommages des personnalités présentes à ses obsèques à Philippe Bouvard

À quelques pas de la Croisette, l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage a accueilli ce lundi 31 août les obsèques de Philippe Bouvard. Décédé à 96 ans, l’ancien journaliste et animateur, figure incontournable de la radio et de la télévision, a été inhumé dans la plus stricte intimité. Mais avant et après la cérémonie, de nombreuses personnalités venues lui rendre un dernier hommage ont accepté de livrer quelques mots sur celui qui aura marqué plusieurs générations de journalistes, d’artistes et d’auditeurs. Voici leurs témoignages.

Gérard Louvin, producteur de télé : « C’est quelqu’un que j’admirais beaucoup et que j’ai bien connu, un mec formidable. Il a commencé coursier au Figaro et il a fini patron du Figaro. Ce sont des réussites qui m’épatent. C’était avant tout un bosseur et un homme d’esprit. Il n’était pas toujours facile, mais c’était parce qu’il était perfectionniste. Je me souviens d’une fois où j’étais invité aux Grosses Têtes, après avoir écrit un bouquin. Je cherchais ma réponse à une question et il m’a lancé : “Mais vous avez lu votre bouquin ou pas ?” Ça, c’était Bouvard. C’est aussi ce qu’on aimait chez lui. J’aurais aimé refaire avec lui Le Théâtre de Bouvard sur TF1. Ça ne s’est pas fait, c’est un de mes regrets. »

Jacques Mailhot retient la liberté d’expression de Philippe Bouvard.
Jacques Mailhot retient la liberté d’expression de Philippe Bouvard.
Dylan Meiffret / Nice-matin

Jacques Mailhot, chansonnier : « Cela représente 50 années de vie commune, de vie professionnelle, d’échanges, d’amitié. Philippe Bouvard, c’était à la fois l’impertinence, indiscutablement, la liberté d’expression, qui est en train de disparaître peu à peu avec les concentrations médiatiques que l’on connaît, et puis cet esprit juvénile qui a été le sien jusqu’au bout. Il est resté jeune d’esprit jusqu’à ses derniers instants et je crois que c’est ce qui lui a permis de rester en contact avec le grand public. Les gens qui sont là aujourd’hui témoignent d’ailleurs de sa grande popularité. Les Grosses Têtes, pour nous, c’était une récréation. On avait l’impression que le proviseur venait nous dire : “Allez-y, vous êtes dans la cour, amusez-vous entre vous.” C’était un instant de liberté absolue, de complicité. »

Pour Marianne James, Philippe Boubard était unique.
Pour Marianne James, Philippe Boubard était unique.
Dylan Meiffret / Nice-matin

Marianne James, chanteuse et actrice : « C’était un ami, un mentor, quelqu’un d’unique. J’ai subi – et surtout suivi ! – une formation de quatorze ans avec les Grosses Têtes. Filou, mon Filou… Il va me manquer, il me manque déjà. C’était quelqu’un de très important pour moi. »

Denis Carreaux (ancien directeur des rédactions de Nice-Matin) et Cyril Viguier (journaliste télé) retiennent de Philippe Bouvard un journaliste modèle et inspirant.
Denis Carreaux (ancien directeur des rédactions de Nice-Matin) et Cyril Viguier (journaliste télé) retiennent de Philippe Bouvard un journaliste modèle et inspirant.
Dylan Meiffret / Nice-matin

Cyril Viguier, journaliste : « Pour nous tous, Philippe Bouvard était un modèle professionnel, mais pour moi c’était avant tout un ami. J’ai eu la chance de le voir jusque dans ses derniers jours et je peux témoigner qu’il était là jusqu’au bout. C’était presque une politesse à la Bouvard. Il a dévoré la vie jusqu’aux derniers instants : son esprit, sa répartie, tout était encore là. Il laissera une empreinte qui ne tient pas seulement à son humour, mais aussi à sa profondeur de sentiments. Lors de mes dernières interviews avec lui, je l’avais trouvé plus grave, tout en conservant son immense humour. Il partageait encore des leçons de vie qui, je crois, restent précieuses pour notre époque. »

Denis Carreaux, journaliste, ancien directeur des rédactions du groupe Nice-Matin : « C’était un monument, un monument du journalisme. Il a été un modèle pour beaucoup d’entre nous et il l’est resté jusque dans les derniers instants. Il avait souhaité s’exprimer pour faire, d’une certaine manière, son testament journalistique auprès de ce qu’il considérait comme son journal, Nice-Matin, où il a tenu une chronique quotidienne pendant 14 ans. Il avait une force de travail incroyable : Philippe Bouvard avait jusqu’à onze collaborations permanentes et vivait du matin au soir pour son métier. Il a inspiré des générations de journalistes, inventé un style, un ton, une impertinence dont beaucoup se réclament aujourd’hui, sans forcément le dire. »

Pour Chantal Ladesou, Philippe Bouvard lui a permis de rentrer, comme d’autres, dans le salon des Français.
Pour Chantal Ladesou, Philippe Bouvard lui a permis de rentrer, comme d’autres, dans le salon des Français.
Dylan Meiffret / Nice-matin

Chantal Ladesou, actrice et humoriste : « J’ai beaucoup d’émotion, parce que j’aimais beaucoup cet homme. Philippe Bouvard a représenté un grand tournant dans ma carrière. D’un seul coup, avec les Grosses Têtes, je rentrais dans les foyers, dans les voitures : j’étais devenue le chauffeur de taxi de tout le monde ! C’était très important pour moi. Grâce aux Grosses Têtes, les gens découvraient les artistes et avaient envie de venir les voir sur scène. »

« Un géant de l’audiovisuel » pour Julien Lepers
« Un géant de l’audiovisuel » pour Julien Lepers
Dylan Meiffret / Nice-matin

Julien Lepers, journaliste : « Pour moi c’est un géant de l’audiovisuel. J’ai commencé à 22 ans et il a toujours été mon maître, une espèce de professeur, un exemple dans son impertinence, dans sa culture, mais aussi dans sa force de travail gigantesque. Nous nous sommes côtoyés pendant 18 ans, lorsque j’étais à RTL. Il m’a invité plusieurs fois chez lui, à Cannes, et je trouvais sa compagnie remarquable. J’apprenais toujours quelque chose à son contact. J’ai fait ma dernière interview sur RTL avec lui. Il ne voyait et n’entendait déjà plus très bien, c’était compliqué, mais quand il m’a demandé de venir, j’ai voulu absolument être là. Pour moi, c’est un géant de l’audiovisuel qui s’en va. »

Pour David Lisnard, Philippe Bouvard un « exemple français, et une grande personnalité cannoise ».
Pour David Lisnard, Philippe Bouvard un « exemple français, et une grande personnalité cannoise ».
Dylan Meiffret / Nice-matin

David Lisnard, maire de Cannes : « Une relation amicale s’était nouée avec Philippe Bouvard après 25 ans d’échanges épistolaires. Il avait toujours une idée très précise en tête, mais toujours avec de l’humour, et nous sommes devenus amis. C’était pour moi un privilège, parce que c’était un homme libre. Il incarnait tous les paradoxes qui font, pour moi, l’esprit français dans ce qu’il a de meilleur : le sens de la saillie, une ironie mordante mais pas méchante, une insolence joyeuse, une pertinence contagieuse et le sens de la formule. C’était un énorme bosseur, un autodidacte qui s’était construit seul. Il était aussi insolent qu’au fond de lui il doutait de lui, et c’est pour cela qu’il travaillait comme un dingue. C’était un exemple français, et une grande personnalité cannoise. Il voulait vivre ici et il a réussi son rêve jusqu’à être enterré ici. »