«Une immense fierté nationale» : les soeurs Chawinga, icônes du Malawi qu'elles ont porté jusqu'en finale de la CAN
Depuis quelques jours, une photo des soeurs Chawinga circule activement sur les réseaux sociaux. On y voit Tabitha et Temwa, côte à côte, vêtues d'un maillot jaune et d'un short bleu, chacune un pied sur un ballon. Les deux adolescentes, qui affichent déjà un regard déterminé, ne se doutaient sans doute pas à ce moment-là qu'elles disputeraient quelques années plus tard une finale de la CAN, ensemble, même si au fond d'elles, elles en rêvaient évidemment. « Ce que réalise le Malawi, c'est un miracle de Dieu », assurait la première, capitaine de « Scorchers », après la victoire face à l'Algérie (3-1), mercredi, consciente du parcours historique de son équipe qui participe à sa première CAN.
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L'histoire des soeurs Chawinga ressemble aussi à un joli miracle. « Elles sont extrêmement soudées, tant sur le terrain qu'en dehors, nous livre leur agent depuis leur passage en Chine, Charlie Lee. Tabitha est l'aînée (30 ans), c'est elle qui a ouvert la voie du football et initié Temwa (27 ans) à ce sport dès leur plus jeune âge. Elles ont grandi en luttant pour le droit de jouer ensemble, bravant les réticences de leur entourage. »
Tabitha Chawinga a raconté dans le passé qu'elle avait subi des coups de la part de sa propre mère pour qu'elle arrête de jouer au foot, et les humiliations de devoir se déshabiller pour prouver qu'elle était bien une fille. « Les gens pensaient qu'une vraie femme ne pouvait pas jouer au football », nous confiait-elle en 2024.
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Jocelyn Prêcheur, ancien coach du PSG, où il a eu l'aînée des Chawinga sous ses ordres, avant qu'elle ne signe à l'OL Lyonnes, a conservé le contact avec elle, et connaît parfaitement son caractère. « Elle peut être réservée lors de ses interviews en France, parce qu'elle est limitée par la langue mais dans un vestiaire, c'est la première à parler, à rire, à déconner. Elle est hyper rayonnante. » Et en sélection, c'est la patronne. « Elle est capable de gérer la pression de manière assez efficace et d'amener la sérénité qu'il faut à cette équipe, poursuit Prêcheur. Tabitha a de l'expérience. Elle joue la Ligue des champions tous les ans. Elle a amené ce calme, cette capacité à relativiser, à se concentrer sur le jeu. »
Temwa, elle, est plus réservée voire timide selon Prêcheur, mais l'attaquante du Kansas City Current (NWSL) est également dotée d'une sacrée personnalité. « Elle est plus spontanée, fougueuse et compétitrice, complète Charlie Lee. Elle fonctionne à l'instinct, fait preuve d'une grande confiance en elle et possède une mentalité de gagnante affirmée. Elle dit ce qu'elle pense sans détour et déborde d'énergie. »
Un statut de stars nationales
Sur le terrain, leurs rôles diffèrent. Tabitha, gauchère, est plus à l'aise dans un poste d'ailière même si elle peut évoluer dans l'axe quand Temwa est une redoutable buteuse. « Une des meilleures attaquantes du monde », selon Jocelyn Prêcheur. Complémentaires, elles ont inscrit neuf des douze buts malawites dans la compétition.
Au Malawi, les deux attaquantes ont un statut de star. « Avant les soeurs Chawinga, le foot féminin, au Malawi, c'était le néant, rappelle Jocelyn Prêcheur. J'espère qu'ils vont se servir de leur parcours pour structurer davantage la discipline. » « Elles sont les plus grandes icônes du football féminin à l'échelle nationale, appuie Charlie Lee. Elles incitent des milliers de jeunes Malawites à se lancer dans le football. Leur réussite à l'étranger place le Malawi sur la carte mondiale du football féminin. Elles s'investissent également au niveau local en soutenant le football de base dans leur pays. Leurs performances suscitent une immense fierté nationale à travers tout le pays. » Si elles remportent la finale de CAN face au Cameroun ce dimanche, elles entreront définitivement dans sa légende.