Une grave blessure au genou en avril 2025, un transfert avorté, une saison 2026 avec une seule titularisation sous Claude Puel : Youssouf revient sur sa pire période à l’OGC Nice
Votre seule titularisation la saison passée, c’était au milieu, face au PSG et avec un carton rouge à la fin. C’était difficile à vivre ?
Oui parce que je savais que je n’étais pas prêt pour commencer un match, quel que soit l’adversaire. J’ai joué je ne sais combien de fois contre le PSG, c’est toujours un plaisir. Mais là, je n’étais pas prêt. C’est ce que j’ai répété au coach toute la semaine, lui disait : « Ne t’inquiète pas, fais comme à l’entraînement ». C’est le coach qui décide, je ne suis qu’un salarié du club. Je n’avais pas de douleur mais je n’avais pas retrouvé mes appuis. Je n’avais pas forcément fait un mauvais match mais le carton rouge m’a privé encore de quelques rencontres. Il faut respecter les choix du coach, même si c’était vraiment dur de ne plus être convoqué derrière. Sans explication. Je sentais que je pouvais aider l’équipe, c’était fou de me laisser à l’écart sans me donner de raison ! Je ne suis pas quelqu’un qui pleure donc je suis resté à côté, j’ai continué de travailler et respecter les choix.
Je ne pense pas que ce soit la raison. Mais toute vérité n’est pas toujours bonne à dire, il faut respecter le club. Certaines choses se sont passées, les divergences entre les hommes existent aussi dans la vie normale. Le plus important, c’est qu’il n’y ait pas de manque de respect. Je regrette juste le manque de communication, de considération.
Être privé de jeu par son coach, c’est pire que la blessure ?
Oui, c’était dur. Je suis quelqu’un qui a confiance en moi, peut-être que comme d’autres qui ne me connaissent pas, il a pris ça pour de l’arrogance. Je n’ai pas de problème avec ça. Si je ne joue pas, tu me dis que tu ne comptes pas sur moi et je te dis merci parce que peut-être que c’est pour me protéger. Peut-être que si je continuais de jouer, je me serais encore fait les croisés à gauche ou à droite. C’est pour ça qu’il faut respecter les choix. Mais au final, je me connais, je n’ai pas peur de la concurrence et je me suis dit : « OK, on va voir qui va jouer la saison prochaine. »
Sebastien Botella / Nice-matin
« Après trois mois de convalescence, j’ai fait n’importe quoi et je n’écoutais personne »
Vous avez faim, alors ?
Bien sûr. Dans le foot, ce n’est pas ce que tu as fait hier qui compte, c’est aujourd’hui. À un moment, si je sens que les gens ne me font pas confiance, c’est à moi de me remettre en question pour prouver que j’ai toujours le niveau malgré les blessures. Je peux revenir et être plus performant que les autres. C’est un sport collectif mais là, je dois être moi, être bon. Ce sera plus facile de parler avec les autres et me faire entendre.
Avant votre blessure d’avril 2025, un transfert était peut-être ficelé pour vous…
C’était un choc. Après trois mois, je n’arrivais pas à l’accepter, j’ai pris du poids, je ne travaillais pas, je restais à la maison… Je me demandais ce que j’avais fait de mal pour mériter ça au moment où j’allais toucher du doigt ce que je voulais faire dans ma vie. J’étais perdu, j’ai fait n’importe quoi et je n’écoutais personne. Mais j’ai la chance d’avoir mes parents à mes côtés, j’ai grandi dans la foi.
Vos parents vous ont aidé ?
Ma mère est venue me voir et m’a dit « Ne pense pas au mal. Il faut juste remercier Dieu parce que là où tu es aujourd’hui, personne ne pensait que ça arriverait. Aujourd’hui, on vit bien, on est respecté dans notre pays grâce à ce que tu fais et ce que tu es. Il ne faut pas sous-estimer là où tu es aujourd’hui et accepter les épreuves. Si Dieu a écrit que Nice sera le plus haut niveau de ta carrière, ce sera ainsi. » Mais en vérité, c’était difficile à vivre. Parce que mon rêve, je ne peux pas le cacher, c’est jouer en Premier League. Je me suis dit que c’était fini pour moi. Aujourd’hui j’ai accepté, je remercie Dieu parce que je suis content d’être ici.
Vous êtes un joueur différent de celui qui s’est blessé ?
Je pense, dans le foot comme en dehors. Il y a des choses auxquelles je ne donnais pas assez de valeur. Se concentrer, travailler plus, pour moi c’était vraiment difficile. J’ai craqué dans le 8e mois de voir que je faisais quasiment la même chose tous les jours sans voir d’évolution. Mais Paï (papa en portugais, le surnom de Dante) était là, il m’a dit que je ne pouvais pas planifier le lendemain, juste me réveiller et sentir une différence. Et c’est comme ça que ça s’est passé. J’ai commencé à rejouer avec les jeunes, doucement c’est revenu. Aujourd’hui, je suis attentif à tous les détails.
« Revenir plus fort qu’avant ma blessure, je suis sûr que c’est possible »
Lesquels par exemple ?
Comment tu manges, comment tu dors… J’ai connu le professionnalisme trop tard. En Turquie, il n’y avait pas ça. C’est à Nice que j’ai découvert le professionnalisme. Ce n’est pas facile de changer de mode de vie à 24 ans. J’ai fait mon autocritique et décidé de faire attention à certaines choses pour ne plus revivre les blessures qui m’empêchent de faire ce que j’aime : donner le maximum sur le terrain.
Un objectif personnel cette saison ?
Être le meilleur possible. Et on a beaucoup de bons joueurs. Mais j’ai toujours été comme ça. Quand il y avait Dante et JC (Todibo), tout le monde savait qu’ils étaient meilleurs. Dans ma tête, c’était : « En vrai c’est moi le meilleur ». C’est comme ça que je pense et mes coéquipiers le savent.
Revenir plus fort qu’avant la blessure, c’est possible ?
Je suis sûr que c’est possible.
Sebastien Botella / Nice-matin