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Une dissidente chinoise menacée d’expulsion en Thaïlande se réfugie…

La militante chinoise Zhang Xinyan a rejoint cette semaine le Canada après avoir passé des mois à craindre une expulsion vers la Chine dans un centre de rétention de Bangkok, une menace qui plane sur d’autres dissidents en Thaïlande.

« Ce qui me faisait le plus peur chaque jour, c’était de pouvoir être expulsée à tout moment », témoigne Zhang Xinyan, 55 ans, dans un entretien à l’AFP.

Ancienne enseignante à Shenzhen, elle affirme avoir fui la Chine en 2014 après que le directeur de son école a menacé de la dénoncer pour avoir fait la promotion du Falun Gong, un mouvement spirituel que Pékin considère comme une secte illégale.

Depuis son exil thaïlandais, elle s’exprimait régulièrement sur la démocratie à Hong Kong, territoire semi-autonome chinois proche de Shenzhen. Elle a été à ce titre désignée l’an dernier membre d’un groupe de militants basé au Canada.

La police de Hong Kong a accusé les participants de subversion au titre de la loi sur la sécurité nationale du territoire, et offert une prime de plus de 25 000 dollars pour son arrestation.

Zhang Xinyan a été arrêtée par les autorités thaïlandaises en mai pour dépassement de visa et placée en détention, alimentant les craintes d’une intervention de Pékin pour son expulsion vers Hong Kong ou la Chine continentale.

Interrogé par l’AFP, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que Zhang Xinyan est « soupçonnée d’être impliquée dans une affaire majeure portant atteinte aux intérêts nationaux de la Chine ».

Le ministère « exige que la Thaïlande clarifie la situation », a-t-il ajouté, exhortant « les pays concernés à prendre clairement conscience de la situation, et à ne pas devenir un “refuge” pour les criminels ».

Coopération

La Thaïlande n’est pas signataire de la Convention de l’ONU sur les réfugiés, mais elle est tenue par le principe juridique international de non-refoulement, qui interdit de renvoyer des personnes vers des lieux où leur vie ou leur liberté sont menacées.

Bangkok a malgré tout expulsé 40 Ouïghours vers la Chine en février 2025, et deux militants chinois des droits de la personne ont été renvoyés en 2015 avant d’être emprisonnés.

« La Thaïlande coopère depuis de nombreuses années avec la répression transnationale de la Chine en traquant les personnes recherchées par Pékin, en les arrêtant et en les renvoyant en Chine, sans aucun égard pour les inquiétudes concernant leur sécurité », dénonce Sunai Phasuk, de Human Rights Watch (HRW).

Au centre de rétention administrative de Suan Phlu, à Bangkok, Zhang Xinyan était coupée du monde extérieur, sans accès à son téléphone, raconte-t-elle après avoir pu rejoindre Vancouver lundi.

La militante refuse de détailler son arrestation, sa détention ou son départ de Thaïlande, affirmant qu’elle avait « accepté de ne pas trop en dire ».

Elle estime cependant que la Thaïlande était « prise en étau » entre la Chine et l’Occident et que c’est une situation « difficile pour un plus petit pays ».

D’autres dissidents en danger

Zhang Xinyan faisait partie de quatre détenus chinois en Thaïlande dont les cas ont été mis en avant le mois dernier par HRW, affirmant qu’ils risquaient d’être expulsés.

Le journaliste d’investigation Bai Zhaodong, qui a travaillé sur des sujets politiquement sensibles avant de fuir en 2024, est actuellement détenu dans le même centre que Zhang à Bangkok.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a indiqué que Bai était soupçonné d’extorsion et de corruption, et qu’une demande d’extradition avait été déposée.

Selon Reporters sans frontières, un pays lui a offert l’asile, mais les autorités thaïlandaises ont annulé son vol à deux reprises et prolongé sa détention.

« La Thaïlande devrait donner la priorité aux droits de la personne plutôt que de les compromettre pour des relations économiques ou diplomatiques », souligne l’avocate Nadthasiri Bergman, qui représente Zhang et Bai.

Le ministère canadien de l’Immigration n’a pas commenté le cas spécifique de Zhang, invoquant des préoccupations de sécurité et de confidentialité, mais a rappelé que le pays avait une « longue et fière tradition » de réinstallation des réfugiés.

Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères a décliné les sollicitations de l’AFP.