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Une couche de fumée, une forte odeur de brûlé persistante, les Hautes Fagnes sont en feu

De loin, le ciel paraît jaune. L'air est empli d'une odeur de brûlé persistante et tenace. Toute la région des Hautes Fagnes, où la végétation et les célèbres tourbières brûlent depuis vendredi, est marquée par cette odeur âcre, qui a du mal à disparaître même lorsqu'on a quitté la région.

À Malmedy, l'odeur de fumée ne semble pas perturber les touristes installés en terrasse. Et si elle n'était pas aussi tenace, on pourrait presque croire qu'il ne se passe rien dans la région.

Près de 3 000 hectares sont déjà partis en fumée, mais ici la vie semble continuer. Si on quitte la ville, en direction de Waimes et de Bütgenbach, les fumées donnent un sentiment de brumes matinales qui auraient décidé de s'installer de manière durable. Les rues des villages sont quasi désertes. Et même si de nombreux véhicules y passent encore, les gens restent calfeutrés chez eux. Les fumées ne sont pas encore assez fortes pour les contraindre à partir.

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Un ballet incessant de tracteurs

On pique alors vers le lac de Robertville, où on aperçoit à peine un camping qui borde le lac. Ici, de nombreux bénévoles, gilet jaune sur le dos et masque sur le nez, gèrent la circulation. C'est là, juste dans une cuvette, que les agriculteurs de la région qui se sont spontanément portés volontaires pour aider les pompiers, s'approvisionnent en eau. Un ballet incessant de tracteurs qui arrivent et repartent citerne pleine, souvent en trombe, vers les lieux où l'incendie fait rage. Ils arrosent encore et encore les abords déjà éteints pour éviter une reprise du feu.

On évite la N68 qui est fermée pour laisser les secours travailler et on pousse vers les hauteurs, vers Ovifat, où les fumées sont aussi présentes et où les rues, elles aussi, sont désertes. En redescendant vers Malmedy, par une route en lacets bordée de pins − on n'ose imaginer la catastrophe si le feu devait démarrer là aussi −, on aperçoit çà et là quelques promeneurs qui se sont aventurés dans les bois.

Au hall sportif de Malmedy aménagé par la Croix-Rouge pour accueillir les personnes qui ont quitté leur maison, le bourgmestre de la commune, le député wallon Jean-Paul Bastin, est présent. Il répond aux questions d'un journaliste français venu faire un reportage sur place.

Les personnes évacuées du village de Sourbrodt et de certains quartiers de Bütgenbach peuvent y trouver un point de chute s'ils n'ont personne pour les accueillir. "Cinquante personnes sont passées ici et une vingtaine y ont passé la nuit. À l'heure actuelle, il y a encore 14 personnes qui sont ici", explique le bourgmestre qui depuis 72 heures est sur le pont. "On a tous des souvenirs dans les Fagnes, nous sommes tous affligés par la situation. Et on sent que les gens ne veulent pas rester inactifs, qu'ils veulent aider".

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Le temps d'une clope

Devant le centre sportif, quelques personnes évacuées sont présentes, le temps de fumer une cigarette. C'est le cas de Véronique Félix (59 ans) qui a du "mal à mettre des mots" sur ce qu'elle ressent. Elle est partie de chez elle (Sourbrodt), samedi en fin d'après-midi. Elle a hésité mais elle a finalement choisi de se mettre à l'abri. Ce sont les fumées qui ont poussé certains habitants à partir, même si d'autres ont préféré rester chez eux. Nicole Hocks (56 ans) qui vit en face de chez Véronique est partie elle aussi, mais elle a trouvé refuge chez sa fille sans la région de Polleur. Elle est venue prendre des nouvelles de sa voisine. "Rester là-bas quand on est tout seul en fermant bien toutes les fenêtres c'est possible, mais, pour une famille complète, rester enfermée dans la maison, c'est plus compliqué", explique-t-elle.

Pour l'heure, elle sait que son habitation n'est pas menacée par les flammes. "Pour l'instant. Mais qui sait ce qui pourrait se passer après ? Et puis c'est une catastrophe pour la végétation et pour la faune qui a dû fuir les lieux". Personne ne sait quand il sera possible de réintégrer les habitations évacuées. "Même s'il y a des endroits où les choses ne se sont pas aggravées, sur la ligne sud et sur la ligne ouest, on ne va pas dire aux gens de rentrer chez eux si c'est pour leur dire de repartir quelques heures après", indique Jean-Paul Bastin.

Dans l'entrée du hall sportif, une équipe de la Croix Rouge est présente pour accueillir les personnes évacuées. De la nourriture et de l'eau sont disponibles : au moment où nous y sommes, un riverain vient d'apporter des cubis avec de l'eau par solidarité avec ceux qui sont ici. Mais nous n'irons pas plus loin. Quant aux membres de la Croix Rouge présents, ils évitent de trop parler et nous renvoient vers les informations données par le centre de crise. En milieu d'après-midi, ils ne savent pas si de nouvelles personnes demanderont à être hébergées ici.

Nicole se souvient de l'incendie important qui avait détruit 1 200 hectares en 2011, mais c'était sans commune mesure avec celui-ci. Elle invite les services de secours "à tout faire pour protéger les habitations. S'il le faut qu'ils creusent des tranchées au niveau de la nationale, parce que si le feu devait aller au-delà, il y a des sapins qui se mettront à brûler".

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Solidarité agricole

Jean-Paul Bastin s'est dit impressionné par la réactivité des pompiers et par la solidarité du monde agricole, "il y a des endroits où les tracteurs sont plus efficaces que les engins des pompiers. Les tracteurs, ils passent partout. Les agriculteurs ont des citernes qui peuvent contenir de grandes quantités d'eau". Il déplore par contre un problème au niveau de l'appui aérien. "Heureusement qu'il y a des renforts venus des Pays-Bas et de Suède. Les hélicos hollandais peuvent transporter 7 600 litres d'eau contre 800 litres pour les nôtres".

Il n'y a, par contre, pas de Canadair, alors que ce serait possible de les utiliser contrairement à ce qu'on entend parfois depuis les débuts de l'incendie. "Les Français avaient fait des tests au niveau du lac d'Eupen et ils nous ont dit que c'était possible d'en utiliser".

Il considère surtout que les achats de matériel réalisés au niveau de la Défense pourraient "être envisagés aussi pour la défense civile. Nous sommes un petit pays, et cela coûte cher, donc autant aller dans ce sens-là".

En quittant la région, l'autoroute nous emmène vers la vallée de la Vesdre, où, il y a cinq ans, de terribles inondations avaient fait de nombreux morts. Cette région au sens large n'a pas été épargnée.

Sur la route, dans l'autre sens, une colonne de pompiers, venue d'on ne sait trop où, se dirige vers les Hautes Fagnes. L'odeur de brûlé commence à s'estomper. Mais pour ceux qui sont sur place, elle ne disparaîtra pas de sitôt.

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