Une baleine chassée près de Barrow, en Alaska, cachait dans son lard l'éclat d'une arme disparue depuis plus d'un siècle
En 2007, des chasseurs inupiat d’Alaska examinent une baleine de 50 tonnes et découvrent un fragment de harpon explosif près de son omoplate. L’arme date de 1879 à 1885. Cette datation permet enfin aux scientifiques d’estimer l’âge de l’animal avec précision.

Une découverte presque banale en apparence, survenue lors d’une chasse de subsistance près de Barrow
Tout commence, en effet, au printemps 2007, lors d’une chasse de subsistance que les autorités locales encadrent de près. Ce jour-là, l’équipage du capitaine Arnold Brower Sr. capture un mâle bowhead de 49 pieds, environ 50 tonnes, près de Barrow. Les hommes commencent alors à le dépecer.
Lire aussi La présence humaine modifie les déplacements des pumas et même la façon dont les ours se nourrissentJustement, dans la graisse, près de l’omoplate, un éclat de métal rouillé apparaît. Rien d’exceptionnel à première vue : les équipages iñupiat trouvent souvent de vieux fers dans les baleines qu’ils chassent en Arctique. D’ailleurs, cette pratique remonte à plusieurs générations.
Comment les experts ont identifié une arme explosive disparue dès 1885
Ce qui change tout, c’est la précision de l’identification. Le fragment loge dans un os, entre le cou et l’omoplate. En réalité, il vient sans doute de New Bedford, alors capitale mondiale de la chasse à la baleine. Au musée local, l’historien John Bockstoce le compare à sa collection de référence.
Son verdict est sans ambiguïté. La pièce correspond à un brevet qu’Ebenezer Pierce dépose en 1879. Les fabricants produisent ce modèle jusqu’en 1885 seulement, avant que des innovations plus récentes ne le remplacent. Une fenêtre de six ans à peine.
Lire aussi Face à la sécheresse, certaines plantes économisent l’eau grâce à une photosynthèse très particulièreL’objet n’est pas un simple harpon en fer forgé, mais une arme mécanique. Il contient de la poudre et explose quelques secondes après avoir pénétré la chair. Les experts croisent ensuite le brevet et le trajet du navire, de San Francisco jusqu’en Alaska. Ils situent ainsi le tir vers 1890.
De petites entailles gravées, la signature d’un chasseur mort depuis plus d’un siècle
Un détail intrigue les chercheurs : six petites entailles gravées ornent la pointe. En fait, elles ressemblent à une marque de propriété, celle d’un capitaine baleinier autochtone d’Alaska. Un chasseur a laissé cette signature. On ignore tout de lui, sinon qu’il a raté sa cible il y a plus d’un siècle.
L’ironie n’échappe pas aux chercheurs. Les descendants de ce chasseur anonyme pourraient bien appartenir aux mêmes familles qui ont capturé la baleine en 2007. Sans le savoir, ils auraient de fait achevé une traque que leurs ancêtres avaient commencée plus d’un siècle plus tôt.
Lire aussi Commando anti-nucléaire ? des méduses prennent à nouveau d’assaut une centrale françaiseCe que cet éclat révèle sur la longévité exceptionnelle des baleines boréales
Grâce à cette fenêtre de fabrication resserrée, les chercheurs estiment l’âge de la baleine entre 115 et 130 ans. Par ailleurs, Jeffrey Bada mène une étude qui va plus loin encore : elle situe l’âge de l’animal jusqu’à 211 ans.
Ce n’est pas la première fois qu’un tel indice tombe entre les mains des scientifiques. En 1980, des chasseurs avaient déjà trouvé un fragment similaire près de l’île Saint-Laurent. Personne, pourtant, n’en mesure alors la portée : « personne n’avait idée de leur durée de vie », confie un biologiste.
En clair, la baleine boréale fait partie de ces rares espèces à sénescence négligeable. Elle peut vivre plus de 200 ans, juste derrière le requin du Groenland. Aujourd’hui, l’Inupiat Heritage Center de Barrow expose l’artefact.
Lire aussi Arachnides voraces : des faucheux surpris en train de s’attaquer à des grenouilles vivantes