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"Une agriculture en lambeaux" : dans le Gers, la Confédération paysanne vent debout contre la loi d'urgence agricole dénonce un "mépris des citoyens"

l'essentiel La loi d’urgence agricole, présentée au parlement ces lundi 20 et mardi 21 juillet, cristallise la colère paysanne. Dans le Gers, la Confédération dénonce un texte jugé productiviste, inadapté au changement climatique et dangereux pour la qualité de l’eau et la survie des fermes.

Ce lundi 20 juillet aura lieu le vote définitif de la loi d'orientation agricole à l'Assemblée nationale, puis le lendemain au Sénat. Face à ce qu'elle dénonce comme un retour en arrière avec notamment la réintroduction de pesticides néonicotinoïdes, la Confédération paysanne hausse le ton. Pour Sylvie Colas, secrétaire nationale du syndicat, le texte issu de la commission mixte paritaire constitue "un retour de la loi Duplomb, presque", et prend le contre-pied des véritables défis auxquels est confrontée l'agriculture. Loi Duplomb qui avait vu s'exprimer une colère populaire avec une pétition qui avait récolté plus de 2 millions de signatures, un record pour l'Assemblée nationale. 

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Depuis son exploitation dans le Gers, la responsable syndicale décrit une campagne marquée par les effets de la canicule. "Il y a comme une sidération face à la difficulté dans laquelle on voit nos cultures", confie-t-elle. Elle évoque des maraîchers qui n'ont "plus de tomates au 15 juillet" après que "tout a cramé", des champs de maïs et de tournesol "tout petits", des prairies réduites à des "paillassons" et un élevage en net recul. "Il n'y a pas un modèle de production qui s'en sort actuellement", résume-t-elle.

Retour de l'acétamipride

Pour Sylvie Colas, la réponse apportée par le texte est inadaptée. "S'il y en a qui pensent qu'en mettant plus de pesticides, en faisant des grands réservoirs d'eau et en augmentant les élevages industriels, on va régler la question du revenu des agriculteurs, ils n'ont rien compris." Elle estime que la véritable urgence est d'adapter l'agriculture au changement climatique, et non d'accélérer son industrialisation. "Ce n'est pas une loi d'urgence agricole. C'est une loi d'intensification de l'agriculture et de mépris des citoyens."

La secrétaire nationale s'inquiète notamment du retour de l'acétamipride, un insecticide destiné principalement à la betterave et, plus marginalement, à la noisette. À ses yeux, le bénéfice économique serait limité alors que les conséquences environnementales pourraient être durables. "On parle beaucoup du manque d'eau, mais on ne parle pas de la pollution de l'eau." Elle redoute que les habitants paient le prix de ces choix : "Les Gersois boiront de l'eau avec des néonicotinoïdes dedans, puisque l'eau est pompée dans les rivières alimentées par le ruissellement des champs."

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Au-delà du contenu du texte, Sylvie Colas dénonce une méthode. Selon elle, le retour de cette loi, retirée une première fois avant d'être réintroduite, traduit "un déni de démocratie absolu", dit-elle avec colère. Elle y voit également des calculs politiques à l'approche des prochaines échéances électorales. "L'enjeu, aujourd'hui, c'est de se compter ", affirme-t-elle, accusant le gouvernement et une partie de la classe politique de répondre davantage aux attentes des lobbies de l'agro-industrie qu'aux difficultés des agriculteurs.

Courrier aux parlementaires du Gers

Son constat sur la situation du Gers est sévère. Malgré quarante ans d'intensification, "plus on agrandit les fermes, moins les paysans ont l'air de faire d'argent", observe-t-elle. Elle évoque des exploitants incapables de régler leurs cotisations sociales ou leurs fournisseurs, la disparition progressive de productions diversifiées et l'absence de repreneurs pour près d'une exploitation sur deux dans les années à venir. "On est dans une agriculture en lambeaux, conclut-elle. Et tout ce qu'on nous propose, c'est ça. L'urgence, elle n'est pas là."

A la veille de ce vote, dimanche 19 juillet au soir, la Confédération paysanne a décidé d'écrire aux parlementaires gersois, les appelant à "être à la hauteur de leurs
responsabilités politiques (...), à privilégier l'intérêt général et celui de leurs concitoyen·nes, en rejetant ce texte mortifère."