Une affiche IA de la police valaisanne incite les jeunes à ne pas relayer le blocus
Publié5. octobre 2026, 19:58
ValaisUne affiche IA pour inciter les jeunes à ne pas relayer le blocus
La police cantonale valaisanne recommande de ne pas relayer des appels à la mobilisation, comme en France, sur les réseaux sociaux. Une démarche qui interroge.

«Ne relaie pas le blocus dans les écoles.» La police cantonale valaisanne semble soucieuse de voir débarquer des blocus dans les établissements scolaires du canton, à l'instar des manifestations lycéennes qui ont lieu en ce moment en France.
Dans une publication générée par IA et postée sur les réseaux sociaux, ce week-end, les autorités invitent les jeunes valaisans à ne pas relayer d'appels à la mobilisation, invoquant des «conséquences graves», notamment des poursuites judiciaires. La façon de faire interroge, notamment sur les atteintes à la liberté d'expression, et peut être perçue comme une menace.
«L'objectif est simplement d'intimider»
«Inventer une menace qui est inexistante, le mensonge semble être devenu une stratégie policière officielle», «dans une démocratie, ce n'est pas le rôle de la police de décider quel mouvement peut être encouragé ou pas». La publication a fait réagir sur les réseaux sociaux, d'autant plus que la police valaisanne a décidé de fermer les commentaires sous le post.
«L'affiche s'adresse à des mineurs. L'objectif ici, c'est simplement d'intimider», explique Meriam Mastour, juriste spécialisée dans les droits humains basée à Genève. Elle juge que la police n'est pas habilitée à intervenir sur des appels à manifester. Si des publications incitent à la violence en France, ce serait à la justice française d'enquêter. «On entrerait dans une logique d'entraide internationale, mais ça semble absurde qu'on en arrive là», estime la juriste, qui indique n'avoir vu passer aucun appel à la violence sur le sol suisse.
En savoir plus sur ce sujet
L'affiche valaisanne ne distingue pas explicitement le partage d’un contenu exprimant une solidarité politique de la diffusion d’un appel précis à commettre une infraction ou à bloquer un établissement. «Cette démarche suscite des interrogations, notamment sur le droit démocratique de manifester et sur la liberté d'expression. Ça illustre une dérive sécuritaire qui s'installe en Suisse, en particulier en Valais, comme on a pu le voir lors de manifestations pour la Palestine», alerte Meriam Mastour.
Une démarche «préventive»
Contactée, la police cantonale valaisanne affirme avoir «constaté des appels au blocage concernant plusieurs cycles d’orientation du Valais romand», raison qui aurait motivé la démarche. «Notre publication ne vise ni l’expression d’une opinion politique, ni les manifestations de soutien ou de solidarité, qui ne sont pas remises en cause», estime la police. La démarche, qualifiée de «préventive», a été réalisée d’entente avec le Service de l’enseignement ainsi qu’avec le Tribunal des mineurs.
Selon les autorités, l'objectif de la publication était avant tout «d’informer les jeunes, mais également leurs parents, que certaines actions concrètes liées à un blocage peuvent, selon les circonstances, entraîner des conséquences sur le plan pénal et administratif», notamment le fait de publier ou relayer des incitations à la violence. L’article 259 du Code pénal suisse concerne justement cette provocation publique au crime ou à la violence et non les partages ou «likes» sur les réseaux sociaux. «Les jeunes sont évidemment libres d’exprimer leurs opinions, leurs préoccupations ou leur solidarité, notamment sur les réseaux sociaux», précise la police.
«Les jeunes sont évidemment libres d’exprimer leurs opinions»
Concernant le visuel de l'affiche, les autorités confirment qu'il s'agit bien d'une génération de l'intelligence artificielle. Un choix volontaire visant à reprendre «certains codes visuels utilisés dans ce type de publications». L'affiche s'apparente en effet aux nombreuses affiches IA, repérées un peu partout en Suisse romande. «24 heures» expliquait que ces visuels étaient plus appréciés des aînés et avaient plutôt tendance à lasser les jeunes.

Gabriel Nista (gni) est journaliste Régions à 20 Minutes, titre qu'il a rejoint en 2021.
Ton opinion
Section commentaires désactivée
Compte tenu du caractère sensible du sujet et pour éviter tout contenu blessant, nous avons décidé de désactiver la section commentaires. Merci de votre compréhension.Règles de la communauté