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Une affaire de viol met la pression sur une prestigieuse université américaine : "Cette semaine a été l'une des plus difficiles de notre histoire"

"Cette semaine a été l'une des plus difficiles de notre histoire". Le président de la prestigieuse université américaine Cornell (État de New York), Michael Kotlikoff, ne pouvait mieux résumer les sept derniers jours. Dans une vidéo diffusée le 3 octobre, le président de l'établissement a déclaré soutenir l'ouverture d'une enquête indépendante, confiée à un cabinet d'avocats externe que le conseil d'administration doit désigner cette semaine.

Le 28 septembre, Matthew Van Houten, le procureur du comté de Tompkins, où se trouve le campus, a annoncé la réouverture de l'enquête pénale sur un viol collectif présumé en 2024, après l'action civile déposée par une ancienne étudiante, dont l'anonymat est préservé. Selon la pratique dans le droit anglo-saxon, elle est désignée par le nom générique Jane Doe – soit Mademoiselle X, dans ce cas-ci.

Déjà en fonction en 2024, lors de la première plainte, Matthew Van Houten l'avait classé sans suite. Affirmant douter de "la capacité du procureur local à superviser l'affaire", la gouverneure de l'État de New York, Kathy Hochul, a annoncé, jeudi 1er octobre, la nomination d'un procureur spécial pour diriger la nouvelle enquête sur les événements de 2024. La gouverneure a choisi Letitia James, la procureure générale de New York, connue pour ses investigations contre Donald Trump et l'ancien gouverneur de l'État Andrew Cuomo.

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De quoi s'agit-il ?

Selon la plainte, Jane Doe, 20 ans, a été violée le 19 ou 20 octobre 2024 par sept étudiants lors d'une soirée de la fraternité Chi Phi, un club étudiant exclusivement masculin. Elle considérait deux d'entre eux comme des amis. Présumés innocents, les hommes nient les faits, selon les avocats d'au moins trois d'entre eux.

Lors de son entretien avec la police du campus de Cornell, la plaignante a reconnu avoir consommé de l'alcool et de la kétamine. Elle dit s'être sentie d'abord à l'aise lors d'une première relation sexuelle, puis a déclaré être "sûre à 100 %" d'avoir été victime d'un viol.

Ce changement est survenu, explique-t-elle, quand elle a lu en ligne un commentaire évoquant un viol collectif au sein de la fraternité impliquant "une étudiante de deuxième année". Elle signale les faits à la police du campus le 8 novembre.

Le procureur Matthew Van Houten explique ne pas avoir engagé de poursuites parce que, selon lui, il a reçu un résumé de six pages, où Jane Doe décrivait des actes volontaires et consentis. Il affirme n'avoir jamais vu la transcription de son entretien avec la police du campus.

De leur côté, les instances de l'université de Cornell suspendent la fraternité. Selon l'établissement, qui n'en a pas communiqué le détail, les étudiants accusés ont subi diverses sanctions dont "des exclusions définitives et des suspensions". L'avocat qui représente Jane Doe affirme que seuls deux des étudiants ont été exclus définitivement.

Pourquoi le dossier est-il rouvert ?

Le 16 septembre 2026, Jane Doe a déposé une action civile contre les sept hommes, mais aussi contre l'université Cornell, la fraternité Chi Phi, sa sororité et le bar où la soirée a débuté. Elle affirme notamment qu'on l'a poussée à consommer alcool et drogues.

Plus tard, un message a été envoyé sur un groupe Snapchat de la fraternité signalant aux membres, en des termes crus, la possibilité de participer au viol collectif. Le procureur dit n'avoir jamais eu connaissance de ce message alors que les autorités de Cornell affirment lui en avoir transmis une capture d'écran.

Des médias américains, dont le New York Times, ont obtenu plus de mille pages du dossier disciplinaire de Cornell, et d'autres médias la transcription de l'entretien avec la police. Selon eux, des éléments clés manquaient dans le résumé remis au procureur alors que Cornell affirme lui avoir transmis un rapport détaillé.

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"Je suis Jane Doe"

La nouvelle plainte a été largement relayée en ligne. Elle a suscité de nombreuses réactions d'indignation, dont celles de personnalités. Alexandria Ocasio-Cortez, figure de proue de l'aile gauche du Parti démocrate, a dénoncé notamment une "culture du viol" protégée par des institutions universitaires prestigieuses.

Le commentateur politique Michael Tracey a proposé de révéler publiquement l'identité de Jane Doe, pour "évaluer sa véracité". Des milliers d'internautes ont répondu par #IAmJaneDoe ("Je suis Jane Doe"), afin de rendre impossible son identification et défendre le droit des victimes d'agressions sexuelles à conserver l'anonymat.

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