Un prédateur sexuel interpellé dans une station balnéaire varoise deux ans après avoir été démasqué dans le Nord par des chasseurs de pédophiles
Le procédé fait froid dans le dos. Un pédophile, interpellé ce mercredi 22 juillet au Lavandou, fabriquait de fausses photos de profil à l’aide d’une intelligence artificielle pour approcher des jeunes filles sur les réseaux sociaux.
Deux mineures de moins de 15 ans ont ainsi cru avoir entretenu, pendant au moins un an, une relation avec Nicolas (1), « un beau garçon » à peine plus âgé qu’elles. En réalité, elles avaient affaire à un homme âgé d’une vingtaine d’années.
Quand l’adolescent virtuel a envoyé un message à l’une de ses proies pour lui demander de lui « montrer [sa] chatte », la victime âgée de 12 ans lui a d’abord envoyé l’image d’un animal de compagnie lové dans une corbeille…
Mais le prédateur doté d’une « capacité de manipulation extrême », selon l’expression d’une magistrate, a fini par obtenir des deux jeunes filles des photos et des vidéos très intimes, voire dégradantes. « Il a détruit l’adolescence de ma fille », se désole le père de l’une d’elles.
Plus de 2 600 images dans son téléphone
De quoi compléter une importante collection d’images à caractère pédopornographique. Plus de 2 600 fichiers ont été exhumés du smartphone de Nicolas dont les penchants scatophiles et zoophiles ont également été caractérisés.
Nicolas, âgé de 24 ans, a été placé en garde à vue dans les locaux de la gendarmerie de Bormes-les-Mimosas plus de deux ans après avoir fait l’objet d’un signalement dans le nord de la France.
Le jeune homme avait été dénoncé au parquet de Lille dès avril 2024 par l’association La Team Moore dont les bénévoles traquent les pédophiles avec des faux profils. Les messages de Nicolas adressés en 2023 et 2024 à « Léa Barbier », une préadolescente fictive de 12 ans, sont accablants pour leur auteur.
« Des pressions morales »
Mais les moyens de la police et de la justice étant ce qu’ils sont, la procédure a traîné et le déménagement du suspect, de Tourcoing vers Le Lavandou, n’a rien arrangé… Entre-temps, Nicolas a accroché deux vraies victimes à partir de décembre 2024 pour l’une, et juillet 2025 pour l’autre.
À elles comme à « Léa Barbier », le jeune majeur a proposé de jouer à « action ou vérité » et a envoyé des photos de pénis. Les jeunes filles réelles, 12 et 14 ans, ont été poussées à se filmer aux toilettes mais aussi lorsqu’elles devaient se masturber ou s’introduire des objets dans l’anus ou le vagin.
« Le langage est crû, sale, vous ne pouvez ressentir qu’un sentiment de malaise », résume Me Alexis Pacarin, avocat de l’une des familles. Menaces, chantage au suicide… Il décrit une « des pressions morales ». La préadolescente a « tenté d’échapper à cette influence en bloquant trois comptes sur Snapchat, trois autres sur Instagram mais il revenait toujours à la charge ».
« Il faut que j’arrête les réseaux sociaux »
« Je suis désolé », répond Nicolas alors qu’il a été jugé selon le mode de la comparution immédiate ce vendredi. Il explique la technique de l’avatar généré par une intelligence artificielle par « la peur, parce que je suis obèse ». « Les filles vont dire que je suis gros, tout ça… »
« Mais pourquoi cibler des mineures ? Avez-vous des tendances pédophiles ? », l’interroge la procureure Pauline Loine. « Non. » « En tiriez-vous du plaisir ? » — « Non, même pas », assure-t-il en contradiction avec le contenu de certains messages.
Jusqu’où serait-il allé sans l’intervention des gendarmes ? « Il faut que j’arrête les réseaux sociaux, je sais que je dois faire un travail sur moi…. J’espère ne pas aller en prison. »
Il a été condamné à deux ans de prison suivis d’un suivi sociojudiciaire de cinq ans. Du côté de La Team Moore, qui avait lancé l’alerte, un sentiment d’abattement domine. « Ça me met aussi en colère parce que le but de notre action, c’est justement de protéger les enfants », réagit Neila Moore contactée par Var-Matin.