Les séries des Médias francophones publics - Un pilote, pris par sa conscience écologique, a quitté son métier polluant pour devenir avocat
Notre série en collaboration avec les médias francophones publics « CHANGER DE PARCOURS » nous permet de rencontrer des personnes ayant choisi de transformer leur vie. C’est ce qu’a vécu Yann Woodcock. Cet ancien pilote de ligne dans des compagnies aériennes s’est reconverti pour des raisons écologiques. Il est devenu avocat. Quand les convictions deviennent un moteur de changement… Dominique Choffat nous emmène dans le palais de justice de Genève, à la rencontre de Yann Woodcock.
« Alors oui, on a régulièrement des audiences ici. Exclusivement, je dirais, les audiences pénales et du coup, c'est toujours un moment un peu tendu. La dernière interruption, si le jugement est rendu le jour même, on attend une demi-heure devant la porte de la salle d'audience, que le verdict soit rendu. C'est toujours quelque chose d'assez intense », explique Yann Woodcock.
Il a reçu son brevet d'avocat en février. Il nous explique l'élément déclencheur qui l'a fait quitter ses habits de pilote de ligne pour se retrouver en robe d'avocat. « Le déclic, c'était un article de journal avec un ancien consultant chez Boston Consulting, je crois. Il y avait son portrait dans le journal Le Temps. Il avait du jour au lendemain tout plaqué parce qu'il ne pouvait plus contribuer à ce qu'il considérait être un capitalisme prédateur au détriment de la planète. Puis, après, il a rejoint la grève pour le climat. Je me suis dit : "Tiens, mais en fait c'est possible. Des gens quittent vraiment leur métier du jour au lendemain." Et ce genre de choses m'ont montré la voie. Pour moi aussi, oser faire le pas et quitter le monde de l'aviation. »
« Je ne pense pas qu'un jour je piloterai à nouveau dans l'aviation de ligne »
Il en faut du courage pour tourner le dos à un métier qu'on aime vraiment. On quitte le palais de justice pour grimper sur la colline de la Treille, un lieu qui nous offre une vue panoramique sur toute la ville de Genève. Et, en point de mire, on peut apercevoir les avions qui atterrissent et qui décollent. C'est avec cette vision que Yann Woodcock nous parle de sa passion pour l'aviation. « C'est marrant parce que depuis que j'ai quitté la profession, je regarde à nouveau les avions comme je les regardais avant de commencer le métier. Avec tout autant d'émotion. En fait, ça me fascine toujours et encore plus depuis que je n'y suis plus. »
Yann Woodcock a été pilote de ligne pendant treize ans auprès de la compagnie suisse. Il en parle toujours avec beaucoup d'engagement. « Il y a vraiment zéro monotonie. Chaque vol est différent, la météo est différente, les passagers sont différents. Pouvoir soi-même diriger l'avion dans le ciel en trois dimensions, c'est quelque chose que j'ai toujours trouvé magique. »
Aujourd'hui, le vent se fait entendre. Le vent est l'un des paramètres qui change tout lorsqu'on est pilote. Un élément qui lui manque : « Terriblement ! À un tel point que j'ai même téléchargé un simulateur de vol sur l'ordinateur pour de temps en temps pouvoir encore me leurrer en me faisant croire que je pilote encore des avions. Mais le choix d'avoir quitté le milieu, je le regrette absolument pas au vu des projections en ce qui concerne le réchauffement climatique. Je ne pense pas qu'un jour je piloterai à nouveau dans l'aviation de ligne, non ! », affirme sans ciller l'ex-pilote. On l'entend, la conviction est suffisante pour inciter à dévier d'une trajectoire toute tracée dans les airs. Heureusement, parce qu'un tel changement de cadre professionnel reste très exigeant.
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Le droit et l'aviation : deux passions d'inégale intensité
« J'ai recommencé les études uniquement par pur intérêt pour le droit. Et en même temps, je réalisais en fait que l'effondrement écologique était quelque chose de sérieux et dangereux. Cette combinaison a fait que, ayant un plan B, je me suis dit que mon fils, qui est né maintenant, à l'époque, il n'était pas né. Mais moi, je me suis toujours demandé : "Quand il aura quinze ans et que la planète sera dans un état encore plus compliqué qu'aujourd'hui." Je ne me voyais pas le regarder dans les yeux et lui dire : "Oui, papa, il a continué à voler et à polluer alors qu'il avait un autre choix." Le sacrifice était grand, mais il n'était pas non plus hors norme dans le sens que maintenant, je suis vraiment dans un milieu qui me plaît aussi. »
Il a eu deux passions dans sa vie. « Le droit me passionne. Oui, c'est le bon terme. Après, les passions, j'ai envie de dire, ne sont pas comparables. La passion de l'aviation reste quand même une sorte de rêve. Et puis le droit, c'est une passion, on peut le dire comme ça. » Toutefois, l'intensité n'était pas la même. « Pas tout à fait au même niveau. Non, déjà, les avions volent plus haut », lâche-t-il.
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