Un pari pour l’avenir : "The New World", album de Shearwater
Michka Assayas nous emmène pour un voyage unique, à la destination très précise. Un immense continent qu’on commence tout juste à explorer : l’Antarctique et ses 14 millions de kilomètres carrés qui recèlent tant de richesses inconnues dont le groupe Shearwater.
« Even Song », c’était le titre de la chanson qu’on vient d’entendre, la première d’un tout nouvel album qui s’appelle The New World, « le nouveau monde », signé par un groupe américain, texan, du nom de Shearwater. Je vous préviens en toute loyauté : c’est un album qui est sorti au cœur de l’été, dont des critiques élogieuses, glanées ici et là, m’ont donné envie d’explorer. Et que nous allons écouter intégralement ce soir, une fois n’est pas coutume, parce qu’il sort de l’ordinaire, à divers points de vue. Son écoute, une nuit d’été où j’étais seul, à la campagne, m’a captivé, et même envoûté au point que je n’ai pas pu m’en détacher, ce qui ne m’est pratiquement jamais arrivé au cours de ces dernières années. Il est vrai, c’est certain, que je n’ai pas pu m’en détacher. Et vous le présenter s’est imposé à moi ce soir comme une évidence. Oui, comme je vous le disais, il sort vraiment de l’ordinaire. Déjà dans sa conception et sa gestation. Ça nécessite quelques mots d’explication.
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Le Texan Jonathan Meiburg, l’auteur-compositeur et interprète qui est, depuis plus de vingt ans, l’âme de Shearwater, n’est pas que musicien. C’est aussi un géographe et un ornithologue de profession, qui a consacré plusieurs années de sa vie à étudier de très près un volatile peu commun, un rapace de la famille dite des falconidés, et qu’on appelle le caracara austral. Il a découvert ces oiseaux de proie au cours d’une expédition sur une petite île, qu’on appelle l’île des Lions de Mer, située au sud des îles Malouines - ou Falklands -, au large de la Terre de Feu. Le plus petit des rapaces au monde, paraît-il, un des plus intelligents aussi, dit-on, qui est une sorte de charognard très méthodique et organisé. Cette expédition a rendu Jonathan Meiburg très curieux du continent antarctique avoisinant. Et quand il a appris qu’un très réputé institut allemand consacré à la recherche polaire, l’institut Alfred Wegener, allait lancer une expédition à partir des côtes de la Namibie, afin d’explorer les richesses inconnues de l’océan Antarctique, sa faune et sa flore, il a posé sa candidature pour y participer. Une des plus importantes découvertes de l’histoire naturelle de ces dernières années, je recopie ce que j’ai lu dans un passionnant article du magazine britannique Uncut, est la découverte, dans l’Antarctique, d’un incroyable vivier de poissons inconnus, plus de 60 millions d’individus si j’ai bien compris, sur une superficie égale à celle de la France. Et donc, pour faire court, Jonathan Meiburg a pu observer l’activité des fonds marins de l’Atlantique Sud, proches des côtes de l’Antarctique. Il a vu de gigantesques araignées de mer, d’immenses éponges, des pieuvres de forme et de dimensions insolites. Il a pu filmer la surface de l’océan dans des lumières rares, les mouvements de la banquise, de très près. On voit d’ailleurs une partie de ces images dans les vidéos qui accompagnent certaines des chansons du nouvel album de son groupe, Shearwater. Un album qu’il avait commencé à élaborer il y a quatre ans, avant cette expédition, avec ses collaborateurs dans plusieurs studios d’enregistrement, à Londres, Berlin et sa ville, Austin, au Texas.
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C’est cependant cette expédition qui a donné une direction, une boussole, à tout ce patient travail d’assemblage auquel il se livrait depuis des années. Alors je vends la mèche : cet album de Shearwater s’inspire un peu, j’ignore si c’est conscient ou inconscient, de l’œuvre d’un musicien anglais du nom de Mark Hollis, hélas défunt, qui fut tout à fait à part dans le paysage musical de la fin du siècle dernier. Avec son groupe Talk Talk, à l’origine un groupe d’électro-pop lyrique et romantique, Hollis s’est orienté vers une musique qui évoquait des paysages dépeuplés, chantant d’une voix qui survolait timidement ce vide, avec tact, douceur et une délicatesse infinie. La beauté de la voix, des musiques, des timbres et sonorités choisis par Jonathan Meiburg et Shearwater fait ainsi vivre, d’une autre façon, la puissance d’une nature indomptable, son infinité et l’humilité aussi à laquelle elle soumet l’humain. Je vous propose d’écouter ce soir l’intégralité, dans l’ordre, du nouvel album de Shearwater ; il le mérite. Après « Even Song », je vous propose « More and More » et « Daydream Unbeliever ». Un Very Good Trip très spécial ce soir sur France Inter.
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À écouter
France Inter
54 min