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Un guide pour éviter la sexualisation du sport féminin fait réagir

L’Union européenne de Radio-Télévision (UER), en collaboration avec European Athletics, a publié début juin un guide contenant des directives pour éviter que la couverture médiatique ne sexualise les athlètes féminines, une décision que salue différentes actrices du milieu sportif, tout en déplorant que cette nouvelle arrive un peu « tardivement ».

C'est une excellente chose pour la couverture des sports féminins, se réjouit d’emblée la sociologue du sport Barbara Ravel. Il y avait des choix éditoriaux qui étaient faits, comme les angles des caméras ou les gros plans, qui pouvaient ne pas forcément mettre en valeur le sport féminin en tant que sport féminin, mais plutôt avoir tendance à sexualiser les femmes.

Ce guide, encouragé par des olympiennes et conçu de pair avec European Athletics, est disponible gratuitement sur le site de l’UER. 

Je trouve ça positif, même si, pour moi, ça arrive un peu tardivement, estime Mélissa Plaza, ancienne joueuse de soccer professionnel et docteure en psychologie sociale. La question de la sexualisation des femmes dans le domaine du sport est monnaie courante. C’est un milieu où le corps est l’outil premier, c’est l’outil de performance. Au final, ce corps, il est un peu prétexte à tous les excès.

Avec ce guide, ils veulent montrer qu’ils ont conscience que leur couverture antécédente était peut-être inappropriée, indique Mme Ravel. 

Ce n’est pas le premier effort d'un service de diffusion pour tenter de limiter la sexualisation des athlètes féminines. En 2021, lors des Jeux olympiques de Tokyo, le directeur général du Service olympique de radiotélévision avait indiqué qu’il était conscient de l’enjeu. 

Vous ne verrez pas dans notre couverture certaines choses que nous avons vues dans le passé, avec de gros plans détaillés sur certaines parties du corps, avait-il déclaré à l’Associated Press. 

Les tenues, au coeur de l'enjeu

Les tenues trop légères des athlètes féminines ont longtemps fait débat. Par exemple, en 2021, une équipe norvégienne de handball de plage a refusé de jouer avec le bikini obligatoire, enfilant plutôt des shorts. La commission de discipline de la Fédération européenne de handball ne s’était pas fait d’amis en imposant à l’équipe une amende de 1500 euros. 

Cette sexualisation peut aussi peser lourd sur la santé mentale des athlètes, dénonce Plaza.

Les injonctions à la féminité sont assez claires : c'est d'être mince, mais pas trop, d'avoir des formes aux bons endroits, d'être la plus apprêtée possible. Et ces injonctions-là sont tout à fait opposées au fait de devoir être endurante, rapide et donc, nécessairement, très musclée. Ça crée des conflits identitaires qui entraînent de lourdes conséquences chez les athlètes : des troubles du comportement alimentaire, des complexes, une estime de soi très faible.

Par exemple, elle se souvient que, lorsqu’elle jouait au soccer professionnellement, certaines de ses coéquipières pouvaient se maquiller ou se lisser les cheveux alors qu’il y avait un taux d’humidité de 80 % à l’extérieur. 

Dans certains sports, les tenues sont prédéterminées. Moi, ça me choque. On n'oblige rien aux hommes, donc pourquoi le faire aux femmes ? Pourquoi ne pas juste apprécier le sport et le talent qu'on a au Québec, au Canada, au monde? S'il y en a qui veulent se mettre en bikini, qu'elles se mettent en bikini, mais il ne faut pas l'imposer, s’indigne Jade Généreux, une joueuse de volleyball de 21 ans. 

Pour la sociologue du sport Barbara Ravel, cela dénote un problème de mentalité de longue date.

On a cru que le seul moyen de vendre le sport féminin était de dénuder les athlètes pour vendre et intéresser. C’était extrêmement problématique, notamment parce qu’on supposait que la seule partie de la population qui était intéressée par les sports féminins était des hommes hétérosexuels, alors que ce n’est absolument pas le cas.

Elle ajoute qu’il existe un appétit énorme pour une couverture basée uniquement sur les exploits ou les histoires des athlètes.

On veut utiliser les images pour éduquer l'audience à comprendre la subtilité, la beauté et la difficulté du sport, pas juste profiter de ces images-là pour voir des femmes en bikini, si je caricature un petit peu, conclut Ravel. 

Avec les informations de Andréanne Williams.