Un mauvais remake de Pretty Woman : "La prostituée est une actrice. C'est son travail ! Les clients doivent le savoir"
Un client qui développe des sentiments pour une prostituée. Un scénario qui n'est pas sans rappeler le film Pretty Woman. Mais la réalité messancéenne est bien moins glamour. Un homme a versé de l'argent pendant plusieurs mois à une péripatéticienne pour un montant total qui atteint les 215 800 €.
L'homme dit avoir été victime d'un chantage affectif et réclame l'argent versé. "Mon client se trouvait dans une situation de faiblesse au début puis tout au long de la relation. Il était fou amoureux. Il voulait se marier avec elle. Son psychiatre le confirme. Aujourd'hui il n'a plus rien!", précise Me Damien Poncelet, conseil de la partie civile.
La prostituée est poursuivie devant le tribunal correctionnel d'Arlon pour escroquerie. "Mon client voit cette dame pour une relation tarifée et lui paie 3 000 €, explique Me Poncelet. Commence ensuite un chantage affectif. Elle lui envoie des messages dans lesquels elle dit 'Tu m'aimes, tu as dit que tu ferais tout pour moi'. Puis les demandes d'argent arrivent".
"Elle a tout flambé"
Madame a besoin d'argent pour la scolarité de sa fille, pour les soins de santé de sa mère, puis de son père très malade en Roumanie. Elle veut ouvrir un salon de coiffure et sollicite monsieur. Puis 6 000 € pour refaire ses dents en Turquie. "Elle dit que mon client lui a promis de lui donner 250 000 € pour acheter 3 appartements Mon client lui verse alors l'argent au fur et à mesure, parfois jusqu'à 20 000 € en une fois. Mais on n'a jamais vu l'acte de propriété des appartements. En réalité cet argent a été flambé par madame. Elle se pavane sur les réseaux avec une voiture de collection qu'elle a fait repeindre en rose", précise encore Me Poncelet.
Une répétition des mensonges
Le substitut Yannick Rosart estime qu'il y a eu escroquerie entre 2022 et 2023. "Monsieur rencontre madame en novembre 2022. Pour lui, la relation devient rapidement affective. Il a beaucoup d'argent suite à un héritage. Madame nie lui avoir parlé de ses parents malades. Or, les messages disent le contraire. Ils sont clairs ! Et les communications des virements aussi: rénovation, achat de meubles, appartements, soins de santé… Elle promet de rembourser avec l'argent des loyers. Mais madame a tout dépensé dans des vêtements, des bijoux, des sorties."
Pour le magistrat, on est bien dans une manœuvre frauduleuse. "La répétition des mensonges, elle va clairement profiter des sentiments de monsieur avec une tristesse simulée. On est dans l'escroquerie." Vu le préjudice important mais l'absence d'antécédents chez la prévenue, le parquet requiert un an de prison, sans s'opposer à un sursis partiel.
Du côté de la défense, Me Xavier Koener réfute l'escroquerie. "Quand on va au cinéma, on sait que ce sont des acteurs. La prostitution, c'est la même chose. La prostituée est une actrice. Elle dit que son client est le plus beau, le plus intelligent, qu'elle n'a jamais pris autant de plaisir qu'avec lui. C'est son travail ! Les clients doivent le savoir."
Et l'avocat de démonter la thèse du parquet. "J'ai traduit les 273 pages de messages écrits en anglais. Monsieur dit qu'il veut lui donner l'argent. Il lui fait des cadeaux alors que ma cliente n'a rien demandé. Il lui écrit:'même si tu étais une arnaqueuse, je te donnerai quand même'. Monsieur a déposé plainte mais il écrit toujours à ma cliente qui ne lui répond plus."
Que la partie civile souffre de dépression, "ne diminue pas ses facultés cognitives. Monsieur se présente comme un professionnel de la finance et ma cliente pense qu'il connaît la valeur de l'argent", conclut l'avocat en plaidant l'acquittement de sa cliente. Jugement le 12 octobre.
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