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Un insecte qui s’attaque aux feuilles de chênes découvert dans les Alpes-Maritimes, trois ingénieurs lancent l’alerte

Une passion chevillée au corps. Ingénieur à l’INRA pendant toute sa carrière et spécialisé en virologie végétale, Loïc Cardin garde, à 85 ans, un œil toujours avisé et observateur sur la nature. Avec ses collègues Bui Thi Mai et Michel Girard, ingénieurs de recherche au CNRS, il continue de publier régulièrement sur le monde végétal. Aujourd’hui, ce trio de scientifiques chevronnés tire la sonnette d’alarme : ils ont identifié la présence du Tigre du chêne dans les Alpes-Maritimes.

« Je me suis baladé vers Mougins et, comme je suis curieux de nature, j’ai vu qu’il y avait quelque chose d’insolite sous les feuilles d’un chêne, raconte Loïc Cardin au sujet de cette première observation faite à l’automne 2025. Quelques mois plus tard, en mai 2026, j’en ai aperçu aussi sur les hauteurs de Vallauris. »

Originaire d’Amérique du Nord, le Tigre du chêne (Corythucha arcuata) est une petite punaise phytophage de 3 à 4 millimètres à l’aspect translucide et maillé, ce qui lui vaut aussi le nom de « punaise réticulée ». Déjà responsable de ravages en Europe centrale sur des millions d’hectares, l’insecte a fait sa première apparition en France il y a plusieurs années. 

Cet insecte invasif est une espèce dite “autostoppeuse”

« Il se nourrit exclusivement sur la face inférieure des feuilles des chênes à feuillage caduque (comme le chêne pédonculé ou le chêne pubescent), il y multiplie les piqûres pour pomper le contenu des cellules végétales », explique le retraité.

Jusqu’alors, la région Paca semblait épargnée. « Je n’ai trouvé aucun signalement de la précense du Tigre du chêne dans les Alpes-Maritimes ni en région », souligne le chercheur retraité qui a écrit il y a quelques mois un article à ce sujet sur la revue Au bout du Jardin de la société centrale d’agriculture et d’horticulture de Nice et des Alpes-Maritimes.

Originaire d’Amérique du Nord, le Tigre du chêne (Corythucha arcuata) est une petite punaise phytophage de 3 à 4 millimètres à l’aspect translucide et maillé, ce qui lui vaut aussi le nom de « punaise réticulée ».
Originaire d’Amérique du Nord, le Tigre du chêne (Corythucha arcuata) est une petite punaise phytophage de 3 à 4 millimètres à l’aspect translucide et maillé, ce qui lui vaut aussi le nom de « punaise réticulée ».
Photo Loic Cardin

Cet intrus vient s’ajouter à une longue liste d’espèces exotiques envahissantes, à l’image de son cousin le tigre du platane (Corythucha ciliata), bien implanté dans la région depuis 1975.

« Cet insecte invasif est une espèce dite “autostoppeuse”, c’est-à-dire qu’elle profite des déplacements humains pour se propager sur le territoire », explique la préfecture. « Originaire d’Amérique du Nord, nous estimons son arrivée en France en 2017, dans la région de Toulouse. Elle a d’abord colonisé le quart sud-ouest, puis des signalements ont été enregistrés ces dernières années dans la vallée du Rhône. Enfin, à la fin 2025, un premier signalement a été confirmé dans les Alpes-Maritimes, vers Antibes. »

« Selon nos observations, on pense qu’il y a eu une introduction antérieur d’au moins deux ans 2 à 3 ans soit 2022 ou 2023», estime Loic cardin

Des risques et des craintes face à la prolifération

Si le Tigre du chêne ne présente aucun danger pour l’homme, sa multiplication inquiète les spécialistes. « En perçant le limbe des feuilles, ces punaises provoquent un jaunissement et une décoloration marquée du feuillage, réduisant drastiquement la capacité de l’arbre à réaliser la photosynthèse, assure Loïc Cardin. L’accumulation des attaques peut entraîner le dessèchement de rameaux, une chute précoce des feuilles et, à terme, un affaiblissement généralisé de l’arbre.»

Pour Loic Cardin, la menace ne pèse pas seulement sur les chênes : « Des études scientifiques nord-américaines et européennes indiquent que l’insecte est également capable de s’attaquer au châtaignier.»

« Dans les premières régions colonisées, aucune mortalité directe des arbres n’a été observée à ce jour, précise la préfecture des Alpes-Maritime.  Cependant, des travaux de recherche sont en cours pour évaluer les conséquences à long terme sur nos chênes. »