Un ex-employé des CFF jugé pour une escroquerie de 8,7 millions
Le procès d'un ancien employé des CFF poursuivi pour escroquerie par métier s'est ouvert mardi devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Il lui est reproché d'avoir, par de fausses factures portant sur des prestations fictives, obtenu un enrichissement illégitime qui se chiffre en millions. Le verdict est attendu jeudi.
Grâce à un montage de sociétés et à l'aide de quatre complices, cet ancien employé des CFF aurait dérobé environ 8,7 millions de francs à la compagnie ferroviaire pendant des années.
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Comparaissant devant les juges qui lui ont demandé le mobile de ces actes, l'accusé a répondu qu'il connaissait des soucis financiers. Peu après son premier mariage, il s'était rendu compte que son épouse d'alors avait apporté de nombreuses dettes dans le ménage.
"Cela a absorbé toute ma fortune", a-t-il commenté. Il a également indiqué qu'à la même période, il avait acquis un bien immobilier.
"J'ai alors cherché une solution complètement stupide pour faire face à ces problèmes, et c'est là que j'ai commencé à faire cela", a résumé l'accusé. Il a affirmé qu'il n'était pas un mauvais homme "dans le fond" et qu'il savait qu'il faisait quelque chose d'illégal.
"Si je le pouvais, je reviendrais en arrière et j'effacerais tout", a déclaré l'ancien employé des CFF d'une voix calme. Il doit maintenant veiller à tout "assainir" du mieux possible, dans la mesure du réalisable. Interrogé sur ses projets d'avenir, il a déclaré vouloir retrouver une "vie réglée" avec sa compagne et pouvoir travailler.
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KEYSTONE - GEORGIOS KEFALAS
Quatre complices
Le principal accusé a commencé à travailler pour les CFF à l'âge de 23 ans et a gravi les échelons au fil du temps. En 2019, il a été nommé chef de service, selon l'acte d'accusation du Ministère public de la Confédération (MPC). Dès septembre 2007, il a échafaudé son escroquerie.
Il a embarqué un ami de longue date dans l'affaire, par le biais de la société duquel des factures fictives étaient envoyées aux CFF. Deux autres personnes possédant d'autres entreprises ont rejoint le système par la suite. Et fin 2010, la sœur de l'accusé a fondé deux autres sociétés qui ont été intégrées dans le montage, écrit le MPC.
Pour les factures émises, les CFF ne recevaient aucune contrepartie, ni aucun matériel prétendument nécessaire. Le manège est resté longtemps indécelable car l'accusé occupait deux fonctions au sein du système des CFF.
Il pouvait ainsi se faire passer pour la personne exprimant un besoin et effectuer immédiatement la commande, bien qu'il ne travaillât pas au service des achats.
Plainte pénale
Fin septembre 2024, les CFF ont déposé une plainte pénale. Un peu plus de deux mois plus tard, le prévenu, aujourd'hui âgé de 54 ans, a été arrêté. Il a fait deux mois de détention provisoire et le MPC a mené plusieurs perquisitions à domicile.
En raison du délai de prescription de 15 ans, seuls les actes commis à partir du 1er avril 2011 peuvent faire l'objet de poursuites pénales. Le montant des dommages est ainsi ramené à environ 5 millions de francs. Les CFF, en tant que partie plaignante, en réclament le remboursement.
Porsche et Lamborghini
L'employé des CFF licencié avec effet immédiat a financé avec l'argent détourné une maison dans le canton de Soleure, une en Floride aux Etats-Unis, ainsi que de nombreuses voitures, selon le MPC.
Parmi celles-ci figuraient une Ford Mustang Shelby, deux Porsche et une Lamborghini coûtant à elle seule près de 400'000 francs. De plus, l'argent a servi à mener un grand train de vie et à constituer une collection d'armes.
Le MPC reproche à l'homme de 54 ans, outre les infractions de gestion déloyale des intérêts publics, celles d'escroquerie par métier, de blanchiment d'argent aggravé et de faux dans les titres. Un couteau cranté interdit ayant été saisi chez lui, il doit également répondre d'infraction à la loi sur les armes.
Le MPC va annoncer la peine qu'il requiert lors des débats. Les quatre autres accusés, dont l'un ne participera pas aux débats de mardi pour raison de santé, sont poursuivis pour complicité de gestion déloyale des intérêts publics et d'escroquerie par métier. A l'exception de l'une d'entre eux, ils comparaissent également pour blanchiment d'argent aggravé. Le procès doit durer trois jours.
ats/juma