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Le PQ abolirait Santé Québec pour réinvestir dans les soins

Paul St-Pierre Plamondon explique vouloir mettre la hache dans Santé Québec afin de réduire la bureaucratie et d'éliminer les dédoublements avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). La société d'État réplique en invitant le chef péquiste à une rencontre. Mais ce dernier dénonce une manœuvre « politique ».

Un gouvernement du Parti québécois (PQ) abolirait Santé Québec afin d'investir davantage dans les soins directs à la population, a déclaré M. St-Pierre Plamondon, vendredi matin, en point de presse, à Montréal.

On est bel et bien devant un monstre de bureaucratie. Il faut reprendre le contrôle sur cette société d'État et elle doit rendre des comptes sur une croissance qui est totalement hors de contrôle, a-t-il fait valoir, évoquant le nombre d'employés qui augmente sans cesse dans l'organisation.

Selon le leader péquiste, l'abolition de Santé Québec permettrait de dégager 40 millions de dollars par année. On pense [même] qu'on peut se rendre à 100 millions $ d'économies, a-t-il estimé vendredi. Et notre engagement, c'est que toutes les économies vont être entièrement réinvesties en soins et en soutien aux travailleurs qui soignent des gens.

Santé Québec a été créé en 2024. La société d'État est devenue l'année suivante l'employeur unique du personnel du réseau de la santé et des services sociaux.

Le MSSS et Santé Québec employaient 2126 fonctionnaires au 31 janvier dernier, selon les chiffres présentés par le PQ vendredi, soit 894 personnes de plus que les effectifs du ministère en date du 31 mars 2024. À ce rythme, Santé Québec devrait en embaucher 500 de plus d'ici 2030, a observé le chef du PQ, vendredi.

On est devant un État dans l'État, qui décide lui-même de combien de ressources, de fonds publics et d'embauches il [a besoin], sans aucune revue démocratique, a-t-il déploré.

Geneviève Biron offre une rencontre à PSPP

M. St-Pierre Plamondon avait déjà fait part de son intention de promettre l'abolition de Santé Québec au quotidien Le Journal de Montréal, qui l'avait relayé dans son édition de mercredi.

Cette sortie, cela dit, a visiblement déplu à la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, qui a depuis transmis une lettre au chef péquiste pour l'inviter à une rencontre afin de rectifier certains faits erronés qu'elle dit avoir décelés dans l'entrevue.

La missive a été transmise au principal intéressé vendredi matin. Or, ce dernier a expliqué dans son point de presse que le courriel qu'il avait reçu à cet effet ne contenait aucune pièce jointe et qu'il n'avait donc pas pu prendre connaissance de l'invitation en question.

Geneviève Biron.

Geneviève Biron a été nommée dans ses fonctions de présidente et cheffe de la direction de Santé Québec en avril 2024. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada a pour sa part obtenu copie de la lettre de Mme Biron.

La PDG y rappelle que Santé Québec a été créée il y a moins de deux ans et que sa fondation répondait à un constat historiquement reconnu par les acteurs du milieu, soit l'importance de distinguer [...] les responsabilités liées aux politiques publiques de celles liées à la gestion et à la prestation des soins et services.

Une rencontre permettrait au chef du PQ de [disposer], comme tous les autres partis politiques, de l'information la plus récente et la plus objective concernant l'évolution du réseau, les progrès réalisés, les défis qui demeurent ainsi que les priorités opérationnelles des prochains mois, explique Mme Biron dans sa missive.

Interrogé sur le sujet, Paul St-Pierre Plamondon a répondu que ce n'était pas le rôle de Santé Québec de faire de la politique, déplorant au passage que la PDG n'ait pas dit toute la vérité, soit qu'elle avait déjà rencontré le porte-parole péquiste en matière de santé, Joël Arseneau, deux fois, en novembre 2024 et en janvier dernier.

Bélanger outrée par la proposition péquiste

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a critiqué l'annonce du chef du PQ dans une déclaration publiée sur X, affirmant qu'abolir Santé Québec correspondrait à une énorme perte de temps et de ressources, avec toute la démobilisation que ça suppose dans le réseau.

Faire croire qu’on peut simplement abolir Santé Québec, récupérer quelques économies et régler l’accès aux soins avec ça, c’est tellement simpliste que c’est quasi malhonnête, a écrit Mme Bélanger, qui se représentera pour la Coalition avenir Québec (CAQ) dans Prévost.

Le PQ est donné favori en vue des élections du 5 octobre. L'agrégateur de sondages Qc125 laisse actuellement entrevoir l'élection de 64 députés péquistes, soit le seuil minimal pour que les troupes de Paul St-Pierre Plamondon forment un gouvernement majoritaire. La campagne devrait être lancée la semaine prochaine.

Le Parti conservateur d'Éric Duhaime promet lui aussi d'abolir Santé Québec s'il prend le pouvoir. Cette mesure figure dans la plateforme électorale qu'il a présentée cette semaine. Selon Qc125, la formation pourrait jouer un rôle déterminant advenant l'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire.

Libéraux et caquistes, quant à eux, ne proposent pas d'abolir Santé Québec, a rappelé vendredi Paul St-Pierre Plamondon, qui a déclaré ne pas comprendre que Charles Milliard et Christine Fréchette défendent un organe de l'État qui a grossi de 70 % en deux ans sans donner de services directs à la population.

Maisonneuve-Rosemont dans l'œil du typhon

Le point de presse du PQ avait lieu vendredi devant l'hôpital Maisonneuve-Rosemont en présence de quatre candidats, soit Yohann St-Pierre (Rimouski), Camille Pellerin-Forget (Iberville), Maude Brossard-Sabourin (Hochelaga-Maisonneuve) et Pierre-Luc Brillant (Rosemont).

Hasard ou coïncidence, le gouvernement Fréchette avait annoncé par communiqué plus tôt dans la journée que Santé Québec avait finalement acheté le stationnement auprès de la Fondation de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont pour 30 millions de dollars, un terrain nécessaire à la réalisation du projet de modernisation de l'établissement.

En point de presse, Paul St-Pierre Plamondon a dit y voir un geste absolument politique.

Santé Québec a indiqué vendredi ne pas avoir l'intention de commenter les propositions des différents partis politiques. Nous demeurons concentrés à coordonner les opérations du réseau et à donner des résultats pour la population, a fait savoir l'organisation, dans une déclaration transmise aux médias.

Avec les informations de Sébastien Bovet et de La Presse canadienne