« Un enfant ne manifeste pas systématiquement un changement de comportement » : ces signaux chez l’enfant victime de violences sexuelles qui peuvent alerter son entourage
Contrairement aux idées reçues, un enfant victime d’abus sexuel ne manifeste pas systématiquement un changement brutal de comportement.
Lorsque l’enfant grandit dans un environnement sécurisant, l’agression provoque souvent une véritable rupture : baisse des résultats scolaires, repli sur soi, anxiété, troubles du sommeil ou modification soudaine de son comportement.
En revanche, chez un enfant déjà confronté à des violences répétées ou à un climat familial profondément dysfonctionnel, l’abus sexuel constitue parfois un traumatisme supplémentaire parmi d’autres.
Dans ces situations de polytraumatismes, il n’existe pas toujours cette « cassure » qui permettrait d’alerter immédiatement l’entourage.
« C’est ce qui rend le repérage particulièrement complexe », souligne la psychologue.
Des comportements qui doivent attirer l’attention
En l’absence de preuves physiques, l’observation clinique du comportement devient essentielle.
Aucun signe, pris isolément, ne permet d’affirmer qu’un enfant est victime de violences sexuelles.
En revanche, plusieurs manifestations doivent conduire à s’interroger et, si nécessaire, à consulter des professionnels spécialisés.
Parmi les principaux signaux d’alerte figurent : une peur soudaine d’aller se coucher, un refus de se déshabiller, une angoisse ou un refus au moment du bain ou au contraire des lavages répétés, des douleurs ou plaintes physiques persistantes sans explication médicale ou encore l’apparition de comportements sexualisés inadaptés envers d’autres enfants.
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Former les professionnels pour mieux protéger les enfants
Pour Hélène Brocq, le repérage des violences sexuelles nécessite une solide formation clinique. « L’expertise psychologique ne s’improvise pas. Elle doit être réalisée avec beaucoup de rigueur par des psychologues expérimentés auprès des enfants. »
C’est dans cette optique qu’elle a créée, en 2003, avec le professeur Gérald Quatrehomme, alors médecin légiste au CHU de Nice, le Diplôme Universitaire de Psychologie Expertale et Criminelle à la Faculté de médecine de Nice. Premier DU français consacré à la formation des psychologues experts, il est né bien avant que la formation des experts judiciaires ne devienne obligatoire.
Le cursus réunit psychologues, psychiatres, médecins légistes, magistrats, avocats, policiers et gendarmes autour d’une même exigence : améliorer la qualité des expertises et favoriser une meilleure prise en charge des victimes.
Aujourd’hui dirigé par le professeur Véronique Alunni, médecin légiste au CHU de Nice, le diplôme s’est récemment ouvert à l’enseignement à distance afin de répondre à une demande croissante venant de toute la France.
Chez Hélène Brocq, une conviction demeure : plus les professionnels sont formés à reconnaître les signes de souffrance chez l’enfant, plus les violences peuvent être détectées précocement.
Car si les traumatismes laissent des traces, un accompagnement adapté et une prise en charge rapide permettent aussi à l’enfant de se reconstruire.