Un délai "extrêmement court": comment la visite du pape Léon XIV en France s'est-elle organisée en seulement quatre mois?
INTERVIEW - Alors que le pape Léon XIV arrive en France ce vendredi pour une visite de quatre jours, le cardinal Jean-Marc Aveline a accordé une interview à BFMTV et raconte les coulisses de ce déplacement ou encore l'engouement que suscite cette visite.
J-1 avant le début de la visite du pape en France. À l'approche de l'arrivée de Léon XIV dans l'Hexagone, pour 4 jours, le pays continue de se préparer pour l'événement, alors que le Souverain pontife se rendra à Paris, Lourdes et Metz.
Plusieurs temps forts sont à prévoir lors de ce déplacement historique avec notamment l'organisation d'une messe en plein air qui se tiendra samedi place de la Concorde. Près de 600.000 participants sont attendus.
Derrière ce déplacement du pape en France, se cache notamment un homme: le cardinal Jean-Marc Aveline. C'est sous son impulsion que la visite du pape a pu être organisée, alors qu'il avait déjà convaincu son prédécesseur, le pape François, de se rendre à Marseille.
L'archevêque de Marseille a déjà côtoyé le Saint-Père avant son élection à la tête de l'Église catholique, notamment lors du dernier conclave mais aussi lorsque celui qui se faisait appeler alors Robert Francis Prevost était préfet du dicastère pour les évêques. À la veille de l'arrivée de Léon XIV en France, Monseigneur Jean-Marc Aveline, cardinal et président de la conférence des évêques de France, a accordé une interview à BFMTV ce jeudi 24 septembre.
En trois ans, c'est le deuxième pape que vous faites venir en France. François c'était chez vous à Marseille en septembre 2023 et là le pape Léon qui s'apprête à arriver pour quatre jours en France. Comment l'avez-vous convaincu de venir ici?
On se connaissait un petit peu puisque, pendant deux ans, il a été en quelque sorte mon patron, si je puis dire, puisque je suis membre du dicastère pour les évêques et lui, il en était le responsable et donc j'avais appris à le connaître.
Après, j'avais vu tout le bien qu'avait fait à Marseille la visite du pape François. François était venu parce que c’étaient les rencontres méditerranéennes, c'était un événement que j'avais organisé à Marseille et pour lequel il était venu. Mais j'ai vu que, venu pour un événement, ça avait fait un bien fou à tout le diocèse, évidemment.
Et je me suis dit que ça serait bien qu'on essaie de faire la même chose pour toute la France. Donc j'en ai parlé très vite au pape Léon, qui n'a pas été difficile à convaincre parce qu'il a des attaches dans notre pays, ne serait-ce que par ses origines (la grand-mère du pape est née au Havre en 1894, NDLR) et puis aussi parce que la France intéresse, intéresse beaucoup aujourd'hui.
Vu de l'étranger, l'Église de France a traversé, comme d'autres y sont confrontés aujourd'hui, des vagues de sécularisation, l'option politique pour la laïcité, avec ses avantages et ses difficultés aussi, et puis en même temps, elle tient. Elle tient, et même on observe d'une certaine façon un certain renouveau. C'est ça qui l'attire aussi et pour nous, c'est important de l'écouter à ce sujet.
Ça n'a pas été trop compliqué d'intégrer la France aussi rapidement dans un agenda? Il a été élu il y a 16 mois maintenant.
Oui, c'est-à-dire que quand j'ai commencé à demander, puisque le pape était d'accord sur le principe, il fallait trouver une date. On m'a dit, non, 2026, il n'y a plus rien, il faut faire 2027. Mais 2027, nous, on a les élections présidentielles, donc on ne peut pas. Et puis après les élections, on verra bien, on ne sait pas.
Donc ça fait 2028. Mais 2028, c'est loin. Et puis pendant ce temps-là, je voyais que son agenda se remplissait, se remplissait, se remplissait. Et donc je suis allé voir celui qui tient l'agenda pour lui demander s'il y avait une solution. Il me dit non, parce que regarde, 2026, on va chercher l'agenda, on va regarder. On a regardé, effectivement tout était plein.
Et il me dit là il y avait un voyage prévu, mais il ne se fera pas. Et c'est comme ça que j'ai dit tout de suite, il vaut mieux le faire, même si on n'a plus que quatre mois pour préparer, dont deux mois d'été, ce qui est extrêmement court. Mais il vaut mieux le faire.
Vous avez presque inscrit la France vous-même...
Presque, presque. Parce que ça, c'était en fin de matinée et bon voilà, donc là on avait trouvé éventuellement un créneau, mais il fallait savoir si le pape était d'accord. Et dans l'après-midi, celui qui tient l'agenda a vu le pape. Alors je savais qu'il devait le voir, mais je ne savais pas s'il pourrait lui en parler.
Et puis en fin de journée, moi j'allais dans un taxi pour aller à Ciampino pour prendre le Ryanair pour rentrer à Marseille. Et un peu avant d'arriver à l'aéroport, je reçois un message qui me dit "Il Papa ha acceptato". Alors je me dis ça y est le pape a accepté. Et alors voilà, moi je n'ai rien dit à personne, parce que dans ces cas-là, il faut garder 24 heures, une nuit et une messe juste pour soi, pour pouvoir bien l'inscrire dans le fond de la prière.
Une fois que le pape a accepté, il y a eu une ferveur qui est montée dans le pays, notamment lorsque les inscriptions se sont ouvertes, on a vu très rapidement des dizaines, des centaines de milliers de Français qui se sont inscrits aux différents événements. Comment avez-vous perçu cette ferveur?
Moi je viens de vous raconter les détails là, mais c'est porté aussi par l'ensemble des évêques, par la conférence épiscopale. J'en avais parlé d'abord à mes confrères, voir si on était d'accord là-dessus, évidemment. Et donc il y avait une adhésion très, très forte de l'ensemble de mes frères évêques.
Et ensuite, on a vu effectivement cette vague qu'on va voir. Je ne sais pas vraiment si elle est conforme à ce qu'on dit d'elle, elle est importante.
Et il me semble qu'il y a une soif spirituelle dans notre pays, parce que peut-être il y a une crise spirituelle aussi et que la parole de quelqu'un qui est une parole de paix, qui est une parole sobre, qui n'est pas en démonstration, mais qui est habitée par ce qu'il dit, je pense que ça, c'est attendu et au-delà des cercles catholiques. C'est en tout cas ce que je sens et ce que j'espère beaucoup pour notre pays.
Vous qui avez travaillé plusieurs années avec Léon XIV, parlez-nous de ce pape que certains ne connaissent pas encore beaucoup, lui qui a été élu l'année dernière. Qu'est-ce qui ressort de ces premiers mois de pontificat et qu'est-ce qui ressort de sa personnalité que vous pourriez dévoiler à nos téléspectateurs?
Moi je l'ai connu dans le cadre de ce dicastère. Ce que j'avais très vite observé, c'est que c'est quelqu'un qui privilégie d'abord l'écoute. C'est une ascèse de privilégier l'écoute. C'est aussi peut-être une des choses qui le rend si attirant.
C'est quelqu'un qui écoute d'abord. C'est quelqu'un qui veille à ce que sur le sujet, chacun ait pu s'exprimer aussi longtemps qu'il le voulait, Aussi clairement qu'il le voulait. Et ensuite, il donne aussi son avis et il cherche à voir, finalement, quelle est la synthèse qu'on peut faire. Et une fois qu'on est d'accord sur la décision que l'on propose au pape, puisque c'est une décision de nomination, eh bien, ensuite, il va tenir cette décision.
Et il va être fidèle à ce qu'on a discuté. Et donc ça, c'est très important: l'écoute, l'attention à l'opinion de chacun et le courage de tenir la décision prise.
Bon, et puis après, il est pape. Alors, ses qualités, évidemment, elles y sont, et on le voit bien, il y a beaucoup de prudence. Prudence, ça ne veut pas dire de peur, hein, mais d'abord, écouter beaucoup avant de parler. Et puis, les voyages qu'il a pu effectuer, bon, les deux premiers, c'était parce que ça avait été décidé par son prédécesseur, mais à partir de voyages en Afrique: l'Algérie, le Cameroun, la Guinée, l'Angola… À partir de là, plus l'Espagne, on a vu la force de ça, la force de ce caractère, la force de ce primat donné à l'écoute et du courage aussi des paroles.
On l'a vu surtout dans l'écart avec les propositions du président des États-Unis d'Amérique. Et alors du coup il s'est révélé, et cette stature qui est profondément en harmonie avec ce qu'il est, ce qu'il est lui-même, Il est le pape de l'homme qu'il est. Il est fidèle à l'homme qu'il est, et ça, je crois que les gens le ressentent, et du coup ça rend sa parole très attendue.
Sa parole qui sera en français lors de ce voyage, il apprend un peu le français je crois ces derniers temps?
Oui, la dernière fois que je l'ai vu il y a une quinzaine de jours, il m'a dit j'étudie le français, donc il essaie, mais tout sera en français sauf le discours à l'Unesco.
L'Élysée a annoncé que le président Emmanuel Macron n'assisterait à aucune messe durant ce voyage, contrairement par exemple à ce qu'il avait fait à Marseille, où il avait assisté à la messe au Vélodrome. Qu'est-ce que vous pensez de cette décision de la part du chef de l'État?
C'est une décision qui est libre. Quand il est venu à la messe au Vélodrome, on a dit 'mais c'est pas bien, c'est pas normal que le chef de l'État aille à la messe'. Maintenant qu'il ne va pas, on dit 'c'est pas bien, c'est pas normal qu'il n'aille pas à la messe'. Alors il faut savoir, donc moi je crois que les relations en tout cas avec lui et avec tous les pouvoirs publics sont très bonnes, ça, je peux en témoigner.
Et je voudrais même rendre hommage parce qu’à tous les niveaux de l'État et aux préfectures en particulier qui ont beaucoup, beaucoup travaillé, la qualité de la coopération a été extraordinaire.
Comment vous sentez-vous alors que le pape s'apprête à arriver? Est-ce qu'il y a une séquence de ce voyage que vous attendez en particulier?
Moi, je me sens serein parce que je vois non seulement l'enthousiasme qui vient, mais aussi le travail de tous ces bénévoles, de tous les gens qui ont donné de leur temps, de leur énergie et qui vont continuer.
Je pense en particulier à tous ceux qui, c'était vrai à Marseille, il y en avait aussi qui étaient en dessous, au stade, pour travailler, pour tout ça, c'est-à-dire les gens, ils donnent de leur temps et à la fin, ils ne profitent pas comme les autres de l'événement. Et là, il y en a beaucoup aussi, donc je pense beaucoup à eux, mais moi, je suis serein.
Évidemment, j'attends beaucoup la séquence à Lourdes. Lourdes, c'est comme un pèlerinage dans le voyage. Et le pape, il va en pèlerin d'abord, et puis la grâce de Lourdes, ce sont les personnes malades, c'est la priorité qui leur est donnée.
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À Lourdes, je dirais au pape, je vous le dis déjà, parce que j'ai un petit discours à faire, je dirais, vous savez, comme il a beaucoup cité le prophète Néhémie, à propos de Babel en négatif et de Jérusalem à reconstruire en positif. Je vais dire, écoutez, vous savez, je crois que si le prophète Jérémie avait connu les Pyrénées, il aurait mis Lourdes entre Babel et Jérusalem parce qu'à Lourdes, c'est un laboratoire d'une humanité à l'endroit, où les pauvres et les malades sont à la première place.
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