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Un ancien dirigeant de Belfius tire la sonnette d’alarme sur le phishing: “Regardez les profits réalisés”

Geert Van Mol, l’homme qui a initié les Belges aux services bancaires mobiles, souhaite voir se renforcer la lutte contre le phishing. © ID/ Martin Corlazzoli

Pendant 25 ans, il a contribué à instaurer la confiance numérique entre les Belges et leurs banques. Aujourd’hui, Geert Van Mol, ancien directeur numérique de Belfius, se montre inquiet face au fléau du phishing dont il a été lui-même victime. “Regardez les profits colossaux réalisés dans le secteur bancaire, alors que les citoyens craignent pour l’avenir de leur épargne.”

Steven Swinnen

Source: HLN

9 août 2026, 12:11

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Dans un message publié sur le réseau social LinkedIn, Geert Van Mol constate que le secteur bancaire manque d’ambition pour lutter contre le phishing, un phénomène criminel qui perturbe pourtant de plus en plus la société. Il est bien placé pour en parler puisqu’il a travaillé pendant 25 ans dans le secteur bancaire, notamment chez Belfius. Van Mol était responsable de l’ensemble des agences numériques jusqu’à ce qu’il devienne directeur numérique de l’entreprise en 2016 et participe à la création de son application bancaire. “J’ai toujours apprécié que le secteur bancaire belge soit à l’avant-garde au niveau mondial, car l’ambition était là: nous voulions être les meilleurs en matière de banque mobile. Cette même ambition devrait désormais s’appliquer au domaine de la sécurité des clients.”

Mais les banques réagissent avec trop de tiédeur face au phishing, affirme-t-il aujourd’hui. “Je sais que si les banques mettaient en commun leur savoir-faire, leurs données, leurs compétences technologiques et leur puissance financière, nous pourrions véritablement lutter contre le phishing. Mais je ne vois pas cela se produire. Regardez les profits colossaux réalisés dans le secteur bancaire, alors que les citoyens craignent pour l’avenir de leur épargne. Si la coopération ne s’intensifie pas rapidement, la confiance des épargnants belges sera mise à mal.”

Geert Van Mol a été pendant de nombreuses années directeur numérique de Belfius. © ID/ Martin Corlazzoli

On recense chaque jour 40.000 signalements de hameçonnage. Les banques sous-estiment-elles encore le problème?

Geert Van Mol: “Je ne pense pas, mais elles mènent la bataille sur plusieurs fronts à la fois et ont fortement misé sur la prévention. À juste titre, car il s’agit souvent de tentatives de manipulation: on vous convainc, par téléphone ou par message, de faire quelque chose vous-même. La porte d’entrée est solide, mais le facteur humain reste le maillon faible et c’est là qu’il faut aujourd’hui agir. Mais les banques ne doivent pas se cacher derrière cela. La législation européenne est stricte: en cas de transaction contestée, la banque doit en principe procéder immédiatement au remboursement. Et c’est alors à la banque de prouver qu’il y a eu fraude de la part du client ou négligence grave. C’est une obligation stricte et j’ai l’impression que cela effraie les banques.”

Vous en avez vous-même fait l’expérience récemment.

“Une expérience désagréable, je peux vous le dire. Début juillet, j’étais en vacances en famille au Mexique et sept transactions ont soudainement été effectuées à Singapour par ma fille, qui venait d’avoir 18 ans. Elle était paniquée. Sa carte bancaire n’était pourtant pas activée en dehors de l’Europe et rien n’aurait donc dû se passer. Ma toute première réaction a été, sans surprise, accusatrice: ‘Qu’est-ce que tu as fait?’ Mais elle n’avait cliqué sur rien. Je me suis vraiment mis en colère quand la banque m’a dit: ‘Continuez tranquillement vos vacances et signalez-le à la police après’.”

“Envoyer ma fille de 18 ans à la police, alors que la banque dispose elle-même de toutes les données relatives aux transactions et que le législateur en décide autrement? Ça n’a quand même aucun sens, non? D’après une expérience passée, je sais que la police se contente de prendre note et de dire: ‘Nous n’allons rien faire de tout ça, c’est pour votre dossier à la banque’. Il s’agissait de 250 euros, mais pour une jeune fille de 18 ans, c’est beaucoup d’argent: un tiers de ce qu’il y avait sur son compte. Et je ne suis pas le seul. Ma femme, moi-même et désormais ma fille, nous avons tous les trois déjà été victimes de différents cas. Aujourd’hui, le phishing peut arriver à n’importe qui et porter sur des sommes importantes.”

© HLN

Selon le Centre pour la cybersécurité, plus de 40.000 cas de phishing sont signalés quotidiennement en Belgique. Une enquête de HLN ajoute qu’un Flamand sur 20 a déjà perdu de l’argent à cause du phishing et que seuls 18% d’entre eux ont pu récupérer leur argent. Ces chiffres vous surprennent-ils?

“Non. La loi est claire: si le client conteste quelque chose, c’est à la banque de prouver qu’il y a bien eu fraude, et non l’inverse. Pourtant, le client est souvent d’abord renvoyé vers la police et doit prouver lui-même ce qu’il n’a pas fait. Pour beaucoup de clients, c’est David contre Goliath. Les banques disposent de bien plus d’informations que nous ne le pensons, et pourtant, la charge de la preuve incombe souvent au client. Quand je lis des articles relatant des cas comparables à ce qu’a vécu ma fille, mais où il s’agit d’un tiers ou de la moitié de l’épargne d’une personne, et où il faut ensuite passer des années devant les tribunaux… Ce sont des traumatismes pour la vie. Ce n’est tout de même pas ce que nous voulons?”

Pendant ce temps, les banques enregistrent des bénéfices colossaux.

“Exactement, et cela me dérange. Prenons une grande banque au hasard (il fait référence à KBC, ndlr): elle a réalisé ce trimestre 300 millions d’euros de bénéfices supplémentaires par rapport aux prévisions et revoit même à la hausse ses prévisions annuelles, avec environ un milliard d’euros de bénéfices supplémentaires par rapport à ce qui était prévu. Cela n’est pas proportionnel aux investissements réalisés dans la technologie et la sécurité pour lutter contre le phishing. Et cela ne correspond absolument pas au vécu des familles qui ont perdu leurs économies à cause du phishing. Je préférerais que les banques, outre leurs chiffres de bénéfices, rendent également compte du nombre de personnes qui tombent dans le piège du phishing et du nombre de transactions frauduleuses qu’elles parviennent à bloquer. Ce serait un critère plus juste que le seul bénéfice. Maîtrisez ce phishing, et ensuite, n’hésitez pas à réaliser vos bénéfices.”

Le président de Febelfin, Michael Anseeuw, a récemment comparé cette situation à un accident de voiture: si vous percutez un mur, Volkswagen ne vous rembourse pas non plus la totalité des frais.

“Je trouve cette comparaison inappropriée. Regardons les faits: l’innovation en matière de fraude numérique progresse plus vite que la protection numérique, et cet écart ne fait que se creuser. Pendant ce temps, les bénéfices des banques continuent d’augmenter. Ce qui est vraiment menacé, c’est la sécurité du client, et non celle de la banque. La question est maintenant de savoir dans quelle mesure le secteur souhaite se montrer ambitieux pour résoudre un problème de société.”

© HLN

Qu’entendez-vous exactement par “ambitieux”?

“Prenons l’exemple de la banque mobile. Lorsque le secteur s’est lancé dans cette voie, cela a donné naissance à itsme (une application permettant de s’identifier en ligne en toute sécurité, ndlr): huit millions d’utilisateurs aujourd’hui, l’application la plus utilisée en Belgique. De vos enfants à votre mère de 70 ans, tout le monde l’utilise sans difficulté. Cela prouve que lorsqu’une banque le veut vraiment, elle peut mobiliser toute une organisation – sur les plans juridique, technique, etc. – autour d’un seul objectif et obtenir des résultats. Je souhaite désormais voir cette même dynamique s’appliquer au domaine de la sécurité des clients. Il ne doit pas s’agir uniquement de concevoir la prochaine innovation ou un nouveau chatbot basé sur l’IA. Il faut se concentrer sur des chiffres concrets en matière de lutte contre la fraude.”

“Meta, l’entreprise de Mark Zuckerberg, tire bel et bien profit des publicités qui incitent à la fraude. Nous ne devons pas laisser passer cela.” © REUTERS

Concrètement, que pourrait-on améliorer?

“Personnellement, je n’aurais aucun problème avec la création d’un contrôle supplémentaire en cas de transaction inhabituelle: une sorte de double vérification, comparable à l’authentification à deux facteurs, spécifiquement pour les paiements qui s’écartent de vos habitudes. Il est inhabituel d’effectuer des paiements hors de Belgique qui ne sont pas destinés à une adresse fixe. Si, dans ce genre de situation, je devais être soumis à une sécurité supplémentaire qui me prendrait un peu de temps, cela ne ferait que renforcer ma confiance.”

“Les entreprises qui tirent profit de l’écosystème numérique ont elles aussi une responsabilité. Imaginez que les publicités diffusées sur votre média incitent à la fraude: cela ne serait pas acceptable. Mais comme cela passe par Meta (la société mère de Facebook et Instagram, ndlr) et des acteurs internationaux, cela se produit quand même. Et Zuckerberg (PDG de Meta, ndlr) en tire bel et bien profit. Nous ne devons pas laisser passer cela.”

Vous craignez que l’intelligence artificielle ne rende la fraude encore plus facile et plus convaincante. Comment cela se passerait-il concrètement selon vous?

“Les nouveaux modèles d’IA démontrent d’ores et déjà qu’ils sont capables de mettre au jour en un clin d’œil les failles de sécurité des entreprises et des banques. Si ces technologies tombent entre de mauvaises mains, ce sont les criminels qui en feront usage les premiers. L’IA facilite tout: créer de faux sites web, envoyer des e-mails et des messages WhatsApp, imiter des voix et passer des appels depuis un ordinateur. C’est exactement le genre de décalage que l’on veut éviter.”

“De plus, la fraude numérique n’est plus l’œuvre d’un petit groupe de criminels, mais d’une industrie organisée. Allons encore plus loin dans la réflexion: si les grandes banques, avec toutes leurs ressources, ont déjà du mal à y faire face, qu’en serait-il alors des banques plus petites? Aucune banque ne peut résoudre ce problème à elle seule. Si une banque venait à connaître une défaillance majeure, cela entraînerait une crise de confiance pour l’ensemble du secteur. C’est pourquoi j’insiste tant sur la coopération entre les banques elles-mêmes, mais aussi avec la police, la justice, les opérateurs de télécommunications et les grands réseaux sociaux.”

Faut-il redoubler d’efforts pour traduire en justice les auteurs de phishing?

“Bien sûr. J’ai l’impression qu’on entend très peu parler du taux d’arrestation de ces fraudeurs, et cela m’inquiète. Nous risquons de nous retrouver face à un cocktail dangereux: une IA qui facilite la fraude, combinée à un faible risque de poursuites. C’est pourquoi la justice et la police doivent elles aussi faire preuve d’ambition, en mettant en place des équipes cyber spécialisées capables de traquer activement ces réseaux, de démasquer les personnes qui les dirigent et de les poursuivre en justice. On ne résoudra pas ce problème en se contentant de traiter administrativement des milliers de dossiers individuels. Il faut mettre fin à cette impunité.”

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