Un air de place du Tertre à Dinant Montmartre, avec les portraits en live de l'Académie des Beaux-Arts : "C'est la première fois qu'on tente l'exercice"
L'art du portrait, ils ne s'y étaient encore jamais essayés. Depuis août, en vue de l'événement Dinant Montmartre (qui a rassemblé près de 240 artistes dans les ruelles de Dinant ce dimanche), les élèves se sont mis au défi. "Là, je repasse avec un pastel blanc. Après, je rajouterai des petites touches foncées pour marquer certains traits du visage", explique Alison Dodergnies, élève à l'implantation de Ciney.
30 ans de Dinant Montmartre ce week-end, avec une participation record de plus de 250 exposants: "On veut que la personne qui expose soit l'artiste"Elle sourit: "En fait, je n'ai jamais fait de dessin. Je suis au cours de peinture depuis 5 ans. Mais ça fait un mois qu'on travaille le portrait au cours, expressément pour les 30 ans de Dinant Montmartre. C'est vraiment la première fois qu'on tente ce genre d'exercice. C'est innovant."

En face d'Alison, Marylène Richelle joue la cobaye. "J'ai décidé de poser pour toutes mes petites amies car je suis aussi élève aux Beaux-Arts. Ça les aide, ça leur permet d'apprendre plein de techniques. Le truc, c'est de ne pas trop bouger(rires)."
Street art ce week-end à Dinant dans l'ancien magasin Match, des artistes graffeurs venus de toute l'Europe (vidéo)Un concept qui claque
L'idée de cette participation à Dinant Montmartre vient de Laurence Burvenich, professeure de peinture aux antennes de Dinant, Ciney et Huy. Pour l'événement, elle a réussi à rameuter 23 élèves.
"Les autres années, on faisait une sorte de journée portes ouvertes de l'école, explique-t-elle. Pour les 30 ans, on voulait un concept qui claque. On a proposé cette place du Tertre, du nom de la célèbre place à Paris où il n'y a que des dessinateurs, portraitistes, caricaturistes, qui présentent leurs savoir-faire. On les choisit… ou on va chez le voisin (rires). L'idée, c'était de faire des portraits en direct, de saisir un peu l'attitude du passant."

Elle détaille: "Les élèves ont été formés pendant un mois. Ils ont dû travailler la justesse, les proportions, et puis acquérir une technique dans laquelle ils se sentaient bien et s'entraîner pour l'événement. Au fur et à mesure, ils ont pris de l'assurance et confiance en eux."
En portrait, à chacun sa patte. "On peut trouver plus de liberté dans la couleur plutôt que dans le noir et blanc, travailler sur certains supports, certaines dimensions." Et de préciser: "Il y a des particularités chez chaque personne dont on tire le portrait. Il faut aiguiser l'œil pour trouver cette singularité. Le concept classique, grec, divise le visage en trois parties égales, ce qui aide à respecter les proportions. Et puis, il y a tout ce qui fait votre visage. C'est ça qu'il a fallu aiguiser."

Dimanche, entre chevalets, tabourets et matériel artistique, on s'y croyait, sur la butte parisienne. "Ils se sont beaucoup entraînés car c'est besogneux. Depuis le 24 août, on a fait ça non-stop à chaque séance."
Sacré défi in situ
La directrice Catherine Charlier aussi a eu droit à son portrait: "Pour les élèves, c'est un challenge. En même temps, c'est très enrichissant. Parce que ce n'est pas seulement au sein du cours qu'ils travaillent. Ici, ils se confrontent au public. C'est un défi mais c'est comme ça qu'on apprend."

Elle souligne: "Le parallèle avec la place du Tertre à Montmartre, c'est un clin d'œil sympa. Là-bas, vous avez des caricaturistes à la chaîne, Made in China, etc. Ici, c'est spontané, c'est la bonne ambiance. Faire travailler les élèves in situ, c'est une nouvelle manière d'aborder l'événement Dinant Montmartre."
Devant son chevalet, Alison Dodergnies pose les derniers traits de pastel. Le portrait coloré, plutôt original, est, pour une première, franchement pas mal.
Une invention maison: le "portrait-maton"

C'était le petit stand rigolo, imaginé par les élèves de l'Académie des Beaux-Arts et leur professeure de peinture, Laurence Burvenich. Ici, pas d'appareil photo, mais des élèves qui croquent "minute" au marqueur acrylique. Un mini-portrait sur papier épais sort ensuite, à la main, par une fente ingénieuse. "L'idée, c'était de désacraliser un peu le portrait, raconte amusée Céline Jacquemart en pleine action. Pour nous, comme c'est rapide, ça nous fait un bon exercice. Et c'est ludique". Elle poursuit: "C'est un sacré challenge parce qu'on est peintre de base (elle suit des cours depuis une vingtaine d'années, NDLR), donc c'est un sacré défi de s'arrêter pour dessiner."

Ceux qui le souhaitaient pouvaient alourdir le cochon. "C'est vraiment symbolique. On a le projet de partir à Montmartre comme spectateurs et spectatrices cette fois-ci. Pour voir un peu ce qui se fait là-bas. On imagine aller voir des expos et profiter un peu de ce que la capitale parisienne a à offrir en termes artistiques. Ce sera l'occasion de passer un bon moment ensemble entre élèves (rires)."
EN BREF
- 1 600 élèves adultes et enfants suivent des cours (BD, céramique, dessin, gravure, photographie, peinture, etc.) à l'Académie des Beaux-Arts de Namur, qui compte 5 implantations (Namur, Dinant, Ciney, Huy et Vresse-sur-Semois).

- Année record Près de 240 artistes étaient présents pour les 30 ans de Dinant Montmartre. "Ça n'était jamais arrivé", souligne David Rivir, organisateur. L'événement attire habituellement 6 000 à 7 000 personnes. "On dépasse largement les 10 000 cette année."
L'expo street art dans l'ancien Match a contribué au succès. "Ce n'était plus un parcours linéaire mais une boucle qui englobait tous les quartiers. C'est génial que le centre culturel ait pu donner une nouvelle âme à ce lieu parce que c'est ça aussi l'art, c'est donner de l'âme aux choses et aux lieux."
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