"Un accord louche": après avoir exigé que l’Europe abandonne le gaz russe, les Américains discutent avec Moscou pour gagner de l’argent sur son retour
"Un accord louche": après avoir exigé que l’Europe abandonne le gaz russe, les Américains discutent avec Moscou pour gagner de l’argent sur son retour
Publié aujourd'hui à 19h02
Lire dans l'appCes discussions ont notamment réuni Kirill Dmitriev, un proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, et Jared Kushner, envoyé spécial américain pour la paix et gendre du président américain Donald Trump, ont précisé des sources à Reuters.
De hauts responsables russes et américains ont discuté de la possibilité d'impliquer un investisseur américain dans les gazoducs Nord Stream qui alimentaient l'Allemagne en gaz russe avant l'invasion de l'Ukraine, ont dit à Reuters cinq personnes proches du dossier.
Ces discussions ont notamment réuni Kirill Dmitriev, un proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, et Jared Kushner, envoyé spécial américain pour la paix et gendre du président américain Donald Trump, ont précisé ces sources. Bien que l'on ignore dans quelle mesure ils ont abordé la question de Nord Stream à ces occasions, le sujet reste à l'ordre du jour, ont déclaré deux sources.
Avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, l'Allemagne achetait plus de la moitié de son gaz à la Russie via les deux gazoducs Nord Stream. Ils ont été mis à l'arrêt puis une série d'explosions sous-marines les a gravement endommagés en septembre 2022.
La question de Nord Stream
Kirill Dmitriev a rencontré le mois dernier des représentants des départements américains de l’Énergie et du Trésor afin de discuter d’éventuelles initiatives énergétiques entre les États-Unis et la Russie. Un représentant de Kirill Dmitriev a refusé de commenter.
Il n'y a eu "aucune discussion concernant Nord Stream récemment", a dit à Reuters un responsable de la Maison blanche, interrogé sur les discussions concernant les gazoducs. "Tout accord devra être négocié par la Russie avec la DFC (Société de financement du développement international des États-Unis) et le Trésor, et devra profiter aux contribuables et aux entreprises américaines", a-t-il déclaré.
Un responsable américain a déclaré que, compte tenu des obstacles, un accord paraît peu probable à moyen terme. Les sanctions des États-Unis et de l'Union européenne (UE) à l'encontre des gazoducs Nord Stream rendent toute reprise des livraisons illégale.
Une porte-parole du ministère allemand de l'Économie et de l'Énergie a déclaré que l'Allemagne avait trouvé des alternatives à la suite des sanctions européennes imposées sur Nord Stream et le gaz russe. Elle a ajouté que toute réouverture des gazoducs nécessitait l'accord du gouvernement.
"Un accord louche qui coûtera cher à l'Europe"
"Cela risque d'être un accord louche qui coûtera cher à l'Europe", a déclaré Michael Kellner, député et ancien responsable de la politique énergétique allemande au lendemain de l'invasion de l’Ukraine. "Les Américains et les Russes se partageront les bénéfices", a-t-il ajouté.
Alors que le gouvernement de coalition allemand s(oppose à la remise en service du gazoduc, Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d'extrême droite montant en puissance dans le pays, souhaite au contraire y donner son feu vert. Kirill Dmitriev rencontrera les dirigeants de l’AfD au début de l'année prochaine pour discuter de la reprise des ventes de gaz russe.
En Pologne, qui partage une frontière avec la Russie, les dirigeants politiques suivent de près les discussions visant à rouvrir le gazoduc, mais restent fermement opposés à cette idée, a déclaré une source au fait des réflexions du gouvernement.
La cession de la société qui contrôle les gazoducs Nord Stream à un investisseur américain ou la reprise des livraisons de gaz russe se heurterait par ailleurs à des obstacles.
Levée des sanctions
Cette société est détenue à 51% par le géant énergétique d’État russe Gazprom, 31% supplémentaires étant répartis entre deux entités allemandes et le reste entre une entreprise française et une entreprise néerlandaise. Les deux actionnaires allemands cherchent à conserver leurs parts afin de préserver l'influence allemande, au cas où Gazprom vendrait sa participation, a déclaré une autre source.
Jared Kushner et Kirill Dmitriev ont également discuté de la vente d'un ensemble d'entreprises - allant des raffineries de pétrole aux stations-service en Europe et ailleurs - appartenant à la société énergétique russe Lukoil, ont indiqué deux autres personnes proches du dossier.
Dans le cadre de ce projet, un consortium regroupant l’agence fédérale d’investissement DFC et des investisseurs du Qatar et des Émirats arabes unis rachèterait ces actifs, tandis que les autorités américaines lèveraient les sanctions, ont précisé ces sources.
"Concernant Lukoil, Steve (Witkoff, envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient) et Jared (Kushner) ont collaboré avec la DFC pour négocier un paiement initial substantiel et une participation aux bénéfices pour les États-Unis", a déclaré un responsable de la Maison blanche. Contactées, Lukoil et Gazprom n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Revirement
Ce scénario est d’autant plus surprenant que Donald Trump n’a cessé, depuis son retour à la Maison-Blanche, de faire pression sur les Européens pour qu’ils renoncent au gaz russe. En juin 2025, en recevant le chancelier allemand Friedrich Merz, le président américain s’était même vanté d’avoir personnellement bloqué le gazoduc Nord Stream 2 lors de son premier mandat.
"C’est moi qui ai arrêté Nord Stream 2", avait-il assuré. Le 23 septembre 2025, devant l’Assemblée générale des Nations unies, il avait de nouveau vivement critiqué les Européens: "Ils achètent du pétrole et du gaz à la Russie alors qu’ils combattent la Russie. C’est embarrassant pour eux." Avant d’exiger qu’ils cessent "immédiatement tous leurs achats d’énergie à la Russie".
Quelques jours plus tôt, sous la pression de Washington, la Commission européenne avait proposé d’avancer d’un an, à janvier 2027, l’interdiction des importations de gaz naturel liquéfié russe. Un an plus tard, des discussions portent pourtant sur une éventuelle participation d’investisseurs américains au retour du gaz russe en Europe.
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