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Ukraine : manifestations et divisions après le départ forcé du populaire ministre de la Défense - RTBF Actus

"Pour une certaine raison, c’est le ministre de la Défense le plus efficace qu’ils ont décidé de destituer. C’est très étrange", a commenté auprès de l’AFP Viktoria Ossypenko, une manifestante de 24 ans interrogée dans la capitale ukrainienne.

Elle soutient le jeune ministre sortant face à son rival, Oleksandre Syrsky, qui, juge-t-elle, "aime se battre avec des hommes plutôt qu’avec des drones" et ne fait qu'"estropier davantage d’Ukrainiens".

Plusieurs centaines de personnes ont scandé "à bas Syrsky !" et "le pouvoir au peuple !" sur une place du centre-ville de Kiev dans la soirée, ont constaté des journalistes de l’AFP. Dans la matinée, la foule criait au même endroit "Honte !" et "rendez Fedorov !".

Selon les médias ukrainiens, des manifestations de soutien au ministre sortant ont eu lieu dans plusieurs autres grandes cités, dont Odessa (sud), Kharkiv (nord-est), Dnipro (centre-est) et Lviv (ouest).

Mykhaïlo Fedorov est quant à lui apparu jeudi à l’occasion d’une conférence de presse dans laquelle il a confirmé que son conflit avec Oleksandre Syrsky avait été la cause de son départ. Ce dernier, âgé de 60 ans et à son poste depuis 2024, est accusé par ses détracteurs de défendre une vision trop traditionnelle des opérations militaires et d’avoir peu d’égards pour la vie des soldats.

En t-shirt noir devant un écran sur lequel défilaient des images de drones, Mykhaïlo Fedorov a reproché devant les journalistes, dont ceux de l’AFP, au général Syrsky d’avoir "bloqué" ses initiatives.

"Au lieu de chercher comment vaincre la Russie de manière asymétrique, […] il a trouvé le moyen de diviser le pays", a-t-il lancé, tout en admettant qu’il avait aidé à "sauver" l’Ukraine au début de l’invasion russe en 2022.

Face à ces tensions, le président Zelensky a appelé jeudi à préserver "l’unité" au sein du commandement militaire, regrettant que les deux parties, M. Fedorov et le général Syrsky, ne l’aient pas "trouvée".

Le départ de Mykhaïlo Fedorov suscite des interrogations quant à l’avenir de la stratégie ukrainienne à un moment où l’avancée des troupes russes sur le front, lente mais constante, connaît actuellement un essoufflement et où les frappes effectuées par les deux pays montent en puissance.

Dans un rare commentaire public émanant du sommet de la hiérarchie militaire, le commandant des forces interarmées ukrainiennes, Mykhaïlo Drapaty, a loué l’action de M. Fedorov et a réclamé la poursuite de la transformation qu’il a engagée.

Contesté, Oleksandre Syrsky a pour sa part défendu son bilan et exhorté à se "concentrer sur la guerre", tout en remerciant le ministre sortant "pour son travail".

M. Zelensky avait confié en janvier à Mykhaïlo Fedorov la tâche d’insuffler une énergie nouvelle à la machine de guerre ukrainienne. Mais celui-ci "s’est brouillé avec divers généraux ainsi qu’avec différents fournisseurs de drones", a déclaré à l’AFP le politologue Anatoliï Oktyssiouk.

Un militaire ukrainien servant sur le front a confié à l’AFP, sous couvert d’anonymat, ne pas comprendre ce départ et ne pas avoir constaté de manquements chez M. Fedorov qui auraient pu le justifier.

Il craint que cette nouvelle transition n’ait des conséquences négatives sur le terrain et se demande "si le drone nécessaire arrivera à temps, si le matériel requis sera acheté, si la réforme visant à remplacer les humains par des machines se poursuivra".

Le départ de M. Fedorov en a déjà entraîné d’autres : ceux de Serguiï Sternenko, un conseiller du ministère de la Défense, et du commandant en second de l’armée de l’air ukrainienne, Pavlo Ielizarov.