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Ukraine: le remaniement décidé par Volodymyr Zelensky met-il la popularité du président à l'épreuve?

Deux jours de manifestations, le populaire ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov limogé, un président de la Républiquesous pression... La crise politique qui a éclaté en Ukraine peut-elle fragiliser Volodymyr Zelensky ?

Pour la deuxième journée consécutive, des centaines d'Ukrainiens sont descendus dans les rues de Kiev et d'autres villes, vendredi 17 juillet, pour dénoncer le départ du ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov. Une mobilisation inhabituelle dans un pays placé sous la loi martiale, où les manifestations publiques sont en principe interdites.

Le limogeage de ce ministre très populaire, perçu comme l'artisan de la modernisation technologique de l'armée et de la lutte contre la corruption au sein du ministère de la Défense, a plongé Volodymyr Zelensky dans une crise politique inattendue. Le président ukrainien venait pourtant de retrouver des couleurs dans les sondages. 

Selon les dernières enquêtes de l'Institut international de sociologie de Kiev (KIIS), sa cote de confiance était repartie à la hausse ces derniers mois, portée notamment par les succès des frappes ukrainiennes à longue portée contre des cibles militaires et énergétiques russes. Depuis le début de l'invasion russe en 2022, Volodymyr Zelensky a bénéficié d'un puissant réflexe de ralliement national.

« Lorsque la Russie a attaqué, Zelensky incarnait la résistance et la volonté de combattre. Les Ukrainiens lui ont alors accordé un soutien exceptionnel », rappelle Ivan Gomza, professeur de sciences politiques à Kyiv School of Economics. Ce phénomène pousse même certains Ukrainiens critiques du pouvoir à taire temporairement leurs désaccords. « Jusqu'à présent, il existait une très forte pression sociale en faveur du soutien au gouvernement et de l'affichage d'un front uni face à la guerre », souligne le docteur Jenny Mathers, maîtresse de conférences en politique internationale à l'université d'Aberystwyth.

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Des scandales de corruption de plus en plus proches du pouvoir

Cette dynamique s'est toutefois progressivement érodée, notamment après plusieurs scandales de corruption ayant touché des responsables de l'administration de Volodymyr Zelensky. Pendant plusieurs années, les accusations visant des membres de l'administration ou des personnalités proches du président avaient eu un effet politique relativement limité. Mais les enquêtes se sont progressivement rapprochées du premier cercle du président. L'ancien chef de l'administration présidentielle, Andriy Yermak, a notamment été désigné comme suspect dans une enquête portant sur un système présumé de blanchiment d'environ 10,5 millions de dollars lié à un projet immobilier de luxe près de Kiev. Il conteste les accusations portées contre lui.

La corruption reste particulièrement sensible pour l'Ukraine, dont l'intégration européenne et le financement par ses partenaires occidentaux dépendent en partie de la poursuite des réformes en matière d'État de droit et de transparence. Sous la pression de l'opinion publique et de ses partenaires occidentaux, Kiev a multiplié les limogeages, les poursuites judiciaires et les remaniements.

Le départ de Mykhaïlo Fedorov, qui était présenté par ses soutiens comme l'un des responsables les plus engagés dans la modernisation et la lutte contre la corruption, alimente donc les interrogations au-delà des frontières ukrainiennes. Ivan Gomza estime que Volodymyr Zelensky est jusqu'ici parvenu à limiter l'impact politique de ces affaires : « Lors des précédents scandales, il s'en est sorti avec beaucoup d'habileté. Il a accepté de sacrifier certaines personnalités, ce qui lui a permis de détourner les critiques. Reste à savoir s'il pourra faire la même chose avec l'affaire Mykhaïlo Fedorov. »

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« Le président se tire une balle dans le pied »

Pour Ivan Gomza, le départ de Mykhaïlo Fedorov pourrait cependant être plus difficile à justifier auprès de l'opinion publique. « C'est un peu comme si le président se tirait une balle dans le pied », juge le politologue auprès de RFI. Alors que l'approbation des politiques de Volodymyr Zelensky avait commencé à se redresser au printemps, il prévoit désormais « un recul dans les prochains sondages ».

La crise révèle, selon lui, un décalage croissant entre les décisions prises au sommet de l'État et les attentes de la population. Le politologue ne prétend pas que l'ensemble de la population considère la politique du président comme contraire aux intérêts ukrainiens. Mais, selon lui, « des erreurs très visibles, comme celle concernant le limogeage de Fedorov », nourrissent cette perception.

Un coût politique qui pourrait rester limité

Ruslan Bortnik, spécialiste de la politique ukrainienne, anticipe lui aussi un coût politique pour le président, notamment auprès des jeunes, des électeurs libéraux et des Ukrainiens les plus sensibles à la question de la corruption. Selon lui, le calendrier du remaniement n'a rien d'un hasard : « Zelensky a choisi le bon moment. Il est au plus haut dans les sondages, la société ukrainienne se sent plus confiante grâce aux succès militaires récents et, malgré les critiques, la guerre continue de pousser les Ukrainiens à privilégier l'unité nationale. »

Ruslan Bortnik relativise néanmoins l'ampleur des dégâts. « Il y aura certainement un préjudice politique, mais je ne pense pas qu'il soit très profond », estime-t-il. Pour l'instant, le nombre de participants aux manifestations demeure limité à l'échelle du pays. Leur existence même est néanmoins considérée comme significative par les trois spécialistes interrogés par RFI. 

« C'est un signal très clair envoyé par la société ukrainienne : elle est toujours capable de contester le gouvernement sur des questions importantes, même pendant la guerre », observe Ruslan Bortnik. Cette mobilisation rappelle les protestations organisées en 2025 contre une tentative de réduire l'indépendance des principales institutions ukrainiennes de lutte contre la corruption. Le pouvoir avait alors reculé face à la contestation et aux critiques de ses alliés occidentaux.

La guerre, principal bouclier politique de Zelensky

Les scandales et le départ de Mykhaïlo Fedorov ne devraient toutefois pas provoquer, dans l'immédiat, une rupture complète entre le président et la population. « La majorité de la société a certainement une opinion sur ces scandales et tient, dans une certaine mesure, les plus hauts responsables de l'État, y compris le président, pour responsables », estime Ruslan Bortnik. Mais la guerre continue de placer les Ukrainiens dans une situation ambivalente. Même lorsqu'ils soupçonnent des responsables ukrainiens, de nombreux citoyens ne souhaitent pas provoquer l'effondrement du gouvernement, qui pourrait être exploité par Moscou, explique le spécialiste.

Jenny Mathers estime ainsi que l'avenir politique de Volodymyr Zelensky dépendra des résultats sur le champ de bataille. « Le risque est que le changement de ministre de la Défense soit perçu comme susceptible de nuire à l'effort de guerre, explique-t-elle. Beaucoup dépendra de la perception du nouveau ministre et de l'évolution de la stratégie ukrainienne. » Une rupture avec les méthodes de Mykhaïlo Fedorov, en particulier dans les domaines technologiques et dans la stratégie de frappes à longue portée, pourrait durement affecter la popularité du président.

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Le pari risqué de Ievgueniï Khmara

Pour remplacer provisoirement Mykhaïlo Fedorov, Volodymyr Zelensky a proposé la nomination de Ievgueniï Khmara, un responsable des services de sécurité qui a notamment supervisé des frappes ukrainiennes à longue portée contre des cibles situées en Russie. Cette nomination doit encore être approuvée par le Parlement. « Il est connu, patriotique, sans liens avec des affaires de corruption », souligne Ruslan Bortnik. Selon lui, le président cherche à utiliser cette image pour réduire les critiques suscitées par le départ de Mykhaïlo Fedorov.

Mais son profil soulève aussi des interrogations. Ievgueniï Khmara est avant tout un militaire et un spécialiste des opérations de sécurité, plutôt qu'un responsable politique. « Ses adjoints et l'ensemble de l'administration du ministère de la Défense joueront donc un rôle essentiel », prévient Ruslan Bortnik.

Ivan Gomza souligne par ailleurs que la Constitution ukrainienne prévoit que le ministre de la Défense soit un civil. Ievguenii Khmara devra donc quitter ses fonctions militaires pour pouvoir occuper le poste. « Il a été un général compétent et a participé à plusieurs opérations importantes pendant la guerre. Ses qualifications militaires ne sont pas en cause, explique-t-il. Mais ce choix crée des problèmes supplémentaires. Je ne pense pas qu'il s'agisse de la meilleure solution possible. »

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