"Tu ne vivras pas tranquille, surveille ton dos" : il l’entraîne dans une ruelle, à l’abri des caméras, et tente de le planter au ventre
l'essentiel Il aura fallu attendre près de trois quarts d’heure avant que l’audience commence réellement. Un trentenaire a dû répondre d’un coup de couteau porté à un homme dans une ruelle de Pamiers, en Ariège. Une affaire aux nombreuses zones d’ombre, selon la défense, qui s’est conclue par une condamnation à un an de prison ferme.
Il est 14 heures, en ce mardi de la fin juin 2026. D’ordinaire, c’est l’heure où commence la longue après-midi d’audience du tribunal correctionnel de Foix. Mais ce jour-là, rien ne se déroule comme prévu. Dans la petite salle d’audience, le brouhaha des jeunes spectateurs venus assister aux débats couvre presque les voix. Derrière leurs micros, les magistrats échangent des regards las. Certains avocats, persuadés que l’audience prendrait du retard, ne sont pas encore arrivés. Quant au fourgon pénitentiaire qui transporte les prévenus, il est resté bloqué sur la route…
"Tu ne vivras pas tranquille, surveille ton dos"
Il est 14 h 42 lorsque Ahmed* finit par entrer dans le box. Une trentaine d’années, le visage fermé, les traits tirés. À peine installé, il coupe court : "Je garde le silence." Il demande d’abord un renvoi afin de préparer sa défense. Puis, après un rapide regard avec son avocat, accepte finalement d’être jugé dans la foulée. Il comparaît pour des violences commises avec une arme sur Hakim*.
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Tout commence le 19 juin 2026. Ce jour-là, Hakim pousse la porte du commissariat de Pamiers. Il raconte avoir été poignardé rue Victor Hugo par un homme "de type noir africain", vêtu d’"un maillot bleu" et d’"un pantalon noir". Les policiers constatent une plaie de trois centimètres à l’arrière de sa cuisse gauche. La recherche est rapide. L’homme correspondant au signalement se trouve dans une pharmacie de la ville. Il porte un bandage à la paume de la main. Les deux hommes sont alors placés en garde à vue.
Hakim livre une version plus étayée. Il se trouvait chez le coiffeur lorsqu’Ahmed serait entré dans le salon. "Il m’a dit : 'Toi, tu m’as déjà dénoncé aux flics. Je vais te planter. Tu ne vivras pas tranquille, surveille ton dos.'" Ensuite, il lui a demandé de le suivre dans une petite ruelle, là où il n’y avait pas de caméra. C’est là que le prévenu aurait porté un coup de couteau en direction de son ventre. Le plaignant a eu le réflexe de se protéger avec sa jambe, avant de prendre la fuite. Un témoin confirmera en partie ce récit.
"On a juste parlé, madame"
Dans le box, Ahmed nie tout. "Ce n’était pas mon couteau. C’est lui qui l’a sorti", répète-t-il. "Si vous n’y êtes pour rien, comment expliquez-vous sa blessure ?", questionne la présidente. Le prévenu hausse les épaules. "Je ne sais pas. Mais ça n’a rien à voir avec moi."
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Du côté de la partie civile, les questions s’enchaînent. "Si vous n’aviez aucun différend avec lui, pourquoi vous aurait-il mis un coup de couteau ?" "C’est lui qui voulait se battre", maintient-il sans plus d’explications. "Et on ne saura jamais pourquoi ?", reprend Me Quintanilha. Même impasse lorsque la procureure tente de comprendre pourquoi les deux hommes se sont retrouvés dans cette ruelle. "Je ne l’ai pas forcé. On a juste parlé, madame."
Le tribunal n’en apprendra guère davantage sur les circonstances précises de l’altercation ni ce qu’Ahmed fait de ses journées. Arrivé d’Algérie il y a une dizaine d’années, il vit en France en situation irrégulière. Depuis le 15 novembre 2024, le trentenaire fait pourtant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour pendant cinq ans.
"Cette affaire aurait pu très mal se terminer"
Pour Me Quintanilha, l’avocate de la victime, les éléments sont suffisamment clairs pour entrer en voie de condamnation. "Cette affaire aurait pu très mal se terminer." Son client réclame 1 500 euros de dommages et intérêts. À la défense, Me Casellas-Ferry ne partage pas cette lecture même s’il est "certain que tous les soupçons convergent vers {Ahmed}". Lui se pose d’autres questions : Pourquoi Hakim a-t-il suivi son agresseur présumé dans cette ruelle ? Pourquoi les deux hommes présentent-ils des blessures ? Et surtout, où est passé le couteau, jamais retrouvé ?
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D’autant que, poursuit-il, sur les images de vidéosurveillance, un troisième individu entre dans la ruelle puis en ressort quelques instants plus tard, la main glissée dans la poche arrière de son short. Si les caméras montrent bien Ahmed quitter la ruelle pour se rendre à la pharmacie, en revanche, les déplacements du plaignant restent inconnus.
Le tribunal se montre finalement un peu moins sévère que ne le réclamait le parquet. Le mis en cause est condamné à douze mois d’emprisonnement avec maintien en détention. Il devra également verser 1 000 euros au titre du préjudice moral de la victime.