Trieste : la chasse aux gaspis
La ville de Trieste, sur la mer Adriatique. REDA / UNIVERSAL IMAGES GROUP VIA GETTY IMAGES
Nichée dans le nord-est de la Botte, entre la Slovénie et la mer Adriatique, Trieste est une cité de près de 200 000 habitants très différente des autres villes italiennes, en raison de ses influences mitteleuropéenne slaves et d’Europe centrale. En effet, l’ancien port stratégique de l’Empire austro-hongrois a été construit avec autant de faste que Vienne ou Budapest. D’imposants immeubles se dressent le long des larges avenues du front de mer et autour de la très symbolique piazza Unità d’Italia. Sur cette esplanade solennelle, l’hôtel de ville trône face à l’Adriatique. Un escalier monumental mène aux services administratifs, dont les murs sont tapissés de boiseries sombres et rafraîchis par l’air conditionné.
Le soleil estival assomme la place très minérale, balayée en hiver par des vents froids comme la bora, venue des montagnes. « Elle peut souffler à 140 kilomètres par heure, mais ses rafales sont trop irrégulières pour faire fonctionner des éoliennes, donc nous privilégions le solaire comme source d’énergie renouvelable », précise Everest Bertoli, membre de la Junte Municipale et Assesseur chargé de la politique financière. L’assessore soutient le déploiement de dix ensembles de panneaux photovoltaïques sur des édifices qui appartiennent à la mairie, selon le programme de transition et d’économies énergétiques lancé en 2024. « Une importante partie du patrimoine immobilier de Trieste est ancienne, avec de grandes hauteurs sous plafond et une isolation insuffisante entraînant des déperditions d’énergie, explique Everest Bertoli. Sur les 350 propriétés municipales, nous en avons ciblé 250 à soumettre à des interventions d’amélioration de l’efficacité énergétique dans le cadre d’un plan qui s’étalera sur quinze ans. Priorité a été donnée aux crèches, aux écoles maternelles et primaires, et successivement aux bibliothèques, aux bureaux et aux musées. »
Le tout en respectant la réglementation architecturale, afin de préserver l’héritage historique. Les actions vont de l’étanchéité des toitures au remplacement de certains générateurs de chauffage, notamment grâce à des pompes à chaleur réversibles. Ou encore le changement d’environ 27 000 ampoules par des LED moins énergivores, avec la mise en place de systèmes de détection de présence humaine et de luminosité naturelle pour un allumage et une extinction automatiques des lumières.
« A partir de 2027, nous tablons sur 500 000 euros d’économies chaque année »
Alors que l’Italie n’est pas en mesure d’assurer sa souveraineté énergétique, le cas de Trieste montre combien il est essentiel de produire plus grâce aux énergies renouvelables mais aussi de moins gaspiller. Et ce dans l’intérêt des finances locales… « A l’issue de la première phase de ce vaste chantier, à partir de 2027, nous tablons sur 500 000 euros d’économies chaque année », assure Everest Bertoli.
Les Triestins comme les visiteurs de passage peuvent apprécier un bel exemple de ces enjeux : le Musée Revoltella, à 500 mètres de la piazza Unità d’Italia. Il abrite deux entités qui contrastent par leur style et se complètent. D’un côté, le somptueux palais du baron Pasquale Revoltella, inauguré en 1859, avec les appartements privés de l’homme d’affaires, le salon d’apparat et la salle de bal, tout en dorures, stucs, marqueterie et marbre. De l’autre, la galerie d’art moderne, labyrinthe épuré de verre et de béton signé par le célèbre architecte vénitien Carlo Scarpa (1906-1978).
Si le maestro avait un grand sens de la transparence, de la lumière, des matières et des volumes, il se souciait peu des contraintes réglementaires, et nombre de ses œuvres ne pourraient sans doute plus être réalisées de la même manière aujourd’hui, compte tenu des normes et des exigences fonctionnelles. Ainsi, son unique réalisation à Trieste est constituée de plusieurs plateaux répartis sur différents niveaux, ouverts les uns sur les autres et imbriqués par un jeu d’escaliers, de fenêtres et de cloisons. Sans aucune porte, afin de favoriser la fluidité du parcours : audacieux mais risqué en cas d’incendie, avec la propagation potentielle des flammes et des fumées.
C’est pourquoi une salle spécifique subit actuellement des travaux de rénovation menés par Veolia pour créer un environnement sûr grâce à l’installation de détecteurs et au compartimentage coupe-feu et contrôlé au niveau de luminosité, humidité, température, assurant la meilleure conservation des chefs-d’œuvre qui seront à nouveau visibles à partir de septembre prochain.
Baptisée « Carlo Scarpa », en hommage à l’architecte du lieu, elle bénéficiera de son propre microclimat. A cinq minutes à pied, une nouvelle climatisation a été installée dans le Musée civique d’Art oriental qui rassemble, dans un palazzo du XVIIIe siècle, les trésors rapportés par les navigateurs et les collections constituées par les riches négociants. En revanche, rien de tel n’est prévu pour le Borarium, consacré à la bora, certes, implanté dans une commune voisine au nord de Trieste…
« A Trieste, l’initiative la plus importante pour Veolia est le Partenariat Public-Privé (PPP) conclu avec la municipalité. Il prévoit la modernisation des services thermiques et électriques de 250 bâtiments, notamment des écoles primaires, des maternelles, des musées, des bureaux, des bibliothèques… L’installation de 440 kWc de panneaux photovoltaïques, le remplacement d’environ 20 000 luminaires par des équipements LED, la rénovation de 23 000 m² de toitures-terrasses ou le renouvellement de 54 MW de générateurs de chaleur devraient permettre à la ville de réduire ses dépenses de fonctionnement de 500 000 euros par an, tout en économisant 1,5 GWh d’électricité chaque année. Cette approche qui associe innovation technologique, durabilité environnementale et efficacité économique s’étend également au secteur hospitalier de la ville. Dans un pays comme l’Italie, qui ne dispose pas de l’autonomie énergétique, il est indispensable de s’appuyer avant tout sur l’efficacité énergétique, complétée par une production locale d’énergies renouvelables. Les projets menés par Veolia à Trieste s’inscrivent dans cette logique. »
Maurizio Sirena, Responsable commercial régional (Vénétie) chez Veolia
Par Stéphanie Condis