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Les horaires atypiques pèsent sur la santé

20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Publié le 02/09/2026 à 19h04 • Mis à jour le 02/09/2026 à 19h04

Pas de soirées entre amis, peu de temps en famille et un sommeil souvent perturbé. Pour de nombreux salariés, les horaires atypiques pèsent bien au-delà du temps passé au travail. « Quand vous vous levez à 4h30, vous n’avez pas de vie sociale », témoigne Sébastien, ancien serveur. Il garde aussi un mauvais souvenir des longues journées entrecoupées de pauses imposées. « Les horaires avec des coupures, c’est horrible. Vous errez dans Paris, vous ne pouvez rien faire », raconte le quadragénaire, qui travaille aujourd’hui dans une chocolaterie avec des horaires plus classiques.

Même constat pour Aurélie, 33 ans, qui commence une mission de ménage dans une salle de sport entre 6 heures et 8 heures. Dans un précédent emploi, elle travaillait de 4 heures à 10 heures. Pour tenir le rythme, elle fait la sieste en même temps que ses deux jeunes enfants. « On essaye de s’entraider avec les collègues pour que tout le monde puisse profiter de sa famille », explique-t-elle.

Des horaires de plus en plus fréquents

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), entre 55 % et 75 % des personnes en emploi sont concernées, à différents degrés, par le travail le week-end, les longues journées, les semaines de plus de 40 heures ou encore les horaires décalés. L’agence estime que ces organisations du travail peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé ainsi que sur la vie familiale et sociale.

Les auteurs de l’avis situent le développement des horaires atypiques à partir des années 1980, dans un contexte marqué à la fois par la réduction du temps de travail et par une plus grande flexibilité des horaires. L’Anses souligne également que les personnes les plus diplômées sont davantage exposées aux horaires longs, tandis que les moins diplômées travaillent plus souvent le week-end ou à des horaires décalés. Selon les données citées de l’Insee, les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses à travailler régulièrement le week-end et avec des horaires fractionnés en 2019. Le fait d’être né à l’étranger augmente également la probabilité d’occuper un emploi aux horaires atypiques.

« Les zones grises » du travail se développent

Pour la sociologue Anne Lambert, de l’Institut national d’études démographiques (Ined), le travail de nuit au sens strict tend à stagner ou à diminuer légèrement. En revanche, elle observe le développement de ce qu’elle appelle les « zones grises des horaires atypiques » : travail du soir, tôt le matin ou journées fractionnées. La chercheuse souligne aussi une augmentation des inégalités. Selon elle, les horaires atypiques progressent particulièrement chez les employés non qualifiés.

Certains salariés y trouvent néanmoins un avantage financier. Ebtissem, 45 ans, explique avoir longtemps travaillé le dimanche matin dans un magasin de surgelés parisien afin de bénéficier des majorations salariales pour élever ses enfants. Antoine, infirmier de 24 ans dans un hôpital bordelais, évoque lui aussi ce complément de revenu mais insiste sur les difficultés liées à son rythme de travail. Il enchaîne notamment des journées de douze heures, des périodes de jour et de nuit ainsi qu’un à deux week-ends travaillés par mois. « Quand je suis de nuit, je n’ai aucune vie sociale », explique-t-il, décrivant une fatigue importante et des nausées lors des dernières nuits de ses périodes de travail nocturne.

L’impact sur la santé est également problématique, explique Sophie Lainault. Après trente ans comme hôtesse de l’air chez Air France, elle vient d’obtenir la reconnaissance de l’origine professionnelle de son cancer du sein, notamment en raison des longues heures de travail de nuit effectuées. Avec les vols long-courriers, raconte-t-elle, le sommeil finit par devenir la priorité absolue.