"Toute notre vie est restée là-bas", à Bordeaux au centre d’accueil des évacués, des larmes mais aussi du réconfort et de l’entraide
C’est sous un ciel jaune que ce samedi matin Bordeaux se réveillait, hagarde. Au cours de la nuit, les communes à l’ouest de la métropole bordelaise ont reçu l’ordre d’évacuer en raison de l’épais nuage de fumée en provenance du Bassin. Près de 3 000 personnes ont ainsi convergé vers le Parc des expositions de Bordeaux-Lac, transformé en un immense centre d’accueil.
Sous le bruit retentissant des sirènes des véhicules de secours, des familles entières, valises et animaux sous le bras, convergent vers les deux halls mis à leur disposition. Si dans le centre-ville certains promeneurs bravent encore l’air vicié, parfois le visage masqué, ici, les traits sont tirés. Un ballet incessant de véhicules décharge nourriture, vêtements et produits de première nécessité. Une cinquantaine de bénévoles, coordonnée par Eric Samitier, responsable logistique, trie les dons qui affluent de toute la métropole. "La Sécurité civile, les policiers et l’armée nous aident à centraliser. Nous avons demandé qu’ils transitent d’abord par le gymnase du Grand Parc avant de les acheminer ici pour les redistribuer", explique-t-il.
Dans la nuit, près de 3 000 personnes ont ainsi été prises en charge, les agents de Bordeaux Métropole assurant l’alimentation en eau potable du site. Une douche, un café et un lit de camp… Chacun tente de trouver un semblant de normalité. Les plus jeunes s’évadent autour de jeux de société tandis que les secouristes, épaulés par les bénévoles, des Scouts de France et des renforts venus de Nantes ou encore de Tulle où l’air toxique se ressentait ce matin, poursuivent leur mission. En parallèle, les élus des communes alentour mettent à disposition agents municipaux ou encore camions de dons à destination des déplacés.
À quelques mètres de l’effervescence, les lits de camp se succèdent
Isabelle, Monique, Claudine et Pascal, quatre voisins d’Eysines, ont passé la nuit sur place. "Nous avons été très bien accueillis et ne savons pas comment les remercier de leur gentillesse. La seule chose que l’on regrette c’est de ne pas avoir d’information."
Un jeu de cartes à la main ou en s’occupant de leur animal, tous prennent leur mal en patience. Sandrine, Gisèle et Théo ont eu plus de mal à partir de chez eux. Pour ce trio composé de trois générations ainsi que de leur petit chien, la peur domine encore les esprits. "Maman ne voulait pas partir… Elle habite juste à côté de la forêt. J’ai ouvert les fenêtres mais c’est la fumée qui est entrée, ce n’était plus tenable. Nous sommes arrivés ici vers 11 h, c’est dur, toute notre vie est restée là-bas…", intime Sandrine.
Parmi les déplacés, certains ont choisi d’aider à leur tour. C’est le cas de Daiki, dirigeant d’une société de transport, lui-même évacué de Bruges vers Saint-Aubin puis Bassens. Il met désormais une partie de sa flotte à disposition pour acheminer les dons. "J’ai reçu les alertes coup sur coup cette nuit, depuis, je fais des allers-retours." Boubacar, lui aussi, incarne lui aussi cette solidarité. "J’ai trouvé un hébergement pour deux personnes malvoyantes qui souhaitaient rester ensemble, elles ont pleuré dans mes bras".
Au micro, une annonce interrompt quelques instants ce chaos pourtant organisé. C’est l’anniversaire de la petite Rose. Des applaudissements emplissent le hall et, pendant quelques secondes, le centre d’accueil retrouve des airs de fête.
La solidarité au secours des victimes silencieuses
Tôt ce matin, une quarantaine de chevaux a dû être déplacée. Manon faisait partie du convoi de cavaliers et, après un pneu crevé sur l’autoroute, tous les équidés sont enfin en sécurité auprès de centres ou de particuliers. "Nous en avions déplacé à l’hippodrome du Bouscat mais il a été évacué. Nous avons des poneys qui s’étaient échappés et ce matin, des cavaliers sont venus spontanément nous aider de Marmande ou encore Toulouse. Heureusement aucune perte n’est à déplorer".
Sur les réseaux sociaux, les propositions d’hébergement et les dons continuent d’affluer. Dernier appel en date : la SPA de Mérignac, elle aussi évacuée, recherche des familles d’accueil pour ses pensionnaires. Au Parc des Expositions, l’on se prépare déjà à une nouvelle nuit sous tension. Mais face au drame, humains comme animaux finissent par trouver refuge sous un même toit, dans une maison commune bâtie sur la solidarité.