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"Toute la journée, c'était bouger, tirer, tuer des Russes et se déplacer… Puis nous avons été encerclés"

Dimanche, cela fera deux ans jour pour jour que Yulian Pylypei est sorti des geôles russes à la faveur d'un échange de prisonniers. Capturé avec ses hommes durant le siège sanglant de Marioupol au printemps 2022, cet officier de la Marine ukrainienne a passé deux ans et demi dans les colonies pénitentiaires russes, tristement connues pour les sévices qui y sont infligés.

À 31 ans, il vient de quitter l'armée pour retrouver la vie civile. "La Libre" s'est entretenue avec lui sur sa vie de soldat, de prisonnier et finalement d'homme (presque) libre. Nous avons choisi de lui donner la parole pour un témoignage brut.

Invasion J-1

Quand les Russes ont lancé leur assaut sur l'Ukraine, le 24 février 2022, mon unité était en position au nord de Marioupol (Est). La veille au soir, on les attendait. On savait déjà qu'ils allaient nous envahir mais pas quelle ampleur ça prendrait. À 2h du matin, les Russes se sont effectivement mis à nous bombarder massivement. Quatre heures plus tard, on faisait sauter leur premier tank, et ça a tellement galvanisé mes hommes que j'ai dû leur demander de se calmer sur l'usage des munitions, parce qu'on ne savait pas encore combien de temps le combat allait durer.

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Les six jours suivants, je ne sais même plus si j'ai dormi. Toute la journée, c'était "bouger, tirer, tuer des Russes et de déplacer". Pour empêcher leurs troupes de rentrer dans la ville, nous devions impérativement rester en mouvement. Le 1er mars, le commandant en chef du bataillon nous a ordonné de venir défendre en renfort la face nord de l'usine métallurgique de Marioupol, Azovstal, et les attaques russes se sont encore intensifiées.

"On a commencé à fabriquer des cocktails Molotov"

De 7h à 12h, les troupes lançaient assaut sur assaut. L'après-midi et la nuit, elles laissaient la place aux bombardements aériens et aux tirs d'obus. Le 8 ou le 9 mars, nous étions encerclés, un millier d'hommes pratiquement à court de vivres et de munitions. Pour vous donner une idée de la situation, à un certain stade, nous avons commencé à fabriquer des cocktails Molotov et à les balancer sur les Russes parce qu'il ne nous restait plus que l'essence que nous avions trouvée sur place.

Là, le commandement a appelé Kiev pour faire part de la situation. On nous a répondu que (le président Volodymyr) Zelensky n'avait pas besoin de héros morts et que le commandant en chef des armées de l'époque, Valeri Zaloujny reviendrait vers nous pour nous donner des instructions.

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Après vingt minutes, il nous a rappelés en nous disant : "Voilà la voie à suivre. Transférez les blessés graves aux Russes pour qu'ils aient une chance de survie. Choisissez cent cinquante volontaires pour rejoindre le régiment Azov de l'autre côté de l'usine et renforcer leurs positions. Pas un homme de plus, car la présence russe est importante, un déplacement de masse trop risqué. Tous les autres, prenez vos véhicules et essayez de regagner nos positions en cassant les lignes ennemies".

Mon unité était dans ce troisième groupe, on s'est exécutés. Nous avons réussi à sortir de la ville en passant trois lignes russes, puis nous avons marché pendant deux jours. C'est là, que nous avons été faits prisonniers.

Retrouvez ce samedi le volet 2/3 "Vie et torture au Goulag" et ce dimanche le volet 3/3 "La libération et les cauchemars".

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