Tourisme, urbanisme, histoire : quel bilan cinq ans jour pour jour après l’inscription de Nice au Patrimoine mondial de l’Unesco ?
Prestigieuse nomination internationale. Le 27 juillet 2021, Nice est inscrite par l’Unesco, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité au titre de « Nice, ville de villégiature d’hiver de Riviera ».
Une inscription qui renforce le rayonnement international de la capitale azuréenne, reconnaît sa richesse culturelle, architecturale et paysagère, façonnée par des siècles d’histoire et d’influences venues du monde entier.
Le périmètre inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, s’étend du littoral au cœur de ville, englobant la promenade des Anglais, le port Lympia, la colline du Château, le quartier de la Libération puis prend de la hauteur jusqu’aux collines de Cimiez. On passe d’une ambiance à l’autre sans rompre cette cohésion faite de pluralité historique, urbaine, patrimoniale.
Progression de la fréquentation
Depuis 2021, la fréquentation touristique continue de progresser, avec notamment le retour du tourisme international après la crise sanitaire. Mais il est difficile de mesurer quelle part de cette dynamique vient directement de l’inscription plutôt que d’une reprise économique.
Si le classement a donné du prestige à Nice, il entraîne aussi des contraintes. L’Unesco impose un suivi régulier quant à la protection des façades historiques, au contrôle des rénovations, des nouvelles constructions, l’équilibre entre le développement immobilier et la préservation patrimoniale, la pression touristique croissante associée à la multiplication des locations type Airbnb dans les quartiers historiques, etc.
Un titre à mériter
Inès Hollander / Nice-matin
Cinq ans plus tard exactement, quel bilan tirer de cette inscription, qui n’est pas un titre accordé à vie ? Exemple concret de ce droit de regard rigoureux de l’Unesco : Nice, ville gestionnaire du classement alors que l’État en est le garant, pourrait perdre son inscription si le palais des congrès du port, construit par l’ex-maire de Nice pour le sommet mondial de l’Océan en juin 2025, persiste, car l’esthétique de cette construction est jugée incompatible avec la nature exceptionnelle et universelle du bien classé. Son successeur, Éric Ciotti a confirmé la disparition d’Océanice début 2027.
Inès Hollander / Nice-matin
Nous avons cherché à en savoir plus sur ce qu’ont apporté à la cinquième plus grande ville de France, ces premières années d’Unesco à la niçoise. En dépit de nos multiples demandes depuis plusieurs semaines, les services municipaux n’ont pas répondu à nos sollicitations. En revanche, un historien expert et un hôtelier emblématique du front de mer, ont accepté de livrer leur ressenti sur les conséquences de l’inscription.
« Une dimension esthétique » pour l’historien Yvan Gastaut
« Un couronnement de 250 ans de l’histoire urbaine et touristique de Nice », résume l’historien niçois Yvan Gastaut à propos de ces cinq années de distinction à l’Unesco. Une volonté de reconnaissance « voulue par l’ex-municipalité ». Une médaille « pour ce que la ville, tournée vers la mer, la villégiature, le tourisme de luxe, a engrangé et qui l’engage dans une image positive ».
Le processus fut long et difficile. « Un dossier de quinze ans. » Qui ponctue une période allant des années 1990 à 2000, durant laquelle finalement, la ville s’est parée du label avant de le recevoir, car elle a gagné en promotion et surtout, « en dimension esthétique qui s’élargit au fil du temps ». Cette dimension esthétique, c’est quoi ? « C’est l’architecture, les hôtels, la plage, la beauté des monuments valorisée, les fleurs, la végétalisation. Tout ce qui contribue à donner une image de carte postale. » Et tout ce qui est estampillé Unesco, est valorisant, propice à la notoriété, la visibilité. Une plus-value lissante pour Nice, « qui était vue encore dans les années 1970 comme une ville où sévissait le gangstérisme. »
Inès Hollander / Nice-matin
À la recherche du passé Belle Époque
L’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est limitée : « Une seule partie de la ville est classée et dans son entièreté, elle reste encore divisée en deux. C’est encore un territoire, où il y a des pauvres, une touristophobie, des locaux dont les prix augmentent, de plus en plus d’Airbnb à un moment où on veut réfréner le surtourisme », relativise Yvan Gastaut.
Il n’empêche que cette inscription provoque un appel d’air : « C’est presque un honneur pour une ville qui a toujours été à la recherche de son passé Belle Époque, qui retrouve cette dimension un siècle plus tard, mais ce n’est pas un acquis absolu. » Car le label n’est pas pérenne. Il doit s’assumer, accepter les contraintes, peut tomber « et si c’est le cas, c’est une forme de discrédit ».
Justement, l’inscription avait accompagné le fait que « Nice puisse accueillir les Jeux Olympiques d’hiver de 2030, et là, avec les jeux partis ailleurs, il y a eu un couac ».
Façonner une belle vision
Il faut gérer le label. Le faire vivre. « Ça n’attire pas plus de touristes, mais permet de gagner des points dans la manière de façonner la vision d’une belle ville. Tous les discours politiques, économiques vont dans ce sens. Exemple lors des discours d’Emmanuel Macron et de Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde, lors de leur venue à Nice, le 14 juin, discours qui se sont basés sur cette image. »
Au final, Yvan Gastaut voit cette inscription comme « une plus-value, une chance que Nice, ville qui s’est embellie, notamment dans le périmètre concerné, a saisie et qu’elle doit conserver ».
« Surtout une visibilité sur la ville » selon l’hôtelier Christophe Grinda
Le sort de l’hôtel Westminster, sur la promenade des Anglais, qui va fêter ses 150 ans, est intimement lié à la ville de villégiature. Le deuxième plus vieil hôtel du front de mer après le West End datant de 1830, a été construit, en deux temps, de 1856 à 1857 par la famille Dalmas. « Au départ, raconte Christophe Grinda, président et propriétaire de l’hôtel, c’était un établissement qui faisait chambres d’hôtes, puis, Victoire Schmitz [qui a légué l’hôtel à sa petite-fille Augustine, mariée au chirurgien Édouard Grinda], arrivée plus tard, l’a utilisé comme une villégiature, qui était un tourisme d’hiver et l’a appelé Westminster en 1881 avec l’autorisation du duc de Westminster. L’hôtel est resté au sein d’une même famille. »
Intérêt pour le passé
Et l’hôtel compte dans l’inscription à l’Unesco. Evelyne Azzari, directrice de l’établissement, est formelle : « Au niveau des réservations, beaucoup de clients viennent au Westminster et à Nice d’une manière générale, pour les façades, les monuments. » Dans les années 1920, l’hôtel a été transformé dans sa configuration actuelle. Pas une des 99 chambres ne ressemble à une autre et ça plaît. Par ailleurs, quatre à six fois par an, des visiteurs sont désireux de découvrir les salons d’époque. L’intérêt pour le Westminster et son passé est évident.
Durant la phase antérieure à l’inscription, la direction de l’hôtel a eu « beaucoup d’échanges avec la mairie et la Mission Promenade » chargée de piloter le dossier d’inscription.
Inès Hollander / Nice-matin
Inès Hollander / Nice-matin
Sous l’œil des Bâtiments de France
Le revers de la médaille Unesco ? Les contraintes urbanistiques : « Depuis l’inscription, les façades sont regardées de près pour leur réfection par l’architecte des Bâtiments de France. En plus, on est situé dans le site Patrimoine reconnaissable, près d’autres légendes historiques comme Le Negresco… » Donc pas question d’agir à la légère.
Au final, quelle est l’utilité de la reconnaissance par l’Unesco ? « C’est surtout une visibilité sur la ville, ça ravive le rayonnement de Nice à l’international, ça met un focus sur le patrimoine et l’histoire des bâtiments et nous, cette histoire, nous l’avons. »
Cyril Dodergny / Nice Matin